Archive pour Octobre 2007

Quizz interdit saison 3 - N°1

Ce mercredi 31 octobre à minuit précise, RDV pour la saison 3 du quizz interdit. Différez vos départs en week end, expliquez à vos conjoints pourquoi vous ne les rejoindrez que bien plus tard sous la couette. Mieux, faites participer toute la famille ! Le quizz interdit peut aussi se jouer avec la petite tribu (l’auteur de ce blog ne prend pas en charge les séances chez le psychologue qui en résulteront).

Car tout de même, voici des mois que vous attendiez cela ! Pour ceux qui lisent héberlués cette note, rappel des règles :

A minuit est posté un photogramme gore, érotique ou pornographique dont il s’agit de retrouver l’origine. Une question est posée, à laquelle il faut répondre précisément et dans le même commentaire pour remporter le jeu. Mais ça ne s’arrête pas là. Comme je ne peux décemment pas laisser d’images aussi choquantes au vue de tous (ce blog est un blog familial, je le répète), le jeu se prolonge le lendemain matin. Le photogramme nocturne est remplacé dès 7h du matin par un autre plus “correct”. Mais la question reste inchangée.

De sorte que nous aurons 2 gagnants par quizz : un pour le jour, un pour la nuit. Il y a dix quizz par saison. Ceux qui cumulent le plus de victoires sont désignés gagnants et remportent différents lots, ainsi qu’une soirée festive où ils seront célébrés dignement.

Voici donc la question : Ce personnage a à coeur d’assurer ses arrières. Qui et dans quel film ? Quel en est le réalisateur ?

Trois éléments de réponse à donner dans le même commentaire pour gagner.

Haut les mains, Martin Scorsese !

Fascination fétichiste ? Tous les films de Scorsese réservent de nombreux inserts sur les mains de ses protagonistes. A tel point qu’on parlera d’un cinéma de la manifestation. Au sens étymologique du terme, “est manifesté ce qui peut être tendu ou saisi par la main”. Emaillé de références bibliques, l’oeuvre du cinéaste poursuit une symbolique forte de puissance et de domination, à travers ce motif. Jeu de mains, jeu de vilains. Quatre films pour toucher du doigt une contagieuse obsession.


Raging Bull (1980). Une destinée se joue aux poings. Mais le boxeur Jack La Motta aura beau cogner (y compris sa femme), son sort est entre les mains de plus puissants que lui. Sur le ring, sa puissance se déchaîne en un ballet furieux de crochets et d’uppercut, filmé caméra au poing par un Martin Scorsese virtuose. Pour autant, l’impétueux boxeur ne jouit d’aucune autorité. Du ring à la table où se prennent les décisions (seconde série de photogrammes), le même espace circonscrit. Sauf qu’en cet endroit, La Motta en est absent, renvoyé dans les cordes. Son manager (Joe Pesci) organise les combats truqués avec des pontes de la mafia. Distribuer les cartes revient à décider du destin de La Motta. Dans la première série de photogrammes, la position des mains de Pesci sur l’épaule de son interlocuteur traduit le pouvoir et la connivence. La Motta devra se coucher. La main du boss coupe le cadre en son centre. La décision est tranchée. On retrouve le même geste au cours de la partie de cartes. La Motta finit en gérant pathétique de restaurant.

Casino (1995). Dès la vertigineuse scène d’exposition, des capitaux importants passent de mains en mains. Argent sale blanchi dans le sanctuaire du vice où officie Sam Rothstein (Robert De Niro), investi d’un pouvoir quasi divin. Gérant d’un casino prospère, il est omnipotent. Observez De Niro de dos. Sa main gauche est entourée d’un halo lumineux. Scorsese use régulièrement de ce procédé pour figurer une manifestation opératoire. L’esprit de Dieu passe dans les mains de son personnage. La main gauche représente, dans l’Ancien Testament, celle des malédictions. Dans cette séquence, on amène à Sam des tricheurs. Le doigt pointé, il les juge, main de la justice, avant de les punir. La sentence ? les mains d’un des arnaqueurs sont broyées à coups de marteau, sous les yeux de son complice. Dans le Coran, on coupe aussi les mains des voleurs.


Les Infiltrés (2006). Jack Nicholson, en boss parfaitement fêlé, a fait couper la main d’un de ses débiteurs. Il joue avec le membre encore sanguinolent (1er photogramme) sous les yeux horrifiés de celui qu’il a adopté comme son fils, au sein de son organisation criminelle. Dans ce remake d’Infernal Affairs, le portable constitue toujours un agent dramatique. Mais l’accessoire (qui intervient tout de même assez tard dans le récit) importe moins que la main qui s’en saisit. Métonymies des forces en présence, les mains matérialisent également une transmission négative. Du côté du Bien, la jeune recrue infiltrée aura finalement les mains maculées de sang, comme son boss (5è photogramme). Meurt à ses pieds, son père spirituel, en dernier parangon d’intégrité. Une filiation en négatif s’est opérée. Autre scène intéressante, celle où Nicholson en pleine paranoïa, brise le plâtre qui enserre l’avant-bras gauche de Di Caprio. La main gauche est la “mauvaise main”, celle des traîtres et des brigands (cf le châtiment infligé aux voleurs dans Casino). Le pacte de confiance semble rompu mais en révélant une vraie blessure, le flic undercover prête de nouveau allégeance à son organisation. Le dernier photogramme de la série (le portable ôté de la main sanguinolente du boss que vient de tuer Di Caprio) achève le cycle originel du sang mais pas de la violence. Témoin, la mort brutale et expéditive du flic quelques scènes plus loin.


Mean Streets (1973). Charlie (Harvey Keitel) se confesse toutes les semaines. Mais dix Pater ne sauraient l’absoudre de ses fautes. Il le sait. Sa pénitence s’incarne en Johnny Boy (Robert De Niro), un feu follet qui accumule les dettes et bientôt les contrats sur sa tête. Mais parce que Johnny Boy est un membre de la “famille”, Charlie se doit de le protéger. Il va mettre sa vie en péril et répandre son propre sang, comme le Christ. Charlie a pour modèle Saint François D’Assise mais ses aspirations spirituelles achoppent face à la réalité de sa vie criminelle. C’est toute la dialectique propre aux héros crucifiés qui peuplent le cinéma de Scorsese. Figure christique, Charlie s’auto proclame dernier roi des Juifs un soir de beuverie. La flamme qui dévore sa main matérialise un enfer intériorisé. Qu’il se brûle au cierge d’une église, caresse ses doigts d’une allumette incandescente, le feu revêt une fonction expiatoire. On retrouve ce motif dans Aviator, dans la scène où le corps de Hughes est brûlé dans l’incendie de sa chambre.
Dans la première série de photogrammes, les rituels de purification se multiplient, à travers l’eau et le feu. Charlie détourne le geste de l’Eucharistie : il joint ses mains au-dessus de son verre où le serveur verse l’alcool. Mais là encore les parrains, en dieux du crime, décident du sort de la famille. La main, ornée d’un gros cigare, est celle de l’oncle de Charlie dont il tient tous les ordres. Même geste tranché que dans Raging Bull. S’opposent deux forces contraires, frappées du divin et qui entraînent un conflit intérieur chez le héros éprouvé. Tomber entre les mains de Dieu ou de tel homme signifie être à sa merci.
Lorsque Charlie propose une partie de cartes (cf Raging Bull), personne ne veut jouer avec lui…à part Johnny Boy. Charlie refuse qui s’est donné pour mission de le sauver et non de décider de sa destinée. D’ailleurs, il n’en a pas le pouvoir.
Le dernier photogramme est particulièrement intéressant qui associe l’œil à la main. Charlie observe à la dérobée sa petite amie nue. En psychanalyse, la main est l’équivalent de l’œil : elle voit (in Dictionnaire des Symboles). Le geste surligne la lucidité du héros. Mais pris dans le flux de forces concurrentes, il se débat comme un aveugle. Charlie représente ainsi une figure archétypale par laquelle on pourrait définir tous les héros chez Scorsese : c’est un aveugle aux doigts de lumière.

Point de non retour.

Le ciné-club de Contrechamp, c’est parti ! RDV ce vendredi 19 octobre 2007 à 20h30, au studio des Ursulines.
Vanishing Point de Richard C. Sarafian, comme vous le savez, fait l’ouverture. Hymne libertaire datant de 1971, le film signe la fin des utopies dans une Amérique hippie.
La séance sera suivie d’un débat mené conjointement avec Jérôme Momcilovic, critique de cinéma à Chronic’Art.
Vous aurez la possibilité le lendemain de poursuivre, ici même sur ce blog, les discussions. De plus, des podcast de la soirée seront disponibles. Un ciné-club web 2.0 ? Absolument.

Photogramme : une jolie blonde à moto, très libre de ses mouvements dans Vanishing Point (Point Limite Zéro).

Paranoid Gus

Rencontre avec Gus Van Sant, le samedi 13 octobre 2007, dans un hôtel du 6è arrondissement de Paris. En pleine promotion de Paranoid Park, le cinéaste pop indé nous a reçus à l’occasion d’un entretien filmé pour MK2.
Où il fut question de création sonore en adéquation le monde mental de ses personnages, d’Hitchcock ou encore de l’apparition du cinéaste dans son propre film. Car oui, il y fait un caméo discret. Saurez-vous retrouver à quel moment ?
J’en ai profité pour lui remettre la revue Eclipses, consacré à l’ensemble de sa passionnante filmographie. GVS va tourner début 2008 avec Sean Penn un film sur Harvey Milk, un politicien militant pour les droits des homosexuels et qui a été assassiné.

Tous voyeurs !

 

Voici des semaines que j’épie mes voisins. Tout a commencé un soir d’été. Fenêtre entrebaîllée, mon appartement bruissait des rumeurs du dehors. Echos lointains des klaxons, nappes brumeuses de conversations noyées dans la ville organique : telle est ma captivante et ordinaire bande son urbaine. Présence amicale, elle monte jusqu’à moi depuis mon balcon. J’habite sur cour, une résidence très calme. La ville palpitait ainsi au loin, tandis que la nuit tombait. Je déambulais dans la pénombre de mon studio quand je les ai vus par la fenêtre. Un couple et deux enfants, à table. Scène de la vie quotidienne, me dis-je. De leurs conversations, j’ignorerai tout au fil des jours où j’ai pris l’habitude de les espionner. Sous mes yeux, un film muet, mais en couleurs, se déroule inlassablement. Je suis prise par son flux.
Pourquoi “eux” qui n’ont à offrir que le scénario banal de leur vie familiale ? J’avais l’intuition que quelque chose clochait sous le vernis matrimonial. Sur la base de ce sentiment ténu, je me suis postée jour après jour devant ma fenêtre. C’est devenu un rituel vampirique. La dolente ritournelle urbaine a progressivement pris des accents criards et mystérieux. Il se tramait une intrigue que je me devais de découvrir.
J’ai renoncé à toute vie sociale pour les observer. Le matin, je me lève en même temps qu’eux pour assister au petit déjeuner. A table, le mari en cravate lit généralement son journal, tandis que la mère bouscule sa progéniture, probablement en retard pour aller à l’école. Ils ont un bon niveau de vie. L’appartement est spacieux. Je n’en vois que la cuisine, le salon et le couloir qui doit mener aux chambres à coucher.
Je ne saurais dire à quel moment l’histoire a basculé qui a dénaturé le cliché.  Un geste m’avait pourtant mise sur la voie : ce baiser donné sans passion et à la hâte à l’époux qui partait travailler. Pressée de se débarrasser de son conjoint, m’étais-je dit. Ce jour là, elle est restée seule à l’appartement. Quelques instants plus tard, un homme s’est encadré dans la porte d’entrée. Elle l’a entraîné, vêtue d’un léger peignoir, jusqu’au salon. L’inconnu qui semblait très déterminé a ôté sa veste. Il a voulu l’embrasser. Elle l’a repoussé tout en entreprenant néanmoins de le déshabiller. Devais-je continuer à regarder, moi qui voyais là l’aboutissement souverain de mes spéculations ? La femme a un amant. C’est aussi simple que cela. Mais pourquoi sortait-il des billets de sa poche ? Le peignoir de la maîtresse de maison a alors fondu sur ses épaules nues, révélant une guêpière noire. S’en est suivie une inconcevable séance de domination avec…son client. J’ai continué à regarder.
Voici le type de saynète à laquelle convie Voyeur, la remarquable série multimédia imaginée par HBO. Soucieuse de redorer son blason créatif, en perte de vitesse à cause de l’arrêt récent de ses séries phares, le studio a lancé son Voyeur Project en juin dernier. Développé par une partie de l’équipe des Sopranos, le projet se fait sous la conduite du clipeur Jake Scott (fils de Ridley).
Le dispositif est limpide : des fenêtres, une paire de jumelles, des immeubles de New York, une bande son entre musique concrète et compositions signées notamment par Clint Mansell. Un clic et nous voici témoins de scènes de vie observées en toute clandestinité. Revient au spectateur voyeur de tramer son récit, avec cette certitude que quelque chose de secret se dérobe au visible. Sur les forums, les hypothèses vont bon train. Je n’ai pas échappé au délire spéculaire, scénarisant la vie d’inconnus, devenus si familiers.
A chaque nouvelle adresse, une histoire différente qui se déplie sous forme de séquences filmées, interprétées par des acteurs. La progression chronologique est aléatoire, en fonction des updates. Les contenus augmentent chaque jour, tandis que fleurissent de nouveaux décors, comme autant de récits à investir. Evidemment, la référence majeure est Fenêtre sur cour d’Hitchcock dont le cinéma se nourrit à la pulsion scopique. Le dispositif est conçu pour le web, même si des développements pour les écrans mobiles, la VOD et la télévision ont été annoncés.
L’initiative ne manque pas d’intérêt et signe un tournant dans l’économie et l’esthétique des séries. L’espace domestique se modifie, qui jusqu’à présent était pensé en miroir avec les programmes. Car ce qu’il y a de passionnant avec le projet Voyeur, c’est qu’il intègre le dehors. Nous ne sommes plus dans le salon, mais à l’extérieur. Jusqu’alors la sitcom (et ses hybrides) prenaient en compte l’espace privé, lieu de réception privilégié où trônait l’écran de télévision. La fenêtre de l’ordinateur modifie tous ces paramètres. Remisez vos vieux postes de télévision : le médium est mort.

HBO Voyeur : http://www.hbovoyeur.com/