Archive pour Mai 2004

Glamorama

L’impression d’étrangeté, de vacance même, ne se dissipe pas, bien au contraire, au terme de ces 15 jours de Festival de Cannes.

Entre la tenue du blog, l’écriture au quotidien d’articles et 4 à 5 films vus par jour en moyenne, je n’ai pas eu le loisir de me reposer beaucoup.

Mais la seule fatigue ne saurait expliquer ce profond déphasage. J’ai le sentiment d’évoluer depuis peu dans l’univers glacé de Bret Easton Ellis : des individus se croisent, jeunes, beaux, branchés…superficiels

Dans Glamorama, les fêtes se succèdent, enivrantes et futiles. Les personnages, aussi intimes, qu’ils puissent être ou avoir été, souffrent d’amnésie. Personne ne se reconnaît chez Ellis. Les héros se côtoient, se croisent encore mais tout est à recommencer.

Roger Avary, qui a signé avec The Rules of Attraction une adaptation définitive du roman éponyme de Bret Easton Ellis, a su rendre compte de ces mnésies. Son cinéma est en parfaite adéquation avec l’univers du romancier.

Chez Ellis, les personnages vivent dans un présent permanent. Ce sont des pellicules vierges, frappées d’un vice de fabrication : elles n’impriment pas. Ni images, ni souvenirs.

Cannes est à l’image du livre Glamorama. Rien n’est fixe, ni tangible. A commencer par les relations sociales.

Je vis en ce moment dans cet espèce de détachement quasi pathologique, à l’image de ce que décrit Jonathan Caouette dans le viscéral Tarnation, vu cet après-midi, dans le cadre de la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs.

Comme si tout ceci n’était pas assez perturbant, il a fallu que Gaspard Noé vienne s’asseoir juste à côté de moi pendant la séance. C’était vraiment la chose la plus atroce qui puisse m’arriver. Pendant tout le film, j’ai pensé à la critique incendiaire que j’avais écrite à propos d’Irréversible. Mais heureusement, nous ne nous connaissons pas. C’est parfois une bonne chose l’amnésie, mieux l’anonymat.

Bande son


“Suite à la gêne occasionnée par les quêteurs, la RATP rappelle que la mendicité est interdite dans le métro . “

Sic.

Quentin à la question

J’ai assisté avec Moland cette après-midi à l’inédite conférence de presse, post palmarès. Initiative excitante, mais vite plombée par la langue de bois et le sacro-saint protocole cannois.

D’ailleurs, l’acteur Benoit Poelvoorde a été le seul à donner un coup de pied dans la fourmillière : “Le festival de Cannes est très moral et ça n’est pas près de changer” a t-il dit !

J’ai été particulièrement choquée de l’agressivité de ce pourtant très charismatique Président. Quand un journaliste lui a demandé très légitimement où était le cinéma dans le film de Moore, celui-ci s’est énervé, a parlé de ces “belles images” qu’on ne trouverait pas dans le film de Moore. Preuve à l’appui, il a parlé de la scène où l’on voit des soldats américains avec des prisonniers irakiens qui portent un sac sur le visage.

Pourtant, force est d’admettre que le film de Moore est plus proche de l’esthétique télévisuelle !

De plus, le pré-supposé du journaliste n’était pas la présence de la belle image chez Moore, mais bien de la mise en scène, discutable ici !

Quand le pauvre ère a voulu argumenter, s’inquiétant de la façon dont sa question avait pu être traduite, Tarantino lui a dit violemment qu’il n’avait rien à rétorquer à cela et d’arracher son oreillette.

Au moment où je tape ses lignes, je regarde en transparence par la fenêtre de la salle de presse, Moore en train de monter les marches et savourer son triomphe.

Fête de clôture

Fête de clôture sur la plage, concert et feu d’artifices

La Palme d’Or du 57ème Festival du Film

Michael Moore qui excelle dans le désamorçage de critiques, a affirmé, lors de sa conférence de presse, que Quentin Tarantion lui a décerné la Palme d’Or, non pas pour des raisons politiques, mais bien parce qu’il avait fait un bon film (sic), où prime le cinéma.

Farhenheit 9 11 est tout sauf un film de cinéma, tout simplement parce que Moore n’en a jamais fait !

Les lauréats

Moland et moi avons réussi à nous inviter à la conférence de presse des lauréats de ce 57ème festival du film, au palmarès surprenant.

Vous pouurez lire notre critique du Michael Moore ici et comprendre notre profond désarroi.

Voir cet enfonceur de portes ouvertes remporter le prix le plus prestigieux me plonge dans des abîmes de perplexité ! En revanche, je suis très heureuse de la présence du film coréen Old Boy et du film thaïlandais Maladie Tropicale. Quant au prix d’interprétation féminine, il n’est que justice.

Je vous laisse apprécier le tableau des premiers de la classe.

Agnès Jaoui et JP Bacri, prix du meilleur scénario pour Comme une Image

La réalisatrice du film Or, Keren Yedaya, Caméra d’Or

Tony Gatlif, prix de la mise en scène pour Exils.

Apichatpong Weerasethakul, prix du jury pour le sublime Maladie Tropicale, ma Palme d’Or du Festival !

Le réalisateur japonais Kore-Eda, sans son acteur qui a obtenu le prix d’interprétation masculine pour Nobody Knows (cf photo). Surprenant !

L’équipe du film Old Boy, Grand Prix du Jury.
De gauche à droite, le réalisateur Park Chan Wook, l’excellent acteur Choi-Min SIk (mon prix d’interprétation à moi) et le producteur du film.

Maggie Cheung, incontestable prix d’interprétation féminine pour Clean d’Olivier Assayas

Clean


Conférence de presse du film d’Olivier Assayas, Clean, pressenti pour la Palme d’Or !

What a monster !

Je renoue avec la tradition des blondes de Cannes sur ce blog !

Charlize Theron, à la conférence de presse ce matin du film Life and Death of Peter Sellers de Stephen Hopkins, biopic vraiment au ras des pâquerettes sur le génial acteur, complètement démythifié dans ce film à prothèses.

Un peu avant, j’ai vécu un de ces moments suspendus qui appartiennent presque au rêve. Je traînais seule dans un couloir désert du Palais, farfouillant dans mon sac pour en extraire mes lunettes de soleil (je n’ai dormi que deux heures et une armée de yakusas a colonisé mon cerveau - Effet saké ?) quand il m’est apparu : Quentin Tarantino, seul lui aussi, anonyme.

Quelques mots échangés, en apesanteur.

Ghost in the Shell 2 - Party

Monsieur Mamoru Oshii, réalisateur du manga crépusculaire Innocence, dont on peut voir l’affiche japonaise derrière lui.

Cette suite de Ghost in the Shell est une splendeur visuelle, parcourue par des citations littéraires et philosophiques (Milton, Descartes). Un manga inquiet et prophétique qui utilise de la 2D et du numérique.

Quelques sushis et sakés plus tard, je me suis résolue à approcher ce réalisateur visionnaire qui n’aime rien tant que de parler de son chien, à qui d’ailleurs il réserve un rôle d’importance dans son film !

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Cyprien et John, so glamourous !