Mémoire et stéréotypes : le motif de l’oeilleton
Comment transmettre la mémoire et la connaissance des faits historiques, dans un souci moral et didactique quand les « fictions de reconstitution » posent, à leur niveau, le problème de la représentation de la Shoah ?
Arnaud Desplechin établit une subtile distinction entre « image » et « imagerie ». L’imagerie, si elle aide à la compréhension, « bouche et empêche de se souvenir ». Autrement dit, les clichés ont la vie plus dure que la vérité historique. Pour illustrer son propos, le cinéaste évoque le motif de l’œilleton, couramment représenté au cinéma lorsque l’on donne à voir les chambres à gaz. Il s’agit d’un « objet de fantasme » qui n’a aucune réalité historique.
Dans la série télévisée Holocauste, l’œilleton par lequel les nazis assistent à la mort des détenus, recouvre une dimension didactique. Il s’agit d’informer le spectateur, de l’édifier sur l’horreur concentrationnaire.
Spielberg reprend à son compte ce motif dans La Liste de Schindler (il a vu de toute évidence la série). Dans une séquence limite qui confine au voyeurisme, des femmes sont envoyées à la douche. L’angoisse se lit sur leurs visages car elles ignorent si du gaz ou de l’eau va jaillir des tuyaux. Les corps nus s’offrent au regard, dans leur jeunesse et leur beauté. Spielberg érotise et sur dramatise cette scène qui repose, par ailleurs, sur un suspense très discutable.
A travers le motif de l’oeilleton, on note une migration des représentations, c’est-à-dire que des stéréotypes ont été identifiés, absorbés et figurés d’un film à l’autre. Des cinéastes comme Spielberg s’appuient sur une mémoire, un imaginaire (re)constitué. Il y a donc migration de l’imaginaire.













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