Koyuki
Actrice qui joue dans Kairo de Kyoshi Kurosawa (2001) et dans Le Dernier Samouraï d’Edward Zwick (2002).
Une carrière naissante…
Actrice qui joue dans Kairo de Kyoshi Kurosawa (2001) et dans Le Dernier Samouraï d’Edward Zwick (2002).
Une carrière naissante…
Acteur révélé par Jim Jarmusch, en 1989 dans Mystery Train, vu encore dans Suicide Club, en 2002 de Shion Sono.
Cet anti-conformiste qui aborrhe “le contrôle et l’autorité exercés par les générations les plus âgées au Japon” (Libération), a encore joué dans La Forêt sans Nom de Shinji Aoyama.
Vous avez dit fashion ?
Nosferatu de F.W Murnau (1922)
La main glisse sur le corps tendu de blanc. Le corps-écran reflète l’ombre qui se tient dans un hors champ chargé d’une délétère concupiscence.
L’objet du désir se dérobe au regard mais offre son corps virginal à la main tendue, dans un abandon de soi absolu.
Les ténèbres nimbent le cadre, le contaminent peu à peu. Combat de l’ombre contre la lumière. La main métonymie préfigure la possession.
Une fois n’est pas coutume, je vous fais profiter d’un bon plan culturel pour le Festival d’Avignon.
La compagnie et école de théâtre Kygel organise des stages dans le cadre du festival, à des prix défiant toute concurence. Si vous n’avez jamais assisté à une représentation dans la cour des Papes, c’est l’occasion ou jamais.
De même, le stage est une initiation in situ à l’écriture dramatique et à la scénographie
Faîtes vite, il reste 5 places uniquement.
Les dates : du 16 au 25 juillet 2004 inclus
Contenu du stage : le séjour comprend la pension complète, le transport A/R, des séances quotidiennes de pratiques artistiques, l’assurance et deux spectacles, le tout pour la modique somme de 250 euros.
Thèmes du stage : “Jouer à être auteur et changer de regard” ou “jouer à être scénographe et à changer de regard” (au choix).
Si vous êtes intéressé (e), contactez de ma part la sympathique Ana Gianni au 01 42 51 30 70
Le Cuirassé Potemkine (Eisenstein)
“Le régime affectif de l’image, défini par le gros plan, prescrit certaines formes essentielles du cinéma comme art, voire programme des “genres” : suspense, horreur, érotisme. La Tragédie devient anatomique, ce qui veut dire que son espace se restreint et se resserre sur le corps, sur des mouvements infimes à la surface du corps (le monde se rétrécit), en même temps que ceux-ci deviennent des événements absolus. A travers le gros plan, le cinéma réalise un changement d’échelle de la carte des événements : un sourire devient aussi important qu’un massacre (…)”.
Pascal Bonitzer, Peinture et Cinéma, Décadrages, Cahiers du Cinéma, Editions de l’Etoile.
Film éminemment sensitif, Eraserhead dépeint les affres de la paternité non désirée. Le prélude préfigure un monde chaotique, voué à la destruction : la tête de Henry Spencer (Jack Nance) flotte en surimpression sur une planète nimbée de nuées. De sa bouche ouverte sort un fœtus, tandis qu’un homme s’échine sur des manettes, dans un décor industriel. S’ouvre alors un cratère dans lequel tombe le fœtus. Puis la caméra ressort par un trou aveuglant de lumière, bordé d’herbes, comme si le regard du spectateur lui-même faisait l’objet d’une expulsion.
Emblématique à plus d’un titre, cette ouverture revêt une dimension sexuelle, voire génitale, prégante dans les films de David Lynch.
Le motif de la matrice est explicitement représenté, au travers du cratère et de la bouche entrouverte du héros. Cette béance renvoie bien évidemment au sexe féminin. Ainsi, lorsque Henry, abandonné de sa femme, fait l’amour avec sa troublante voisine, le couple adultérin s’enfonce dans un lit liquide, en forme d’utérus. A l’issue de leur étreinte, seuls demeurent encore à la surface de l’eau les cheveux bouclés de la femme, figurant un pubis. Le héros est englouti par ce sexe féminin. Sa peur de la castration est manifeste.
Ce motif est à mettre en relation avec le tableau d’Otto Wols, La Grenade (photogramme du bas, à l’extrême droite). Le cratère, causé par une explosion, n’est pas sans rappeler les motifs génitaux que nous avons décrits. Le peintre allemand, qui versa dans l’investigation psychologique, a entamé la surface picturale de coups de pinceaux noirs, étouffant le jaune chaud et le bleu léger qui bordent le cratère. Cela traduit l’ambivalence psychique d’un moi partagé entre Eros et Thanatos.
Le personnage d’Henry Spencer souffre d’un complexe de castration évident. Le monstrueux bébé, interprété dans de nombreuses études, comme le prolongement pénien du héros, entraîne dans sa mort le personnage principal. Armé d’une paire de ciseaux, Henry finit par percer le corps du nourrisson. En somme, il s’autocastre.
Dès lors, la grande machine universelle s’enraye et « l’homme aux manettes », le grand Créateur, ne peut empêcher l’explosion de la planète, qui vole en éclats dans les derniers plans.
Après ce climax sonore et visuel, Henry, baigné d’une lumière éclatante, se retrouve au paradis, en compagnie de la « dame au radiateur ». « In heaven, everything is fine », lui chante à l’envi cette figure féminine asexuée et, en conséquence, idéale. Au commencement était l’innocence.
Sandrine Marques
Rendons ici un vibrant hommage à Ronald !
Non pas le travelo emperruqué, à la solde d’une grande chaîne de fast-food, mais bien Reagan, acteur de second plan devenu Président des Etats-Unis.
A la faveur des éloges funèbres qu’on peut entendre au journal de TF1, celui qui mena une politique sociale régressive et inique, incarne aujourd’hui le rêve américain et le monde libre, post guerre froide.
A mon tour de faire son panégyrique.
Qu’aurait été JR Ewing sans Reagan et surtout la production cinématographique de l’époque ? Peur de l’autre, glorification du héros guerrier : un cinéma raciste et puritain éclôt, à l’ombre duquel des films contestaires fleurissent.
Rambo, en 1981, marque la première vraie charge à l’encontre de l’administration Reagan. Je vous recommande la lecture, à ce sujet, de l’excellente note de Sébastien.
Mais, selon moi, c’est avec They Live (Invasion Los Angeles) de John Carpenter que ce cinéma pamphlétaire atteint son acmé. La dénonciation de la société consumériste, de l’Etat policier tourne au jeu de massacre. Glaçant et jubilatoire tout à la fois, le film donne la part belle à la marge, aux exlus du système.
They live n’a rien perdu de son pouvoir subversif et résonne avec acuité dans l’actualité des Etats-Unis.
Après mille dérobades, j’ai récemment vu le dernier film de JL Godard, essai humaniste lumineux et sublime leçon de cinéma, transcendée par un regard aigu sur l’époque contemporaine.
Et de relever cette phrase, écho à mon billet sur la photo de la rafle du Vel D’Hiv :
“les faits parlent d’eux-mêmes. Céline en 1936 se méfiait déjà de cela. Aujourd’hui, le champ du texte a recouvert le champ de la vision“.
Godard fait la démonstration que le texte a supplanté le visible, en somme que le commentaire l’emporte aujourd’hui sur l’image.
Le film questionne largement la notion de mémoire et m’évoque des réflexions de la philosophe Marie-José Mondzain, à propos de ce qu’elle nomme les “visibilités“.
Selon elle, la mémoire collective se constitue par l’image et la société “souhaite en contempler les vignettes les plus émouvantes“.
Concernant la mémoire, il nous faut nous emparer d’une histoire qui appartient à d’autres mais nous appartient intrinsèquement.
Ce qui importe, selon la philosophe, « c’est le travail de mise à l’écart », c’est-à-dire la prise de distance par rapport à l’image ou le visible qui nous émeut.
Elle ajoute que l’image met en jeu le désir de voir et qu’il s’agit alors de divorcer de ces choses qui nous séduisent. En somme, il faut se débarrasser de l’imagerie ou des « visibilités » pour atteindre à une forme de vérité que la société exige.
L’image versus le texte ? La radicalité intellectuelle de Mondzain me gêne. Comment ne pas opposer ces deux pôles -image et texte- dans un souci pédagogique de transmission de la mémoire ?
La question de la transmission de la mémoire, qui fait partie de mes prérogatives professionnelles (entre autres missions éducatives et culturelles), se pose avec d’autant plus d’acuité en cette période de sur-exposition médiatique.
J’ai pris un peu d’avance sur le prochain événement que constitue le 60ème anniversaire de la libération des camps nazis et qui va largement occuper les intellectuels dès la rentrée 2004.
Pour preuve l’efflorescence d’ouvrages sur le sujet de la seconde guerre mondiale, dont voici les références :
- La Photographie d’Actualité et de Propagande sous le Régime de Vichy de Françoise Denoyelle, CNRS, 39 euros
- Les Documenteurs des Années noires; les documentaires de Propagande, France, 1940-1944 de Jean-Pierre Bertin-Maghit, Ed. Nouveau Monde, + 1 DVD, 34 euros.
- L’Historien et le Film de Christian Delage et Vincent Guigeno, Gallimard, Folio Histoire, 8,20 euros. A paraître.
A signaler encore, Le Fascisme en Action de Robert O. Paxton, Seuil, XXè siècle ou comment l’auteur étudie “l’arrivée au pouvoir des mouvements fascistes et montre que loin d’être lié à une expérience historiquement datée, le fascisme fait toujours partie de l’horizon des possibles ” (in Le Monde des Livres, 14 mai 2004).
Godard dit qu’il n’y a pas de “devoir de mémoire, car la mémoire n’a pas de devoir“.
Ce matin, un autre débat m’opposait à une historienne de formation qui affirmait que la mémoire collective n’existe pas. Mémoire et histoire ne sont pas liées, de son point de vue, car l’histoire est le recueil scientifique de données quand la notion de mémoire se rapporte à des considérations philosophiques.
De sorte que chaque individu, selon elle, ne peut se forger les mêmes représentations. D’où l’impossibilité d’une mémoire collective.
Et de m’apprendre que cette notion de mémoire était fort récente dans les travaux des historiens qui ne l’ont intégrée que depuis peu.
A méditer, avec ces bons ouvrages !
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