Attention, danger TV !
Quatre photogrammes pour trois états spectatoriels
Ellen Burstyn dans Requiem for a Dream de Darren Aronofsky
Ces photogrammes, pris à des moments distincts du film, font état d’une progression ou encore, d’une déliquescence.
Hors champ, la télévision vampirise le sujet qui la contemple.
En témoigne la disparition progressive du décor appartenant à une réalité « objective ».
Ainsi, l’arrière-plan, d’un photogramme à l’autre, tend à s’estomper, à se réduire. Les ombres envahissent peu à peu le salon, laissant place au halo verdâtre de la télévision. La lumière artificielle nimbe le personnage en proie à la sidération. Active dans le premier photogramme (elle déguste des chocolats, indice de sa propension à l’aliénation), toute son attention se focalise sur la télévision dans les deux derniers photogrammes. La gestuelle du personnage atteste de cet effacement progressif de la distance avec le medium télévisuel. Dans le dernier photogramme, ses mains sont jointes dans une posture de fascination et de plaisir.
La télévision est assimilée à un stupéfiant. La déchéance physique de l’héroïne, d’une vignette à l’autre, rend compte du processus entropique à l’œuvre. Le rouge incendiaire se déplace de ses cheveux à sa robe. Le personnage semble se consumer de l’intérieur. Dans la dernière vignette, le désordre de sa coiffure, ses mèches grises aux racines figurent déjà les cendres. Le fauteuil, occupe dorénavant tout le cadre dans le dernier photogramme.
Prééminente, la télévision a englouti le personnage et son principe de réalité. Dans la séquence suivante, l’héroïne se jette dans la rue, hagarde, désorientée.
S.





Le 28/03/2004 à 21:16
J’aime bien l’idée du feu qui consume cette pauvre dame de l’intérieur, elle me fait penser à ma mère qui, à chaque fois que je viens déjeuner chez elle, me dit où en est Monsieur Moustache (aka Victor Newman) dans sa vie, entre son divorce avec son ex belle-fille et l’aventure qu’il vit avec la cousine de son ex belle-mère.
Le 28/03/2004 à 21:24
Bon, pour être plus sérieux, je préciserai que le personnage joué par Ellen Burstyn n’est pas accro à la télé, mais à une émission en particulier. On ne la voit vivre que pour cette émission où le quidam se trouve, le temps de son passage à l’écran, sous les feux de la rampe, et applaudi à l’envi par l’assistance chaleureuse. De quoi en faire rêver plus d’un.
Le 28/03/2004 à 21:29
Les Feux de l’Amour font des ravages dans les chaumières :-) Le transfert peut même aller très loin car certains individus considèrent leur télévision comme une personne à part entière…
S.
Le 28/03/2004 à 21:37
Cela dit, pour poursuivre cette digression, je me dis que ma pauvre mère, seule et vieille, s’ennuirait bien sans ce programme, placé à cette heure stratégique.
Le 28/03/2004 à 21:39
Je suis en larmes !
S.
Le 28/03/2004 à 21:44
ça tombe bien, c’est l’heure de la pub, et y a un spot pour les nouveaux mouchoirs jetables triple épaisseur absorbante.
Le 29/03/2004 à 14:21
Tu vois, tes commentaires sont tellement poignants que plus personne n’ose renchérir… Bravo pour le cassage de moral !
:-)
S.
Le 29/03/2004 à 17:14
comme dirait Denisot (et toujours pour voler haut) : “désolé…”
Le 26/05/2006 à 03:26
je trouve tes remarque super pernitante et bien analysé . je trouve aussi que Sarah cherche une presénce , un vide a combler qu’elle croit trouver mais finalement qu’elle cherche et ne trouve pas . Son ideal de vie ainsi que son passé ( son mari ) la hante , et elle est ” obliger de tomber dans ce que tu as decrit .
Le 24/02/2007 à 14:52
décryptages soigné d’un film culte. Merci. Oui, la TV est bien la coke de bcp de monde qui se came en toute impunité!
décidement, j’ai bien ton blog toi!