Archive pour Mars 2005

L’invitation au quizz

Ce jeudi 31 mars à minuit, le quizz interdit aura un thème bien printannier : l’effeuillage !

Pour rappel, Tlön a remporté deux victoires (quizz diurne) sur trois. En revanche, la nuit tous les chats sont gris : Esther, Sébastien et Ludovic se battent pour le titre. Idem pour le prix très spécial, le désormais très prisé V.O, récompensant le 69è commentaire : Versac, Cyrille et Ludovic.

Rappel des règles : un photogramme est posté à minuit tapante, gore ou érotique. Une question est posée. Pour gagner, le commentateur doit donner une réponse complète. A 7h, le lendemain matin, un autre photogramme, plus politiquement correct remplace le cliché licencieux. La question demeure la même. Au bout du 10è quizz interdit, deux champions sont désignés et fêtés dignement : une soirée en leur honneur et différents lots surprises les attendent.

Ma photo de Clint Eastwood

En attendant le prochain Festival de Cannes, je poursuis la série amorcée avec Kitano.
Hommage ici à l’élégant Clint Eastwood dont on peut en ce moment voir l’incontestable chef d’oeuvre, Million Dollar Baby.
Nous sommes en 2003. La conférence de presse de Mystic River s’achève. Tout va très vite. J’entrevois l’immense silhouette d’Eastwood. Débauche de flashes, semblant d’émeute. Eastwood passe devant moi, traverse les écrans de télévision de contrôle. Puissance d’apparition, comme dans ses films. Eastwood fidèle à son mythe.

L’image mémoire

Toute photographie se donne comme l’instantané d’une dynamique artificiellement rompue auquel le spectateur est appelé à restituer son passé et son devenir. C’est cette caractéristique qui lui confère un statut spécifique par rapport à la mémoire. Bien qu’elle soit une forme de mémoire figée, il appartient à la photographie de pouvoir mobiliser une image dynamique de l’événement qu’elle représente. Certaines images y parviennent plus que d’autres. Telle est notamment le cas de celles qui utilisent le flou“.

Serge Tisseron, Le Mystère de la Chambre claire, Photographie et Inconscient, Champs Flammarion, 1996.

Histoire de controverser les théories de Marie-José Mondzain sur la photographie… Le cliché est du génial Antoine d’Agata dont il faut se procurer le dernier album Stigma, préfacé avec talent par Philippe Azoury.

24H Chrono, saison 4 : vertige du contemporain

Garanti “sans spoiler ajouté” (ou presque !).

Deux photogrammes de la nouvelle saison de 24, dont j’ai découvert les six premiers épisodes, et déjà le choc ! Vertige du contemporain, la série post 11 septembre s’inscrit en plein dans l’actualité trouble de la guerre en Irak.
Un groupuscule terroriste enlève le secrétaire américain à la Défense et envoie une vidéo au CTU, menaçant de diffuser en direct son procès et son inéluctable exécution.
Images « échos » immédiatement identifiables par leur mise en scène macabre : des hommes en armes détiennent un prisonnier dans une position humiliante. La vidéo de la décapitation de Nick Berg (mai 2004), visible sur internet, plane encore dans les esprits. Le meurtre filmé de ce citoyen, originaire de Philadelphie, a plongé le monde dans l’horreur. Série « symptôme » par essence, 24 se fait l’écho de ce traumatisme, terreau de discours opportunistes. La Maison Blanche déclarait à l’époque que la vidéo «montrait la véritable nature des ennemis de la démocratie», avant d’être rattrapée à son tour par la nauséabonde affaire des tortures infligées aux prisonniers irakiens.
24 s’impose comme une grande série réactionnaire, dont toute l’ambiguïté se cristallise autour du personnage de Jack Bauer. Mais ce qu’il y ici de réellement passionnant, outre le fonds politique équivoque, c’est que la série convoque un régime d’images purement télévisuel, s’en nourrit de bout en bout. 24 ou la méta-série sur la télévision.

Vampire

Mitterrand pose pour le sculpteur Daniel Druet, Palais de L’Elysée, Paris, 1983.
Photo Guy Le Querrec, Agence Magnum.

La mise en scène du Promeneur du Champ de Mars ne revient pas à Robert Guédiguian mais à François Mitterrand lui-même, dont le fantôme plane sur toute l’entreprise. La fiction ne décrit rien de moins qu’une séduction opératoire, davantage qu’une (rétro)projection politique, celle qu’exerçait le Président sur son entourage, manipulateur qui vampirise jusqu’aux images.
De profundis clamavi.
Dans le film, sa parole est programmatique. Mitterrand affirme que la France se définit par sa couleur grise et le plan suivant s’applique à illustrer son propos : un travelling à partir d’un train alterne les mats et les grisés paysagers. Le procédé se répète inlassablement tout au long de la fiction. La parole du mort écrit le film, l’infléchit, le tord pour se faire son propre éloge funèbre à la manière de Bossuet, panégyrique vain si l’on a su opposer une résistance aux sortilèges présidentiels (Président-Ciel ?). J’avais cédé au charme de ce Nosferatu, rongé par la maladie, depuis longtemps. Empathie pour le corps en souffrance.
La photo de Guy Le Querrec réussit là où le film de Guédiguian échoue au fond. Une image fixe dont la seule éloquence dispense du commentaire car elle contient l’histoire de toute une vie, des zones floues à la ligne claire. Une image idée en somme.

The love cat


Björk, Triumph of a Heart - Clip réalisé par Spike Jonze

Il y avait bien longtemps qu’un clip ne m’avait pas autant fait rire que celui réalisé par Spike Jonze pour Björk, artiste avec laquelle il avait déjà collaboré pour le titre ‘It’s Oh So Quiet’”.
Spike Jonze, connu pour ses films Dans La Peau de John Malkovich et Adaptation, a imposé son style singulier dans différents clips : de ‘Sabotage’ (Beastie Boys) à “Weapon of Choice” (Fatboy Slim), en passant par ‘Da Funk’ (Daft Punk) ou “Electrobank” (Chemical Brothers).
Jonze affiche un goût prononcé pour les univers étranges, traversés par d’euphorisantes embardées du côté de l’absurde.
Nous sommes en Islande. La jeune femme s’ennuie au lit avec son mari de chat. Bien déterminée à s’amuser, elle quitte le domicile conjugal et atterrit dans un rade. Commence alors une longue nuit de beuverie, en compagnie d’autochtones. Au petit matin, piteuse et défaite, elle retrouve son amour de chat qui la ramasse sur le bord de la route.
Que Björk partage son lit avec un matou (réel ou animé, selon les séquences) importe moins que ce formidable moment d’auto-dérision auquel se livre sans retenue l’artiste. Passablement éméchée au début du clip (Jonze filme admirablement la durée), la belle sombre dans un delirium tremens cathartique. Elle se cogne dans une porte vitrée, se retrouve les quatre fers en l’air, se relève, court dans la rue, hagarde, saccage une borne, échoue dans le caniveau, s’ouvre le crâne, se relève encore, hilare, et se réveille au petit matin sur une route de campagne, la robe maculée et le front ensanglanté.
Les regards caméras de Björk, qui nous prend à témoin de son délire, comptent parmi ce qu’il y a de plus drôle dans le clip. Ces scènes, filmées caméra à l’épaule, presque documentaires (la fête à la manière islandaise), ne sont pas sans évoquer la série Jackass, dans laquelle Jonze a fait quelques apparitions : même euphorie liée à une mise en scène absolue de soi, même passion pour la démesure et l’exubérance.
On n’est pas prêt d’oublier ces séquences hilarantes où Björk, artiste obsédée par le contrôle, lâche enfin prise.

Vie et mort d’un personnage de série TV

De gauche à droite :
Kellie Martin/Lucy Knight dans Urgences
Drea de Matteo/ Adriana La Cerva dans Les Sopranos
Sarah Clarke/Nina Myers dans 24

A quoi tient la destinée d’un personnage de série TV ? Au tout puissant scénariste, démiurge qui exerce un droit de vie et de mort sur les créatures qu’il a enfantées ? Et si la trajectoire d’un héros de série TV était subordonnée au regard ou plus précisément, à sa disparition ? Comment une série se débarasse de ses personnages en usant de son propre dispositif ?
Nina Myers, Lucy Knight et Adriana La Creva succombent de façon brutale et leur mort n’en finit pas d’impressionner la rétine. Qu’ont en commun ces glaçantes disparitions ? Elles se déroulent toutes dans un lieu isolé (une salle d’interrogatoire dans 24), plongé dans la pénombre (une chambre d’hôpital dans Urgences), quand ce n’est pas hors champ (un bois dans Les Sopranos).
Ces héroïnes trouvent la mort dans les «coulisses» des séries qui les ont créées. Lucy Knight (”night” ? troublante homophonie), ensanglantée, gît sous un lit d’hôpital. Rendue à la nuit d’avant son existence télévisuelle, la jeune interne se trouve reléguée de la série.
Il en va de même pour Nina Myers, exécutée à bout portant par Jack Bauer dans une arrière-salle du CTU, vaste dispositif d’écrans, métaphore de la télévision elle-même. La belle espionne trouve la mort loin des regards et des caméras de surveillance. Seul témoin du meurtre : le spectateur lui-même. Œil absolu dans 24, la télévision assassine ses avatars.
Nul échappatoire. La sublime Adriana fait les frais de ce fatum télévisuel. Là encore, le personnage est assassiné en dehors du dispositif scénique d’élection de la série : la ville de banlieue. Elle meurt dans un bois qui n’est pas sans évoquer le décor de Miller’s Crossing, un inconscient de cinéma qui trace dorénavant la voie de l’actrice ? On peut la voir en ce moment même dans Assaut de JF Richet.
Quand la télévision cesse de regarder ses créatures, elles disparaissent corps et âme, emportées dans un stream visuel qui, loin de créer de l’oubli comme le prétend Godard, fabrique bien des souvenirs.

Les hommes du Président

Didier Julia/Jack Bauer

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