Par Dewaere l’écran
Il y a près de 25 ans, le médium a commencé à se mettre en scène. Mais quand a t-il organisé ses premiers autodafés, transformé le plateau en prétoire ? Sous Giscard. Et un acteur en fit les frais : Patrick Dewaere, l’éternel mauvais fils du cinéma français.
Joies de la rediffusion, je le découvre invité au JT de 20h par un Roger Gicquel concerné. Le sanguin acteur se débat dans une bien houleuse affaire. Il a collé son poing sur la face d’un scribouillard du Journal du Dimanche, lequel a révélé son mariage secret. Décrié par une presse solidaire jusqu’à la nausée, ce geste met à mal la carrière d’un acteur qui trouve pourtant, dans cette période, ses plus beaux rôles au cinéma.
Dorénavant signalé par ses initiales (P.D, on appréciera) dans les critiques de films auxquels il prêtre sa puissance de toréador et sa fragilité de danseuse, Dewaere n’a pas d’autre choix que d’organiser sa défense.
Manifestement tendu, mais déterminé, il fait face à une France qui le juge sans aménité. La mascarade commence. En médaillon, apparaît le visage tuméfié du journaliste peu scrupuleux. Effet comique involontaire mais preuve par l’image accablante dont doit répondre son instigateur. Tout à l’euphorie de son union prochaine, Dewaere avait accordé sa confiance au gratte-papier qui n’a pas respecté sa vie privée. Alors, il a pété les plombs, est allé trouver le baveux chez lui et l’a salement amoché.
Il aurait pu être un personnage fordien, comme celui de L’Homme Tranquille interprété par John Wayne dont il a hérité incontestablement quelque chose. Un homme d’honneur qui règle ses comptes aux poings. Mais la France de Giscard tolère mal ces débordements, au même titre qu’elle n’a jamais su reconnaître le génie de Dewaere acteur. On lui reproche son jeu excessif, son hubris. Il faut le revoir dans Série Noire se taper la tête contre le capot d’une voiture, dévasté par une fatale et mutique Marie Trintignant, et apprendre que la scène n’était pas écrite ainsi à l’origine de la bouche même de Corneau…
Atypique présence condamnée dans un paysage cinématographique français qui entame sa mue vulgaire. Dewaere, l’anti conformiste, résiste à toute entreprise de formatage. Il le prouve encore sur le plateau du journal télévisé. Il a pourtant soigné sa mise : rasé de près, chemise rose impeccable sur une veste grise, le cheveu discipliné, il revient sur sa sortie de route. L’homme blessé s’explique, regrette. Pour un peu, il convaincrait le bourgeois qui n’était pas encore bohême de la légitimité de sa réaction. A-t-il conscience de l’obscénité de la situation ? L’ironie affleure sous le mea culpa qu’on lui impose. Dans le rôle du gendre parfait, Dewaere échoue… et renifle. Il renifle tant que son exercice public de tempérance tourne court. La drogue, dont on ne parle pas, s’est invitée sur le plateau télé et ponctue, invisible, cet invraisemblable réquisitoire.
Et après ? Ostracisé, l’acteur le plus doué de sa génération n’a jamais reçu de récompense pour ses prestations magistrales. Il s’est suicidé en 1982. Et depuis son bureau de l’Elysée, Giscard fit de pathétiques adieux au pouvoir…à la télévision.











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