Arraché au vivant
Si le cinéma devait se résumer à un geste, ce serait celui d’Odete, l’amante éperdue, héroïne du magnifique film éponyme de Joao Pedro Rodrigues (O Fantasma). Sur la tombe de l’homme à qui elle voue un amour posthume, la jeune femme arrache des fleurs, en orne sa chambre. D’outre-tombe, elle exhume un amour encore palpitant, le ramène à la vie, transmué mais intact, par le seul sortilège de sa foi. Le geste se répète tout au long de la fiction et s’attache à de nombreux fétiches
Arracher au vivant pour contrer l’inéluctable : même principe qu’avec le cinéma. Quand l’image advient, elle porte intrinsèquement un deuil, la nostalgie d’un temps révolu, à jamais perdu. Mais, dans le même mouvement, elle est suspension, fixation du temps. En somme, conjuration. Et éternité.
Odete multiplie les actes et rituels conjuratoires. De tout son corps.
Sa grossesse, phénomène magique conçu dans la camera obscura de son esprit, oppose radicalement le vivant à la dégénérescence. Le film ne met pas en scène un désir d’enfant mais bien un désir de cinéma, fondé sur la croyance. Odete, à travers son refus de la mort et son goût pour le simulacre, n’a de cesse de réactiver les images, qui portent en elles leur propre décrépitude.
Donneuse et arracheuse de vie, dans un même mouvement, l’héroïne énonce la vérité du désir de cinéma, principe féminin s’il en est !


Le 8/06/2005 à 04:08
Impressionnant.
PS : ça n’a rien à voir, mais j’ai enfin pu voir voir Gerry !! C’est une année réussie !!
Le 8/06/2005 à 14:37
Izo,
C’est un très beau photogramme en effet et un très grand film qui me hante. Heureuse que tu aies enfin pu voir Gerry. En DVD ? Gerry, Elephant et Last Days devaient former une trilogie mais GVS a dit en conférence de presse à Cannes qu’il travaillait sur un nouveau film “à dispositif”. Tétralogie donc.
Sinon, je tâche de rédiger le texte ce soir. Pas beaucoup de temps en ce moment (ou plutôt, je dois rattraper beaucoup de travail en retard).
Le 9/06/2005 à 19:54
o fantasma m’avait troublé, évidemment
je l’avais vu à lyon, le film prenait appui sur le fantasme du personnage principal, en multipliait le désir et la perte, j’avais moi-même été perdu, pendant le film, sans repère, j’avais pensé à un moment que la bande avait été coupée tellement je n’avais pas compris ce qui se passait -ç’avait été comme si je m’étais endormi un quart d’heure, je ne savais plus
je ne l’ai pas revu, j’ai hésité plusieurs fois, je garde une bienveillance pour le film, cependant, une émotion, un désir bien sûr, et une tendresse adolescente, ardente, bandée j’ose même pour l’acteur principal
odete m’attire, le film sort quand? (oui, j’ai lu en entier cette fois) : il y a quelque chose d’ophélie dans son romantisme extrême, jusque dans la photo que tu as choisie
hâte
lh.
Le 9/06/2005 à 21:42
Sandrine : Encore un coup d’Holly Golikely !! :-)
Mais qu’on-t-il fait à notre chanson…
Lo : le film n’a pas encore de distributeur, la décision sera prise la semaine prochaine par la production portugaise et vraissemblablement le film devrait sortir en France à l’automne, sans doute octobre ou novembre. Je pourrais vous tenir au courant.
Pour mon appréciation du film vu ce matin, j’y reviendrais plus longuement sur mon blog : Mirage & Turbulence, mais je suis plus mitigé que Sandrine…
Le 10/06/2005 à 10:53
merci pour les infos, phil
j’irai lire sur ton blog (hommage à vian)
lh.
Le 10/06/2005 à 16:15
je viens de discuter avec une amie qui trouve le film misogyne…es-tu d’accord Sandrine?
Le 10/06/2005 à 18:52
Désolé lo, il faudra attendre un peu pour me lire car j’ai des soucis d’accès à Free, la gratuité a un prix…
Et puis j’ai eu trois jours chargés, projections et colloque, j’y ferais référence.
Non aucun hommage à Vian, même si je le repsecte, je l’ai peu lu. C’est un titre qui m’est venu il y a très longtemps, j’ai fait plusieurs fanzines sous ce nom, je l’aime beaucoup car il exprime ce qui se passe dans mon esprit…
(…)
Je suis étonné qu’on trouve le film misogyne.
Le personnage d’Odete est assez beau, proche de l’icône me faisait remarquer un ami.
Sans doute ton amie a mal digéré la grossesse nerveuse et la mythomanie masculine d’Odete… Mais c’est dans la continuité de son parcours, de sa douloureuse rupture. Il me semble.
On attend l’avis de l’experte en décorticage… :-)
Le 10/06/2005 à 21:09
Vian à son ombre :
- t’as lu çà, Vernon ?
- ouais… un jour … j’irai cracher sur sa tombe …
Le 10/06/2005 à 23:04
phil,
c’est moi qui faisais un hommage à vian avec ma phrase
et sandrine malgré elle, avec la photo extraite du film (j’irai m’allonger sur votre tombe)
merci sullivan ;-)
lh.
Le 11/06/2005 à 00:42
JS,
Je ne trouve pas du tout le film mysogine. Pas une seule seconde et suis très étonnée de ce jugement. Il ne fait aucun doute que Rodrigues aime son personnage (et a fortiori, son actrice). Tout l’atteste : la manière sensuelle dont il la filme, le rôle qu’il lui fait tenir (Odete ressucite un amour perdu, le fait exister sous une forme nouvelle qui implique son corps et son être tout entier). L’hystérie ? Oui, le personnage est hystérique comme pouvaient l’être la Jeanne d’Arc de Dreyer ou l’héroïne d’Allemagne Année Zéro. Odete, c’est un peu, pour Rodrigues, ce que pouvait être Ingrid Bergman pour Rossellini. Ce n’est pas parce que Rodrigues est pédé qu’il ne sait pas filmer les femmes (vieux débat !) ou les mettre en scène. Aurait-on fait au réalisateur un tel procès s’il avait été hétéro ? C’est un film transgenres, ni plus, ni moins.
Le 11/06/2005 à 15:48
l’idée sur la misogynie c’était plutôt que le choix proposé à ce personnage de femme, c’était soit d’avoir un enfant, soit de devenir un homme…
Le 12/06/2005 à 18:17
Elle ne devient pas un homme au final, mais un avatar, que rend patent la présence du fantôme dans le plan. Elle n’est ni homme, ni femme, mais presque une allégorie amoureuse. Ce personnage, au contraire, jouit de beaucoup de choix : femme enfant, mère, homme, elle explore tous les possibles dans un film, je me répète, résolument transgenre.