Fin
No comment. La dépêche AFP dans toute sa sécheresse
Le reality show “Pig Brother” est un succès sur internet
AFP | 08.04.04 | 13h56
Le reality show “Pig Brother”, qui montre 24 heures sur 24 la vie d’un groupe de sangliers sur internet, est un succès avec 1,5 million de connexion en 15 jours, a annoncé jeudi l’association allemande de protection des animaux (DJV).Les six sangliers adultes - les mâles Kalle, Oskar et Willy, les femelles Luise, Berta et Sophie - et leurs marcassins sont filmés en continu par deux webcams dans leur enclos d’Hellenthal, dans le massif montagneux de l’Eifel (ouest).”Les Allemands, adultes et enfants n’ont plus beaucoup l’occasion d’aller dans la nature et de voir des animaux sauvages dans leur environnement”, a expliqué Anke Nuh, porte-parole de la DJV, précisant que ce site (www.wildtiere-live.de) avait été créé pour les enfants mais qu’il était surtout consulté par les adultes.Le site devrait rester ouvert jusqu’à la fin mai, puis reprendre en juin après la naissance des nouvelles portées de marcassins, a ajouté Mme Nuh.Le programme a été baptisé par les médias “Pig Brother” car il a été lancé peu après celui de la troisième saison de “Big Brother”, un reality show diffusé par les télévisions RTL II et Premiere qui met en scène 21 jeunes enfermés dans un container.La DJV a montré également l’automne dernier la vie d’un groupe de cerfs dans le même massif.
La très ésotérique et électrisante série Carnivale (La Caravane de l’Etrange), découverte sur Jimmy ce week end, est à rapprocher des
Harmonies Werckmeister, voyage intérieur magistral du réalisateur hongrois Béla Tarr.
La série et le film entretiennent des relations secrètes avec les mystères du cosmos, le Bien et le Mal, à l’image des personnages principaux qui tous les deux possèdent un don. Chez Tarr, Janos (Lars Rudolph), observateur ébloui des miracles de la Création, promène son regard innocent sur le monde et ses contemporains. C’est un poète dans l’acception rimbaldienne du terme, autrement dit, un voyant chargé d’instruire l’humanité.
Quant au jeune Ben Hawkins (Nick Stahl), il accomplit des miracles mais ses facultés divines le terrifient. Lorsqu’il croise la route d’un cirque itinérant, le nain Samson lui propose de rester. Tous les artistes de cette caravane possèdent des dons extraordinaires. Au même moment, le révérend Justin Crowe est hanté par les mêmes visions apocalyptiques qui assaillent inlassablement le jeune héros, préfiguration d’un combat de l’ombre contre la lumière.
Chez Béla Tarr, les récits de Janos annoncent une ère du chaos, amorcée par l’arrivée en ville d’un cirque dont l’attraction principale est la carcasse d’une immense baleine, symbole de la putrescence d’une société. A la tête de cet étrange convoi, un prince aux intentions funestes, grand ordonnateur des désordres à venir.
Dans Carnivale, un mystérieux Grand Patron régit la caravane, figure positive qui, comme chez le réalisateur hongrois, n’est pas donnée à voir. Chez Tarr, le Prince, incarnation du Mal, établit peu à peu son empire sur les ruines fumantes de l’Humanité.
La série et le film hongrois s’inscrivent tous deux dans un contexte de crise politique, économique et morale, voire, en sont des symptômes. Chez Tarr, tout se dérègle à l’arrivée du cirque dans la ville, du domestique à l’administratif. L’humanité cède le pas à la barbarie. Des groupuscules mettent à feu et à sang la ville.
La référence politique s’impose immanquablement à l’esprit. Ravagée par les deux fléaux que furent le fascisme et le communisme, la Hongrie porte encore aujourd’hui les stigmates de sa lourde histoire. Le prince, fondant son régime sur la terreur, pourrait être tout à la fois une réminiscence de Staline et d’Hitler. Frappés durement par la pauvreté, les habitants n’hésitent pas à se soulever au nom de ce prince obscur, ignorant jusqu’aux raisons de leur propre haine. Dans Carnivale, la crise de 1929 jette sur les routes une population affamée.
La raison de l’innocent Janos vacille quand les ténèbres recouvrent définitivement le pays. Dans Carnivale, les artistes du cirque sont peut-être les seuls à pouvoir empêcher ce phénomène entropique.
Durement éprouvé Janos ne se remettra pas de son voyage. Sa curiosité l’a poussé à pénétrer à l’intérieur du camion qui contient la baleine. Des correspondances s‘établissent alors avec le récit biblique de l’épreuve de Jonas à qui Dieu avait ordonné de prêcher dans la ville de Ninive. Ayant failli à sa mission, Jonas fut précipité en mer par un équipage et séjourna trois jours durant dans le ventre d’une baleine avant d’être rejeté sur un rivage. Janos/Jonas, tous les deux ont failli à leur mission d’instruire les hommes.
Ben Hawkins pénètre également dans une roulotte à bagages, lieu mémoire étrange qui s’avère n’être qu’une chimère. Janos et Ben accomplissent tous deux un parcours initiatique tourné vers la connaissance.
Béla Tarr, qui adapte un roman de Laszlo Krasznahorkai (La Mélancolie de la Résistance), signe une œuvre d’une envergure poétique sans égale, servie par un noir et blanc expressionniste, décliné selon mille et une nuances de gris. La photographie participe pleinement à la couleur du récit, conférant aux scènes leur ambiance tour à tour irréelle ou naturaliste. Il en va de même dans Carnivale, visuellement à couper le souffle, servi par une lumière chaude et dont le cadre est infesté par des forces surnaturelles.
A découvrir d’urgence !
Sandrine Marques
Au moment où l”Europe se voit durement frappée par le terrorisme, s’impose à l’esprit, et avec acuité, l’énigmatique et sublime Film Parlé de Manoel De Oliveira.
Oeuvre éclairée, elle met en scène un professeur d’université (Leonor SIlveira) qui entreprend avec sa fille une croisière dans le Bassin méditerranéen. Le voyage est l’occasion de découvrir les hauts lieux de la civilisation où s’affirment la quintessence de l’Art et le génie humain.
Film très didactique, Un Film Parlé est le lieu de réflexions philosophiques et littéraires.
Penser l’Europe revient aujourd’hui à se poser la question de ses valeurs, de sa mémoire et de ses traditions, en somme, de son identité. Le cinéma de Oliveira s’inscrit dans cette contemporanéité.
Le réalisateur n’a de cesse de questionner ce patrimoine culturel, tant à l’échelle collective (l’Histoire et ses legs) qu’individuelle (les origines ou la filiation), acte de résistance à l’heure où le « global » l’emporte sur l’intime et le singulier.
En somme, Oliveira livre un pamphlet vibrant contre l’obscurantisme.
Mais le final proprement stupéfiant dynamite, au sens propre comme au figuré, tous les discours éclairés sur la civilisation. La barbarie l’emporte, à travers le terrorisme.
Vision très pessimiste qui n’en finit pas de me trotter dans la tête lorsque je regarde le journal télévisé…
S.
Après plus de vingt ans d’une carrière indépendante où il s’essaya à tous les genres, du porno soft au polar, en passant par des comédies potaches ou bien encore des films politiques, Kiyoshi Kurosawa s’impose désormais comme un cinéaste sur lequel il faut compter. Pour preuve, son énigmatique et fulgurant Cure, véritable incursion dans un inconscient malade, celui d’une société déboussolée, menacée dans ses soubassements. L’idée de contamination prévaut sur celle du remède (« cure ») et le glissement délétère à un état autre s’opère insidieusement.
Quelle force obscure pousse des citoyens ordinaires à devenir des meurtriers ? Pourquoi parachèvent-ils leur acte criminel d’une entaille en forme de croix ? Que signifie ce rite sanguinaire et morbide ? Pourquoi les assassins sont-ils frappés d’amnésie ?
L’inspecteur Tanakabe (remarquable Koji Yakusho vu aussi dans Charisma et L’Anguille d’Immamura) enquête. Sa femme, sujette à des absences tragiques, est mentalement instable. Tout comme elle, l’instigateur de ces funestes crimes, Mamiya (troublant Masato Hagiwara), vit dans un présent sans fin, privé de mémoire, même la plus immédiate, métaphore du Japon contemporain qui tente d’oublier le traumatisme d’Hiroshima. C’est un errant, apparaissant brusquement dans la fiction dans le long plan séquence de la plage. L’instituteur, qui l’a recueilli, tue sa femme et se défenestre au petit matin. S’ensuit une longue série de victimes dont les figures sont des archétypes sociétaux.
Ainsi, la première victime est un employé modèle et sans histoire, qui tue froidement une prostituée. C’est une pure production du monde du travail nippon. La deuxième victime est un instituteur qui assassine sa femme puis tente de se suicider. C’est la figure de l’Education. La troisième victime est un policier, représentation de la Loi, qui descend son collègue. La quatrième victime est un médecin, incarnation de la Santé. La cinquième victime est le psychiatre ou l’Inconscient. In fine toutes les victimes forment le socle sur lequel repose une société. Elles renvoient aux fondements institutionnels à partir desquels s’élabore, s’organise et fonctionne une société. Le fait que le tueur amnésique touche jusqu’à l’inconscient même de cette société achève d’imposer l’idée de dysfonctionnement, de dérèglement irréversibles. Sans mémoire, une communauté n’a pas d’avenir.
Par sa présence envoûtante et charismatique et l’attrait néfaste qu’il exerce sur ses contemporains, Mamiya en vient à menacer la société dans ses fondements mêmes. Interrogé sur la correspondance entre l’amnésie des personnages et un Japon qui tenterait d’oublier son passé, Kurosawa niait avoir voulu représenter ce traumatisme qu’il a lui-même absorbé inconsciemment semble-t-il. Néanmoins, au regard des films politiques qu’il a pu réaliser auparavant, il remet de toute évidence en cause les assises de la société nipponne ou tout du moins se plaît à les entamer, en stigmatisant ces figures les plus représentatives. Il apparaît donc que le choix des victimes n’est sans doute pas motivé que par la simple contingence.
Mamiya s’emploie à pervertir une société qui contient déjà en germe les ferments de la corruption. C’est là toute la force du film, sa violence et le trouble qu’il distille.
Le psychiatre explique à Takanabe “qu’on ne peut inciter quelqu’un à tuer si cette personne considère que tuer est mal”. Plus tard, l’inspecteur dira que “la société est mauvaise”. Ceci n’est pas sans évoquer la thématique développée chez Ferrara selon laquelle la nature même de l’homme est mauvaise. Mamiya révèle le criminel latent chez chacun des infortunés qu’il croise et ce, en se projetant en lui. Dans sa volonté de contaminer les corps, Mamiya implique le sien, tout d’abord en se faisant le réceptacle des pulsions souterraines de ses victimes, mais aussi en adoptant une gestuelle encline à stimuler l’acte meurtrier. Il se tient dans les angles des pièces, ses genoux joints formant un “x”. Il adopte cette posture dans le commissariat ou encore dans sa cellule, fuyant la lumière. Cet habitant de l’ombre manifeste une volonté de se dissoudre dans le décor pour demeurer à l’état “d’irreprésenté” dans l’esprit de ses victimes (il demande au médecin de ne pas le regarder). Tout comme la tragédie d’Hiroshima est elle-même irreprésentable. De sorte que les victimes ne gardent pas de souvenirs de cette rencontre. Kurosawa nous parle implicitement du déni qui entoure Hiroshima.
Tel un trou noir, Mamiya aspire en son centre des êtres prédisposés au mal. “Tout ce que j’étais à l’intérieur est en dehors de moi, alors je peux voir à l’intérieur de vous. En échange, j’infiltre les esprits et le mien est plein de vide” dit-il à la femme médecin chez qui il souligne l’attrait morbide pour les autopsies.
La dernière séquence laisse le spectateur pantois et sans répit : le processus de contamination ne peut être éradiqué et pèse sur la ville comme une épée de Damoclès.
Œuvre dense, Cure est certainement l’un des films les plus aboutis de Kiyoshi Kurosawa dans le registre de la peur et de l’épouvante. Formellement, il se démarque par une mise en scène inventive où brille la composition du cadre. Les oeuvres de Kurosawa sont travaillées par la question de l’identité, de la mémoire, de la perte de repères (Licence to Live, Vaine Illusion). Les corps contaminés viennent à dérégler le corps social, à le faire vaciller.
S.M
Pas encore un quizz interdit, fausse alerte ! Mais une petite mise en bouche…
De quel film est extrait ce photogramme ?
Paris Hilton et Nicole Ritchie, The Simple Life sur C+, le samedi à 13h30, rediffusion le lundi vers minuit en V.O.
Voici le pitch de cette nouvelle émission de télé-réalité :
Paris Hilton et Nicole Richie laissent à Los Angeles leur famille, leurs copains, leurs virées shopping et leurs cartes de crédit et troquent le tout contre 30 jours à la campagne, dans une ferme. Elles ne savent pas exactement ce qui les attend mais sont sûres d’une chose : même si leur portable risque de leur manquer, elles sauront surmonter cette épreuve. Arrivées à Altus-Arkansas, elles sont accueillies par la famille Leding, légèrement décontenancée par le look des filles et leur monceau de bagages. Paris et Nicole se retrouvent propulsées dans un univers extrêmement éloigné du leur. Obligation de participer aux corvées et de respecter le couvre-feu fixé à minuit, interdiction de dire des gros mots et pas question de prendre le pick-up sans permission. Et puis, horreur des horreurs : IL N’Y A QU’UNE SEULE SALLE DE BAIN.
Vont-elles survivre ?
Hilton, l’héritière milliardaire et sa copine Nicole Ritchie (fille de Lionel ), jetsetteuses notoires, sont parachutées dans un milieu aux antipodes du leur. L’étude anthropologique risque de valoir dans les deux sens ! Néanmoins, je suis curieuse de voir comment la famille sera dépeinte et comment ce choc entre deux milieux diamétralement opposés sera orchestré. En somme, la satire sociale marchera-t-elle dans les deux sens ?
A noter que l’objet s’est ici déplacé : l’accès à la célébrité ne constitue plus l’enjeu de ce programme de télé-réalité. De même, il ne s’agit pas pour des has been de faire un come back. Le seul décalage prime ici. Saura-t-il combler notre désir de fiction ?
S.
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