La beauté de l’ange déchu.
Crédits: Gabe Nevins dans Paranoid Park de Gus Van Sant et un autoportrait de Raphaël, peintre de la Renaissance italienne.
Crédits: Gabe Nevins dans Paranoid Park de Gus Van Sant et un autoportrait de Raphaël, peintre de la Renaissance italienne.
Un mois sans bloguer. Aurais-je succombé à une soudaine aphasie qui m’a fait négliger cet espace ? Bien au contraire. Un voyage en Italie du sud m’a conduite sur les pas de Visconti, Godard et Wilder. J’en reviens emplie de terreur que nuance le sentiment d’avoir évolué dans un décor de cinéma à ciel ouvert.
Et puis surtout, des collaborations se sont nouées tous azimuts : un projet de réalisation est en cours d’élaboration, une monographie s’écrit collectivement, le Festival de Locarno (d’où je posterai) se profile à l’horizon….
Mais je suis surtout fière de vous annoncer une naissance : celle du ciné-club de Contrechamp, au Studio des Ursulines, à partir de septembre 2007.
L’envie était là depuis longtemps que de sortir du virtuel pour partager directement les films. Au risque de l’exposition bien sûr, mais il était temps de sortir de la caverne ! Je suis moi-même très curieuse de savoir qui se cache derrière les alias. Les masques vont tomber dans le plus grand esprit de convivialité.
Avec le désir affiché de dépoussiérer le concept de ciné-club, l’interactivité sera de mise puisque je ferai appel à vous, ô précieux contributeurs. Je garde les modalités encore secrètes. Si ce n’est vous dire que ce sera le grand retour du quizz interdit (3è saison), régi par des règles plus arbitraires que jamais. A la clé, la possibilité de gagner des lots en lien avec le ciné-club (je ne parle pas de pop corn, soyons sérieux).
Je remercie les bien-nommés Louis-Paul et Adrien Desanges, propriétaires de cette salle mythique où furent projetés les films d’avant-garde, pour leur enthousiasme et pour m’avoir donné entière carte blanche quant à la programmation.
Si vous voulez vous asseoir aux places qu’occupèrent Bunuel ou Breton, ce sera donc un rendez-vous mensuel, le jeudi soir à 20h30.
En exclusivité, je vous livre le programme SOUS RESERVE du premier trimestre, placé sous le signe du cinéma US. Bloquez d’ores et déjà ces dates dans vos agendas !
Le 27 septembre 2007 : Electra Glide in Blue de James Guercio.
Le 25 octobre 2007 : When a stranger calls (Terreur sur la Ligne) de Fred Walton.
Le 22 novembre 2007 : Point Limite Zéro de Richard C. Sarafian
Le 20 décembre 2007 : The Party de Blake Edwards (+ concert).
Venez nombreux !
Photogramme : Une projection au studio des Ursulines (10, rue des Ursulines - 75005 Paris - RER : Luxembourg).
J’accueille de nouveau les ciné-poèmes de Jacques Sicard, invité permanent de ce blog, qui porte sur trois films de Manoel De Oliveira un regard acéré. De toute évidence, il s’est approché du secret…
Oliveira
Portrait dînant d’une nature morte
Francisca
L’amour, qu’un certain poète a dit fou pour qu’on ne le confonde avec ce qui se jouit ordinairement ici-bas sous ce nom, est une invention de la névrose.
Névrose dont la figure cinématographique élective est le plan-séquence ou plus exactement le plan frontal fixe racontant une histoire.
C’est-à-dire où, seule incarnation possible dans le monde de cet amour, passe la littérature dans le temps qui ne passe plus.
Le Cinquième Empire – hier comme aujourd’hui
Parole et utopie. Non parole ou utopie. Car l’une et l’autre sont mêmes. Et ce n’est pas tant que les faits, dans leur entêtement, ajournent l’utopie, mais qu’ils n’ont rien à voir avec elle. Elle qui se réalise sans reste dans la parole ou, plutôt, y vit. Comme sont vécus les rêves, même s’ils ne se réalisent pas.
Monde ou parole. Mais image et monde. Monde terrible, image terrible. Incurable réalisme de l’image qui enflamme d’existence tout ce qui entre dans son champ. Comme s’embrase les pierres jetées dans l’atmosphère du fond de l’espace, s’y consume la parole. Comme brûle la peau d’un vampire exposée à la lumière du jour, y brûle la nuit chimérique que la parole tisse par maux et merveilles. Le film en grésille, il sent la chair ou l’ombre cuite des anges.
Belle toujours
A l’heure où, chose presque insensée aujourd’hui, il s’éteint peu à peu de vieillesse, Oliveira n’a pas à réduire le champ de son œil : voilà presque trente ans qu’il se borne à régler son cadre sur les cadres restreints de l’œuvre d’art et n’enregistre que la beauté formelle, celle qui n’a pas de contrechamp naturel.
Cinq six bougies, dans Belle toujours, assurent la vacillante profondeur d’un cabinet particulier qui tient de la chambre tombale de des Esseintes ornée par les collections, les livres, les préciosités des Goncourt. Là, de part et d’autre d’une table, un couple. Moins un homme et une femme autour d’une assiette que deux portraits dînant d’une nature morte. Convaincus sans doute que dire n’est pas faire et que c’est chose heureuse, ils n’échangent aucun mot qui ne puisse être écrit, si bien qu’ils se taisent. Riant sous cape, les couverts tintent dans le silence de ce moment célibataire, tandis que les serveurs desservent plus qu’ils ne servent , et que l’incongruité d’un coq, apparu dans l’embrasure de la porte, suggère qu’il n’y a d’au-delà de nos jours que dans les limites puériles de la citation surréaliste. Il fait froid, soudain, mais sans brutalité. Puis tout devient noir comme le charbon, comme un astre carbonisé qui absorbe, sans le refléter, le rayonnement lumineux de son soleil. Dernier effet de l’Art.
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