Simone Simon a fermé les yeux
Cf le contrechamp sur le blog de J(…)-S(…)
Quelques notes à brûle pourpoint sur le dernier Eastwood :
Million Dollar Baby (sortie le 23 mars) de Clint Eastwood n’est pas un film sur la boxe. Encore moins une “success story” hollywoodienne. C’est un mélodrame bouleversant sur la filiation. Le coeur secret du film se révèle dans les dernières minutes : une lettre adressée à une absente. Au final, les revenants investissent le cadre, comme souvent chez Eastwood.
Circularité tragique. Englués dans leur condition, les personnages répètent leurs échecs. Maggie (magnifique Hilary Swank), une white trash, a compris que la vie consistait à prendre des coups dans la gueule. Le tout étant savoir les rendre ! Le film est le récit de cet apprentissage, mais pas de cette revanche.
D’ailleurs, Eastwwod filme l’espace comme un ring de boxe. Il faut du temps avant que le manager et sa jeune recrue ne se rapprochent l’un de l’autre. Très belle scène où le pacte est conclu.
Eastwood, le républicain modéré, traite du politique et du rêve américain sans aménité. Il dépeint les “trailer people”, population qui vit dans des caravanes, comme un ramassis d’assistés et de parasites, quand Tim Burton dans Mars Attacks fait de cette minorité les sauveurs de la planète !!!
Oeuvre humaniste, d’une grande portée morale, MDB appartient à la tradition classique. Voir dans la salle de boxe désuète, vestige d’un temps oublié, une métaphore du film, un acte de résistance !
Un film d’auteur, promis au succès. Pour ces raisons MDB sera sans doute méprisé par une partie de la critique. Je vois déjà ces pise-froids faire la fine bouche. Moi, j’ai pleuré.
Revoir Fat City de John Huston.
Une conversation avec des amis sur la peur au cinéma m’inspire ce jeu que je vous soumets.
Quelles sont les répliques de films qui vous ont le plus fait flipper ?
Je lance les hostilités :
L’homme en noir dans Lost Highway : “We’ve met before, haven’t we ?”
C’est l’histoire d’une photo volée, ou plus exactement « détournée ». Une profanation par l’image que des éboueurs idéologues - que je ne prendrai même pas la peine de nommer - ont orchestré. La vignette séduit par son caractère hautement symbolique : des collégiens de Seine-Saint-Denis sont en visite sur un lieu de mémoire. Le couronnement d’un travail de longue haleine que je mène avec la communauté éducative, depuis des années maintenant, sur le département. Les procédés de détournement d’image sont légion sur les sites de ces extrémistes. Mais le choc fut grand de découvrir, par voie de presse, l’impensable.
Libération du 5 février 2005 :
«Trois plaintes ont été déposées, vendredi, contre les éditeurs d’un site Internet raciste. Ils avaient extrait des pages web d’un collège de Seine-Saint-Denis, des travaux pédagogiques d’élèves de troisième sur la résistance et la déportation ainsi qu’une photo de classe, pour les publier sur leur propre site. Ces extrémistes avaient assorti les documents de commentaires du style «assez de racaille» ou «dans quel pays a été prise cette photo de classe ?». Jeudi, le recteur de l’académie de Créteil a déposé plainte pour «détournement d’image de mineur», «incitation à la haine raciale» et «mise en cause de l’autorité de l’Etat», et s’est constitué partie civile. Deux autres plaintes ont été déposées par le chef d’établissement et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), ce dernier demandant aux ministres de l’Intérieur et de la Justice que «ces groupes, organisés via l’Internet, soient mis hors d’état de nuire». Vendredi, la page incriminée avait disparu du site».
Aujourd’hui, face aux menaces, aux courriers anonymes qui continuent à affluer, comme autant de stratégies d’intimidation, je réaffirme plus que jamais ma croyance dans les actions éducatives que je mène. Plus encore, ma croyance en l’image, celle par qui le scandale arrive.
L’actrice se cambre. Une lourde chevelure lui tombe sur le visage, ondule au rythme languide et saccadé que lui imprime le coït.
La chevelure de jais se substitue au pubis, accentue la blancheur laiteuse du seul postérieur offert à la jouissance du regard. Mais le visage se dérobe. Frustration de l’oeil. La cérémonie des corps est incomplète.
Et puis le geste secret advient enfin, qui échappe à toute sophistication. Un geste qui me hante depuis : la main s’évanouit dans les cheveux et dans un mouvement sec, se dégage. La nuit fond sur le visage de l’actrice.
A ce moment précis, quelque chose éclate en moi. Une sidération, un effroi. Je reconnais Karen Bach. De l’ombre à la lumière, son visage comme une allégorie. Vie et mort de l’image. Cette révélation, au sens primitif du terme, m’a amenée à vivre une expérience spectatorielle aussi saisissante qu’effrayante :
Ce soir là, sur le câble, j’ai regardé une morte jouir.
Est-ce cela la pornographie ?
in Peinture et Cinéma, Décadrages de Pascal Bonitzer, Cahiers du Cinéma, Editions de l’Etoile, 1995.
Spéciale dédicace à E…..
«Maurice Pialat était un mauvais peintre, mais un grand réalisateur». C’est un peu court, non ?
L’exposition posthume qui se tenait en 2003 au Grenier des Grands Augustins avait ceci de passionnant qu’elle racontait l’histoire d’un geste. Et plus précisément d’un geste arrêté. Pialat a du renoncer à la peinture pour gagner durement sa vie. Un renoncement brutal. Ses toiles et dessins portent le témoignage poignant et hasardeux de cet empêchement.
Pialat, le maniériste, a été rattrapé par le naturalisme. La dureté de la vie, responsable de l’expérience picturale avortée, a nourri l’œuvre filmé. Pourtant, le commissaire de l’exposition, François Russo, ne voit pas immédiatement le lien avec les films et hésite.
Une extrapolation de ma part ? Je vois dans la toile du haut, le geste de Van Gogh. Et dans le dessin du bas, ébauche d’une grande pureté, La Gueule ouverte.
Les prémices picturaux infusent l’œuvre cinématographique, de sorte que les deux medium sont intimement liés, indissociables. Pialat, peintre contrarié, n’a pas eu le temps de voir éclore son art. Mais il est devenu un immense metteur en scène par et grâce à la peinture.
” Toi tu fais partie du jeu. Tu es une part active à la vérité de Nina Meyers. A son mensonge. C’est aussi pour toi que Nina ment.
Dans le mensonge, il faut deux personnes : un menteur et quelqu’un qui l’écoute, qui avale le mensonge, la couleuvre. Qu’est-ce qu’un menteur seul ?
Un miroir.
Un miroir vide.
Qui me reflète à l’infini. Telle est la prison de Nina Meyers (…)
Le miroir, c’est une cérémonie intime”.
Laurent Herrou, Nina Myers, revue Pylône, automne 2004, n°3.
Avec tous mes remerciements.
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