Archive pour Mars 2004

Mon plus bel autographe

Il aurait dû être premier Ministre Bébert !

La citation du jour

“C’est formidable le cinéma. On voit des filles avec des robes. Le cinéma arrive et on voit leurs c…”.

Jean-Luc Godard, extrait du dialogue du film Le Mépris.

24, l’oeil absolu


Nina Meyers (Sarah Clarke) dans la Saison 2 de 24h Chrono

Qui regarde qui ?

Quizz oculaire

De quel film génial est extrait ce photogramme ?

Long live the new flesh !

Réalisé il y a plus de vingt ans, Vidéodrome, oeuvre visionnaire, reprend à son compte les théories de Debord et de Marshall Mc Luhan relatives au spectacle. Ce dernier affirmait déjà dans les années soixante : “La télévision est en train d’opérer une révolution dans tous les systèmes politiques du monde occidental” ou bien encore, pour abonder dans le sens de la contamination hallucinatoire à laquelle nous invite Cronenberg : « Le voyage du drogué est une expérience commune à tous ceux qui regardent la télévision”.
Ici, les images, selon un subtil système de filtrage, sont intériorisées. Elles deviennent consubstantielles à l’individu et à son inconscient. Cronenberg posait déjà la question de ce qui restait de la sphère intime dans une société acquise aux nouvelles technologies. Dans ces photogrammes, la télévision cristallise les fantasmes du héros, la violence de son désir sexuel. La « bouche d’ombre » (pour reprendre une formule hugolienne) absorbe Max Renn. Mais, plus que de l’aliéner, elle le délivre, dans un final spectaculaire.
S.

Attention, Danger TV 2 !

Debbie Harry dans Vidéodrome de David Cronenberg

Aronofsky s’est largement inspiré du chef d’oeuvre de David Cronenberg, incontournable référence s’agissant de représenter la télévision à l’écran.
De manière générale, Requiem for a Dream se nourrit de nombreux emprunts, pas toujours avoués.
Aronofsky use de la même palette chromatique employée par Cronenberg. Le rouge de la chevelure, de la bouche et de la robe de Debbie Harry, fantasme télévisuel, font écho à la tenue d’Ellen Burstyn, consumée de l’intérieur par les radiations télévisuelles auxquelles elle est exposée à hautes doses.
Chez Cronenberg, cette couleur rouge, au terme d’un parcours initiatique jalonné par différentes transformations, se retrouve lorsque Max Renn crève l’écran de télévision. Chez Aronofsky, l’idée de mutation ne concerne que la dégénérescence physique et mentale.
Chez Cronenberg, la télévision réalise la fusion entre l’homme et la machine, quand chez le moralisateur Aronofsky, elle précipite la perte de l’individu.
En somme, pour Cronenberg, la télévision est le lieu où se régénère l’individu et son regard (le réalisateur évite brillamment de stigmatiser le voyeurisme dans son film) quand pour Aronofsky la télévision est synonyme d’anéantissement et de solitude.
S.

Attention, danger TV !

Quatre photogrammes pour trois états spectatoriels
Ellen Burstyn dans Requiem for a Dream de Darren Aronofsky

Ces photogrammes, pris à des moments distincts du film, font état d’une progression ou encore, d’une déliquescence.

Hors champ, la télévision vampirise le sujet qui la contemple.
En témoigne la disparition progressive du décor appartenant à une réalité « objective ».
Ainsi, l’arrière-plan, d’un photogramme à l’autre, tend à s’estomper, à se réduire. Les ombres envahissent peu à peu le salon, laissant place au halo verdâtre de la télévision. La lumière artificielle nimbe le personnage en proie à la sidération. Active dans le premier photogramme (elle déguste des chocolats, indice de sa propension à l’aliénation), toute son attention se focalise sur la télévision dans les deux derniers photogrammes. La gestuelle du personnage atteste de cet effacement progressif de la distance avec le medium télévisuel. Dans le dernier photogramme, ses mains sont jointes dans une posture de fascination et de plaisir.

La télévision est assimilée à un stupéfiant. La déchéance physique de l’héroïne, d’une vignette à l’autre, rend compte du processus entropique à l’œuvre. Le rouge incendiaire se déplace de ses cheveux à sa robe. Le personnage semble se consumer de l’intérieur. Dans la dernière vignette, le désordre de sa coiffure, ses mèches grises aux racines figurent déjà les cendres. Le fauteuil, occupe dorénavant tout le cadre dans le dernier photogramme.

Prééminente, la télévision a englouti le personnage et son principe de réalité. Dans la séquence suivante, l’héroïne se jette dans la rue, hagarde, désorientée.
S.

Les mains de Tony Soprano

Dans l’épisode des Soprano, diffusé sur Jimmy ce soir (« On achève bien les Hommes »), Tony Soprano assassine son kapo Ralph Cifaretto (Joe Pantoliano), dont les blagues douteuses avaient déjà pas mal ébranlé la petite communauté mafieuse.
La mort de sa jument Pie-O-My, brûlée vive dans un incendie vraisemblablement commandité par Ralph, déclenche la folie meurtrière de Tony.

Tout l’épisode relate ensuite, de manière glacée et ultra réaliste, comment se débarrasser d’un corps devenu trop encombrant. Assisté de son neveu Christopher, Tony s’emploie méthodiquement à faire disparaître le cadavre. Mais au moment de l’enterrer, la pelle bute obstinément contre le sol gelé. Une pelleteuse providentielle sur un chantier permet aux deux hommes de se sortir de ce mauvais pas. Christopher, sous influence, n’arrive pas à la manœuvrer. Excédé, Tony prend le relais et dirige l’engin avec précision.

Et là, le réalisateur ne filme que ses mains, plan absolument génial et métonymie qui résument admirablement toutes les contradictions du personnage. Avec douceur, doigté, minutie et technicité, Tony contrôle la machine, alors que dans la séquence précédente, ces mêmes mains étranglaient sauvagement Ralph.

Du contrôle au débordement, tout Tony Soprano est contenu dans ses mains : un être fruste et brutal, monstre sanguinaire, furioso capable de tuer avec barbarie mais aussi un homme sensible qui se met à pleurer face à un envol de canards migrateurs. Ce simple plan de détail traduit bien toute l’intelligence de cette série.
S.

Le photogramme ci-dessus illustre bien l’ambivalence de Tony Soprano : il pourrait broyer la tête du canard d’une simple pression, mais ses mains l’entourent dans un geste protecteur.

quizz visionnaire

Quel réalisateur a dit : “En 2024, le cinéma aura contribué à éliminer de la surface du monde civilisé tout conflit armé” ?

Théâtre réalité, suite

Le théâtre serait-il en train d’aller plus loin que la trash TV ou l’art contemporain ? Qu’on en juge !

Troupe de théâtre cherche acteur mourant pour prochain spectacle
AFP | 21.03.04 | 02h07 (sur le Monde.fr)

Une troupe de théâtre britannique va organiser un casting d’un genre nouveau: les aspirants acteurs devront garantir qu’ils seront morts lorsque les représentations débuteront à la mi-mai.Dans son édition dominicale, The Observer rapporte que la pièce, jouée par une troupe de théâtre expérimental de l’est de Londres, portera sur les tabous entourant la mort.Intitulé “Mort: tu seras”, la production recherche un véritable cadavre qui restera sur scène durant les 24 représentations prévues.La troupe, qui s’appelle 1157, espère recruter un malade en phase terminale.”Le corps ne sera pas nécessairement manipulé par les acteurs”, a précisé au journal Jo Dagless, l’un des directeurs artistiques de la troupe. Il a néanmoins indiqué que tous les détails seront fixés à l’avance avec le donneur et sa famille.Jo Dagless a assuré que la présence d’un cadavre sur scène n’était pas un coup de pub. “C’est un élément du spectacle que nous pensons important pour nous aider à dissiper quelques-uns des mystères qui entourent la mort”, a-t-il expliqué.