Le regard trahi
En soit, la scène n’a rien de choquant : un couple s’étreint sur un canapé. Ni nudité, ni vulgarité. On suit les frasques de ces amants désunis, au fil des saisons, en témoin privilégié. Et de former le secret espoir qu’ils se (re)trouvent enfin. D’où me vient alors ce trouble ?
D’un terrible effet de mise en scène qui a pour enjeu l’objectivation de mon regard. Le nouveau petit ami rentre à la maison plus tôt que prévu. Nous adoptons son point de vue. Il pousse la porte de l’appartement et nous découvrons, au même moment, le couple illégitime. Leur intimité nous éclate à la figure. Malaise sans nom. Pourquoi ce mauvais vaudeville m’atteint-il autant ?
Si l’on s’en tient à un premier niveau de lecture : nos héros viennent de se faire surprendre dans une position scabreuse. Empathie pour l’homme trompé. Certes, mais le trouble perdure. D’où me vient ce drôle de sentiment ?
C’est qu’au même titre que le personnage, j’ai été trahie. Reléguée du champ, exclue de l’intimité de ce couple qui m’a toujours été donnée à voir. J’ai forcé le seuil de leur histoire et suis entrée par effraction dans un récit qui n’avait plus besoin de moi. Ces retrouvailles que j’ai appelées de tous mes vœux signaient mon éviction de la fiction, m’intimaient l’ordre de “retourner à la vie” pour reprendre la formule de Marceline Desbordes Valmore. Il n’y avait plus rien à jouer ici.
Dans Six Feet Under, la notion même de happy end est altérée. “Every time I’ve ever believed in a happy ending I’ve gotten severely fucked” déclare le personnage de Brenda Chenowitch. Dont acte.















Commentaires récents