dans cinéma par Sandrine
le 11/09/2004

Découvert à L’Etrange Festival le remarquable documentaire, Après la Mort de Blue Hadaegh et Grover Babcock, film choc qui prend le parti pris de montrer l’irreprésentable : la mort dans ce qu’elle a de plus prosaïque.
Mais comment donner une sépulture et rendre les derniers honneurs à des personnes décédées dans l’anonymat ou la solitude ? Un service administratif américain, autour duquel se concentre le documentaire, se charge d’enquêter. C’est à partir de ce troublant paradoxe - redonner aux morts leur vie ! - que se construit le documentaire.
Avec un filmage précis, dénué d’affect mais non de compassion, les réalisateurs vont accompagner l’équipe chargée de ce travail contre l’oubli. Ces arpenteurs de mémoire se succèdent à l’image, à peine troublés par la discrète présence de la caméra. Dans leurs recherches biographiques, les employés n’excluent aucun détail.
La trace la plus ténue soutient une investigation intime. Un carnet d’adresses, une carte d’identité, un mot griffonné marquent le point de départ d’une quête mnésique, avec au bout, un portrait terrible d’une Amérique rongée par la solitude et les discriminations.
Les réalisateurs dénoncent, par touches impressionnistes, une société qui marginalise et ostracise ses éléments les moins productifs : un malade su sida, un obèse etc… Au final, le dossier se referme sur ces morts ordinaires et leur sort tristement banal auxquels répond un documentaire anti-spectaculaire au possible. Nulle mise en scène de la mort, nul suspense douteux autour des enquêtes. La mort est ici un non événement absolu. Nous sommes ici aux antipodes de la série Six Feet Under…
dans cinéma par Sandrine
le 10/09/2004

Séance de dédicace par Bill Plympton, à l’issue de la projection de son délirant Hair High, dessin animé licencieux qui revisite le teen movie, en fait exploser les codes en un jaillisement pléthorique et orgiaque. Bill est grand !
(Photos Moland)
dans cinéma par Sandrine
le 10/09/2004

Qu’on ne se fie pas aux manières douces de cette humble petite personne : Teruo Ishii, à qui l’Etrange Festival consacre une rétrospective, rivalise d’imagination en matière de sévices infligés à des héroïnes consentantes ! Femmes Criminelles, Orgies sadiques de l’Ere Edo, rien ne manque au panthéon des perversions sexuelles et des châtiments. Ecartelées, empalées, tatouées, brûlées, violées, les séduisantes victimes goûtent aux raffinements sadiques les plus élaborés ! S’inscrivant dans un genre historique nouveau – le Tokugawa – destiné à relever les studios Toei en pleine crise artistique et économique, Femmes Criminelles se décline en trois tableaux distincts. Ces récits, inspirés de la nouvelle de Ryunosuké Akutagawa, Figures de l’Enfer, s’enchainent avec leur lot de perversions sado-masochistes, incestueuses ou saphiques et témoignent de l’asservissement séculaire de la femme japonaise à l’homme.
Le film, qui a été diffusé dans un circuit normal au Japon, résiste au cloisonnement, comme en attestent les débats à l’issue des projections. Le référentiel occidental s’avère en effet bien déplacé pour appréhender une oeuvre dont les codes esthétiques appartiennent à la tradition.
En tout cas, lorsque l’on rencontre Teruo Ishii, on a bien du mal à imaginer que c’est lui le grand ordonnateur des passions charnelles débridées qui consument à l’écran ses personnages. Du nécessaire refoulé propre aux grandes civilisations ?
dans cinéma par Sandrine
le 5/09/2004

Au sortir d’une nuit blanche passée dans une salle de cinéma, et encore enveloppée par ce sentiment plein d’appartenance à une communauté - notion qui vibre avec encore plus d’acuité à la faveur de la nuit- me revient en tête la polémique autour du “sermon lumineux” ou la légitimité de la place du cinéma dans les lieux de culte.
Etait-il moral d’utiliser des images cinématographiques dans les églises afin d’édifier les foules ? Toujours est-il que cette pratique contribuait à engorger les lieux de culte.
Dès 1897, le père Bailly, militant catholique inventa même un projecteur de cinéma qu’il baptisa l’Immortel (sic !).
“Pourquoi, écrit-il en 1903 dans La Croix, les grandes vérités chrétiennes ne seraient-elles pas ainsi publiées, divulguées, glorifiées comme elles le sont dans les vitraux, les tableaux, les statues et les fresques ?”
Il avait déjà lancé le département de “l’Imagerie”, le Grand Catéchisme illustré, et confié à un expert en optique, Coissac, la direction du Service des Projections ainsi que le premier mensuel entièrement consacré aux projections, le Fascinateur.”
Ce n’est qu’en 1912 que Rome, via la Sacrée Congrégation Consistoriale et ses Pères Eminentissimes, décrétera l’interdiction de ces projections. En somme, on peut considérer que les premières salles de cinéma ont été les églises.
La grand messe cathartique que constituent, par exemple, les projections de L’Etrange Festival atteste de ce legs historique, la dimension profane en plus !
dans cinéma par Sandrine
le 5/09/2004

De gauche à droite, photogramme extrait de Decasia et portrait de Bill Morrison.
Première vraie découverte de L’Etrange Festival, le réalisateur américain Bill Morrison, qui a rencontré une assistance hypnotisée par son film Decasia (titre qui vient du verbe “to decay”, “se décomposer”), un projet composite en collaboration avec le compositeur Michael Gordon.
A travers un montage poétique de films altérés par le temps - il n’y a donc ici aucune intervention sur pellicule, procédé courant dans le cinéma expérimental - Morrison interroge la mémoire et la trace.
A la circularité du film de Morrison, qui s’ouvre et se referme sur le même plan signifiant de dervich tourneur, répond l’envoûtante symphonie de Gordon.
Sa musique répétitive et cyclique se déploie parfois jusqu’à l’effroi. La dimension anxiogène des images, comme habitées par la conscience intime de leur propre disparition, se couple avec leur fabuleux pouvoir hallucinogène. Au détour de taches, éraflures et striures apparaissent des silhouettes fantômes, naissent des raccords inattendus. Une splendeur visuelle et sonore.
dans cinéma par Sandrine
le 2/09/2004

Du 1er au 14 septembre se tient la douzième édition de l’Etrange Festival, au Forum des Images de Paris, manifestation que je fréquente assidûment depuis des années, comme tout “nerd” qui se respecte.
C’était l’ouverture ce soir avec Aaltra, film des échappés de Groland, Gustave Kervern et Benoît Délépine. Libérés de l’esprit Canal+ (qui n’a pas mis un seul denier dans ce projet improbable : un road-movie en chaises roulantes, de la Belgique jusqu’à la Finlande !), les deux gais lurons nous ont offert un vrai show, en présentation de leur film.
Et de révéler l’origine de leur projet : boire un coup avec Aki Kaurismaki, rêve qu’ils réalisent à la fin de leur trip attachant. Manque de pot, si j’ose dire, le réalisateur finlandais avait arrêté de boire !
Jusqu’au 14 septembre, je rendrai compte autant que faire se peut et photos à l’appui, de cette cinéphilie en marge de l’histoire officielle du cinéma.
Roger Avary, à qui une carte blanche a été donnée, arrive demain. Asia Argento également, selon les rumeurs.
L’étrange festival ou les lois de l’attraction !
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