Archive pour Mai 2005

L’enfant caché

Une fois de plus, la rumeur s’est avérée inexacte. Ce sont les frères Dardenne qui remportent, pour la seconde fois, la Palme d’Or. Vous m’en voyez ravie car après History of Violence de Cronenberg, c’était mon second choix.
En exclusivité, ma critique ci-dessous.

Enfant prodige que ce dernier film des Dardenne ! Portrait sans aménité de la misère contemporaine, cette chronique met en scène un jeune couple dans la dèche. Femme enfant, Sonia vient d’accoucher. Bruno (extraordinaire Jérémie Rénier), son amoureux, assure le quotidien en multipliant les petits larcins. Oublié le naturalisme radical des productions passées : la caméra s’éloigne pour permettre au regard d’investir une fiction où l’empathie domine.
Les Dardenne décrivent une économie de survie avec un sens consommé du détail. L’Enfant est l’histoire d’un engrenage, d’une dévoration « au présent ». Pris dans la spirale d’un quotidien vampirique, à réinventer heure après heure, Bruno s’enfonce plus loin dans la délinquance, jusqu’à mettre en péril sa famille. Que font les Dardenne, si ce n’est prendre acte de la violence d’une époque où un matérialisme forcené fonde l’injonction sociale ? Manger, se procurer une carte pour le mobile, s’acheter une veste sur un coup de tête ou s’offrir une virée dans une belle bagnole, autant d’actes de résistance qu’enregistrent les cinéastes anthropologues Enfants prématurément parents, le couple vit dans un ici et maintenant permanent. Inconséquent, Bruno l’est assurément. Pour autant, il n’a rien d’un méchant bougre même quand il en vient à la plus choquante et terrible des extrémités pour se procurer de l’argent : vendre son propre fils. « On en refera un autre » affirme-t-il à sa compagne effondrée, investie brutalement de sa maternité.
Les Dardenne filment, depuis toujours, des histoires existentialistes au terme desquelles leurs héros atteignent à une prise de conscience salvatrice. Mais par quelles épreuves doivent-ils passer ! En cela, leur cinéma jette des ponts avec la filmographie de Robert Bresson. On pense naturellement à Pickpocket, à ce final violemment émotionnel dans la prison. Des sanglots déferlent, des mains se réunissent enfin, pour le meilleur et pour le pire.
Une énergie étonnante parcourt de bout en bout la fiction. Les Dardenne filment un personnage toujours en mouvement. Du soir au matin, Bruno (sorte de Richard Widmark dans Les Forbans de la Nuit) n’arrête pas une seule seconde, entre le réseau de petites frappes qu’il administre, le troc, les vols à l’arraché dont le dernier dégénère. S’ensuit une course poursuite à mobylette à couper le souffle. Les Dardenne prouvent que leur propre cinéma ne fait pas du surplace et qu’il peut réserver de fulgurantes embardées du côté du cinéma d’action. L’Enfant, qui longtemps nous hante, est incontestablement leur meilleur film.

Cannes 2005 - Buzz

Nous sommes à quelques heures du palmarès et voilà les premières rumeurs qui circulent.
Cronenberg a quitté la Croisette, ce qui veut dire que le vénéneux History of Violence, ma palme d’or personnelle, ne sera pas récompensé.
En revanche, Jarmusch a été rappelé, ainsi que les Dardenne.
La Palme d’Or devrait être décernée à Caché de Michael Haneke, selon une source officieuse, mais bien informée.
Je reconnais au film du réalisateur autrichien de nombreuses qualités cinématographiques, même si cette constante manipulation du spectateur, qui ne sait souvent pas dans quel régime d’images il se trouve, m’agace.
Pour l’heure, je campe dans la salle de presse, avant la remise des prix auquelle j’assisterai de l’intérieur. Je vous invite à consulter les photos dans la soirée.

Zhang Ziyi applaudit. Nous aussi !

Ca n’était pas prévu. Mais à la projection de Princesse Racoon de l’iconoclaste Suzuki, toute l’équipe était présente. Le film ? Un objet complètement barré, sorte de conte traditionnel de carton pâte où les héros attrapent une guitare électrique, rapent, ou se lancent dans des chorégraphies cinglées. Japonais.

Asia Argento’s party [2]

A la fête Asia Argento, il y avait beaucoup de monde…

Pas grand chose à boire…

Une immense terrasse avec une jolie vue…

Des zombies….

Asia Argento’s party [1]

Ce soir là, Asia mixa

Fête MK2 électrisée par la présence de la belle Asia Argento aux platines. Un set très électro rock.

Don’t come knocking at my door

Don’t come knocking at my Door, film decevant de Wim Wenders, avec Sam Shepard et Sarah Polley. C’est à croire que Jarmusch et Wenders ont écrit ensemble leurs scénarios, tant les deux films dialoguent. Dans les deux cas, un homme apprend sa paternité et se lance sur les routes pour y rencontrer sa progéniture. En arrière-plan, la mythologie américaine.
Un très beau début en tout cas (entre Dead Man et Paris Texas) puis le film s’aplatit progressivement.

Sin City

L’équipe du très attendu Sin City, de haut en bas, Roberto Rodriguez le réalisateur, Jessica Alba, Mickey Rourke (la brute Marv) et le meilleur pour la fin, l’auteur de la bande dessinée et aussi scénariste, Frank MIller.
La critique ici en exclusivité, avant sa mise en ligne sur le site Plume noire.com :

Sin City consacre définitivement le mariage entre bande dessinée et cinéma. Objet radical, sensuel et violent, le film concilie avec maestria les deux medium, au plan de la mise en scène, là où d’autres productions échouaient précisément. Il faut dire que ce chef d’œuvre de la bande dessinée contemporaine se caractérise, à la base, par un découpage très cinématographique.
Comic puissant et esthétique, né en 1991 de l’imagination de Frank Miller, créateur d’Elektra ou de Ronin et surtout connu pour son travail sur Batman, Sin City voit sa violence graphique culminer à l’écran. Pas de super héros ici, mais des voyous, des femmes fatales, réminiscences de film noirs. Roberto Rodriguez réalise un objet inclassable, une sorte de néo film noir donc, très fidèle formellement à la bande dessinée dont l’adaptation a été travaillée conjointement avec Miller lui-même, longtemps réticent. Le noir et blanc, polarités classiques du bien et du mal, se trouvent rehaussés par l’incursion discrète de la couleur. Roberto Rodriguez reste fidèle à ce principe. L’hémoglobine jaillit en de longues giclées blanches ou jaunes, des entailles rougies zèbrent les corps perpétuellement blessés. A Sin City, ville du crime et du vice, personne n’est tout à fait blanc ou noir. Corrompus, les héros n’ont rien à perdre et défient la mort, quand ils ne l’appellent pas de leurs voeux.
Les histoires de Miller s’inspirent des tragédies et des mythes. Rodriguez en a adapté trois, les a agencées pour les rassembler dans un seul scénario : Sin City, Le Grand Carnage et Cet Enfant de Salaud. Les trois histoires se suivent, se télescopent pour se retrouver en un final virtuose, où s’imbriquent passé et présent, vie et mort.
Ces trajectoires funestes écrivent une nouvelle page sombre de l’histoire de Sin City : de la brute Marv assoiffée de vengeance et qui affronte Kevin, le cannibale au calme inébranlable, à Hartigan, flic sur le retour qui sauve une fillette du pervers Roark Junior/Yellow Bastard, les destins s’enchevêtrent sans qu’aucun doute ne plane sur leur tragique issue. Traversé par de véritables fulgurances visuelles et narratives, Sin City a gagné sa force et son originalité, au prix du refus de toute espèce de compromission. Le film ne ressemble à nul autre pareil, tant dans ses effusions de violence, toujours motivés par le récit, qu’au plan esthétique.
Plus que d’une adaptation, Sin City se veut avant tout une traduction cinématographique de l’univers de Miller : “En lisant les livres, j’ai trouvé les images fantastiques. J’ai aimé que les dialogues ne sonnent pas comme des dialogues de film, que les visuels ne ressemblent à rien de ce qu’on peut voir au cinéma. C’était plus imprévisible que n’importe quel scénario. Je ne voulais pas faire le Sin City de Robert Rodriguez, mais celui de Frank Miller. Je savais qu’avec la technologie que j’avais déjà apprise à utiliser, la mise en lumière, la photo, les effets visuels, c’était possible” déclare le réalisateur.
De l’hybridation bande dessinée/cinéma est né un objet unique en son genre. Sans doute, la transcription la plus fidèle jamais réalisée au cinéma. Au final, cependant, l’ensemble laisse un peu froid.
Mais le secret de Sin City, ses créatures désespérées, sa poisse et sa violence extrême, c’est ce regard implacable jeté sur l’ultime frontière américaine : la ville.

Grosse fatigue

Pourquoi je n’ai rien posté hier ? La réponse en image qui en dit long sur l’état de délabrement général de la presse.
(Photo prise à 13h, dans la salle wifi du Palais).

Carte postale

Ce blog, où la priorité est donnée exceptionnellement aux photos pendant la période du Festival de Cannes, s’inscrit en complémentarité du site Plume noire où vous pouvez d’ores et déjà lire quelques critiques des films en compétition, signées parMoland Fengkov et moi-même.
Le manque de temps jouant en notre défaveur et pour éviter la redondance, nous avons pris ce parti !