Archive pour Décembre 2004

Ma photo de Kitano

Il est revenu fréquemment dans vos commentaires et compte parmi les réalisateurs dont j’aime particulièrement le travail. Je l’ai rencontré en 1999 au Festival de Cannes. Il officiait en tant qu’acteur dans le troublant film d’Oshima, Tabou. Que faire quand on rencontre un des cinéastes qu’on admire par-dessus tout (à côté de Cronenberg, Ferrara ou Clint Eastwood ) ? Tenter de glaner ce petit moment d’éternité, à l’arraché, après une conférence de presse.
Désillusion : mon anglais primitif ne rencontre qu’un bloc d’incompréhension polie. Je glisse un regard inquiet et suppliant vers la traductrice qui me confirme que Beat Takeshi ne parle pas un traître mot de la langue de Shakespeare. Mais pourtant, il va tourner aux Etats-Unis (Aniki, mon Frère) ?!! Oui, mais il ne connaît pas la langue me répond l’interprète condescendante.
C’est la foire d’empoigne autour de moi. Je m’accroche obstinément à ma maigre parcelle de rêve : un instant, juste un instant. Lui faire savoir à quel point Sonatine et plus globalement, ses oeuvres d’enfance inquiètes et mélancoliques m’habitent et m’accompagnent.
Le hiératique personnage rajuste le col de sa chemise. Je fige ce moment avec l’appareil photo.
De cette brève rencontre ne demeure que ce geste simple et élégant, à l’instar des films de Kitano qui eux, ne connaissent pas le barrage de la langue, pour parler celui, universel, du coeur et de l’émotion brute.