Archive pour la catégorie ‘Célébrité’

Je retourne (à) ma West

“Un homme à la maison en vaut deux dans la rue.” Mae West

Le Barbé de ces villes

 

Croisé, à la soirée d’ouverture du Festival de moyens métrages Hors Pistes (Centre Pompidou, du 24 au 26 mars), l’acteur fétiche de Philippe Gandrieux, l’étonnant Marc Barbé.

Sa présence animale à l’écran, la dimension physique de son jeu font de lui un acteur trop rare sur nos écrans. A ma surprise, il m’a dit qu’il jouait dans le prochain film de Benoît Jacquot et que Gandrieux était actuellement en tournage.

Fera -t-il partie de la distribution ? “Je suis toujours le dernier informé” m’a-t-il répondu, avant de disparaître dans la nuit, de sa démarche féline.

Envoûté (message à caractère informatif)

Vous étiez en train de vous mortifier pour avoir manqué son dernier show. Vous ne vous êtes toujours pas procuré son sulfureux roman ?
Possibilité de rattraper le temps perdu demain.
Jean-Louis Costes, l’habitant des sous-sols, investit les Voûtes.

Jeudi 2 mars, 21h30 :
–PARIS - LES VOUTES
–19 rue des frigos - 75013 - paris
–Entrée : 8 euros
–+ Show de Costes
–+ DJ Sébastien Akchoté
–+ Joachim Montessuis (perf et laptop)
–+ Vente et dédicace du livre.

A ne pas manquer.

Jean-Louis Costes. Interview en sous-sol

Chaleureux et volubile, Jean-Louis Costes, qui achevait un appétissant pot-au-feu (sous l’oeil envieux de son chat), nous a reçus ce samedi 18 février chez lui, pour un entretien fleuve, de la cuisine à la cave. L’occasion d’entrer de plain-pied dans son singulier processus créatif et de revenir sur son roman Grand-Père.

Comment es-tu arrivé à la performance ?
Par la musique. Le week-end, je faisais des reprises de Deep Purple. J’ai toujours aimé la musique, de la pop aux approches plus expérimentales. J’ai investi dans du matériel et ai commencé à faire des maquettes tout seul. J’en rajoutais toujours par peur d’être chiant. On retrouve cette même surenchère dans le bouquin.

La musique préside donc à la mise en scène du corps ?
C’est une manière de le théâtraliser, mais mon corps n’est qu’un outil au service d’une histoire. Je ne fais pas du tout un travail sur le corps, au sens strict de la performance. Je me crois dans une comédie musicale de Broadway. Il y a un scénario, un personnage. Comme dans un grand opéra.

On se trompe quand on associe ton travail à la démarche esthétique du performer ?
Je n’ai aucune démarche esthétique ou idéologique préalable à la création. Je suis anti-concept et anti-engagement politique dans l’art. La tendance, c’est d’arriver avec un discours esthétique, la « plaquette de présentation », mais la proposition artistique, au final, est vide de sens. Si on me dit que mon livre relève d’une idéologie, c’est non. Je ne contrôle pas ce que j’écris. J’écris ce qu’une voix dans ma tête me dicte. Et je ne sais jamais où elle va m’emporter. J’écris dans l’isolement de ma cave, possédé par la voix.

Tu as écrit le livre très vite.
Six semaines. J’avais plus de mille pages. Une fois l’inspiration tarie, je commence à le corriger. Pendant que j’écris, je ne relis et n’enlève rien. Plus tard, Fayard n’a opéré aucune censure. Il y a eu des corrections bien sûr, mais qui allaient dans le sens d’une plus grande efficacité de la narration.

On sent un vrai rythme dans ton écriture.
Le livre est très musical, en effet. Quand j’écris, je marque le rythme, compte par quatre. C’est presque de la poésie. C’est scandé, comme du rap.

Je retrouve dans tes spectacles la même dimension viscérale et physique que dans ton écriture, une sorte de transe. Comment entres-tu dans la transe ?
Je n’entre pas vraiment dans la transe, il ne faut pas exagérer. Je suis obsédé par mes accessoires et la scénographie et ne suis pas complètement dans l’abandon. Ce qui n’exclut pas de se laisser emporter. Un peu comme un jazzman, dans le cadre strict de ses compositions. La bande-son est un esclavage qui me met les limites, m’intime de m’arrêter. Et dans le roman, c’est l’histoire qui cadre le délire.

Quelles sont précisément tes limites ?
J’ai une limite personnelle : je ne transige pas sur mon intégrité physique. Entailler son corps, pour 100 euros n’a pas de sens. Il y a aussi des limites imposées par la société : il y a des lois et une intolérance générale qui font qu’on ne peut pas totalement se lâcher en art. J’ai d’ailleurs eu un procès en 1997 à cause de mon œuvre. Le niveau de censure devient tel en France, qu’on pourrait se faire assassiner pour une œuvre de fiction ! Or, représenter la violence, dans le cadre d’un roman ou d’un spectacle, ce n’est ni la faire subir, ni la subir. C’est la conjurer.

Le livre rencontre le contemporain de manière fulgurante. Comment te positionnes-tu en tant qu’écrivain et individu face aux revendications identitaires et mémorielles actuelles ?
Je me cogne dans l’époque quel que soit le sujet. Dans le livre, on remarque davantage ces thèmes (il y en a d’autres) car ce sont ceux que les médias ressassent aujourd’hui.
Ca ne veut pas dire que je cautionne ou nie les thèses dominantes. Elles ressortent dans mon œuvre malgré moi, simplement parce qu’elles traînent dans ma tête. Je n’adhère à aucun dogme. Selon la situation, les personnes et les croyances changent. D’ailleurs, dans le roman, le héros, d’abord victime, devient ensuite bourreau. Sous le Bien, il y a toujours le Mal, prêt à bondir. Et sous le pire crime, on trouve un peu d’amour déçu.

Tu canonises ton grand-père d’une certaine manière ?
C’est comme un saint laïque, absout par la repentance après une vie de péchés. Emporté par des flammes purificatrices. Sauvé de l’Enfer par le martyre.

Il y a dans ton écriture une vraie dimension visuelle et cinématographique.
Si je ne vois pas, je n’écris pas. J’écris le film qui défile à toute vitesse dans ma tête.

Trash et lyrisme alternent en permanence chez toi.
En moi comme dans mon œuvre, je sens toujours l’amour romantique sous la merde et la violence..

Tu es un grand voyageur.
J’ai traversé le Soudan à pied, du désert à la jungle du Zaïre. Je me suis construit une maison en bois en Guyane, ce qui m’a servi d’ailleurs pour l’évocation du bagne et du camp de la mort dans le livre. Je m’appuie sur ma vie aventureuse pour écrire. Je ne suis pas un écrivain parisien enfermé uniquement dans ses fantasmes.

T’es-tu appuyé sur des recherches documentaires, des témoignages familiaux, ou t’es-tu laissé emporter par la sorcellerie évocatoire du verbe ?
C’est complètement ça. Je ne sais rien de précis sur mon grand-père. Je sais juste qu’il a été cosaque, légionnaire, bagnard. Je n’ai vu, enfant, qu’un vieillard ivre et violent courbé devant la télé, cassé par la vie. Trois mots, cosaque légionnaire bagnard, et le souvenir d’un vieillard balafré par une vie de guerrier, m’ont suffi pour inventer cette histoire.

Ce que je trouve de très beau dans ton livre, c’est précisément ce qu’on ne sait pas, les béances. Costes fait tourner les tables.
Je me suis laissé emporter par l’imagination, mais j’ai magiquement deviné la vérité. La guerre civile en Russie, les massacres dans le rif, la vie au bagne, tout ce que j’ai inventé concorde avec les faits historiques. On a dans un coin de la tête, une intelligence instinctive capable de reconstruire le réel à partir d’indices ténus. C’est cette intelligence animale qui opère dans mon écriture.

Penses-tu que les génocides ou les guerres affectent les générations suivantes ?
Oui, parfois dans leur chair même. Je suis tombé sur un site communautaire arménien qui comprenait l’évocation brutale du génocide dans mon livre, son côté dégueulasse. Relativement à cette mémoire, on ne peut pas, selon le rédacteur du site en question, édulcorer les événements. Il pense que je suis moi-même une victime indirecte du génocide arménien, la violence initiale m’ayant été transmise par mes ancêtres, et pouvant me mener à l’autodestruction. En écrivant ce livre, j’ai pris conscience du poids de meurtres et de souffrance passés qui pèse sur moi, vivant pourtant dans une société en paix.

Te sens-tu concerné par l’arménité ?
Consciemment, non. Je n’ai pas été élevé dans ce milieu et suis de toute façon un solitaire asocial.

Comment tes parents reçoivent-ils ce roman familial ?
Mes parents ne connaissent rien de mon œuvre. Ils pensent par préjugé que c’est la production d’un malade mental ! A priori, un roman intitulé « Grand Père » les inquiète, craignant peut-être je ne sais quelles médisances. Ils ne semblent pas comprendre qu’un père de fiction n’est pas le vrai père.

A la fin du roman, le narrateur dit que, quels que soient les conflits qui les séparent, toutes les générations sont liées malgré elles dans le même inévitable destin.
Oui, c’est une idée qui a surgi du roman, qui s’est révélée et imposée en écrivant. Que je rejette mes vieux ou non ne change rien : je suis pour toujours lié à eux par la souffrance et le crime, le péché originel qui se transmet de père en fils, du premier singe jusqu’à moi.

Photos de Moland Fengkov que je remercie pour son aide précieuse et une assistance technique irréprochable !

Pépé d’Arménie

Faisons taire immédiatement les mauvaises langues. Jean-Louis Costes, acteur, performeur, metteur en scène et compositeur est dorénavant un écrivain sur qui compter. Figure clé de la scène underground française, Costes avait déjà prouvé ses talents, à travers une série d’articles incisifs.
Avec Grand-Père, une biographie romancée dédiée à son aïeul arménien, le mélancolique trublion entre dans le sanctuaire des Lettres… pour y semer un bordel monstrueux !
A la fois récit picaresque, traversé de visions dantesques, Grand-Père signe une vraie appétence littéraire. Force est de constater que le boulimique touche-à-tout affiche la même polyvalence dans l’écriture que sur scène.
Imaginant l’existence opaque de Garnick Sarkissian, « pogromeur pogromé », rescapé de toutes les guerres mais broyé par l’Etat français, Costes, le petit-fils meurtri, s’essaie avec bonheur, et dans un vivifiant maelström littéraire, à tous les genres.
De purs moments de comédie alternent avec des descriptions infernales de massacres et de viols. C’est trash, c’est cru, mais on en redemande, car, en transparence, se dessine une autre biographie secrète : celle tourmentée d’un artiste, tributaire de sa généalogie, laquelle lui a inoculé son mal atavique.
Figure idéalisée (l’imaginatif enfant associe son grand-père à Omar Sharif dans Lawrence d’Arabie), craint et révéré, “bon-papa-qui-pique” (c’est ainsi qu’il l’appelle) apparaît tour à tour comme un héros ou un salaud, cosaque rutilant ou clodo, sanguinaire légionnaire, bagnard, alcoolo collabo, battant comme plâtre sa femme, entre deux diffusions télévisuelles du tiercé.
Ambivalence affective qui rejoint les contradictions de l’Histoire. C’est là le tour de force de ce bouquin corrosif : réaliser la fusion de l’intime avec l’épopée débridée. Et partant, de mettre en perspective les grands événements meurtriers du siècle. Costes, en moraliste cynique, assène au passage quelques vérités politiques bien senties sur le contemporain. Le livre arrive à point nommé dans le délire mémoriel du moment, où l’on statue encore sur le rôle positif de la colonisation, quand Costes ironise sur le soldat fonctionnaire, à qui l’on promet la nationalité française contre ses tripes.
Qui a assisté aux performances de l’artiste reconnaîtra à coup sûr, dans son écriture, la même transe conjuratoire qui le saisit et l’emporte toujours plus loin dans la représentation. Un peu trop loin d’ailleurs. Un moment, on se dit même qu’il ne va jamais en revenir, qu’il est en train de se perdre dans ses évocations fantasmatiques, complaisantes et répétitives. Mais le geste génocidaire est lui-même répétition et complaisance.
Et quand on croit l’avoir perdu, ce fil d’Ariane qui nous ramène à Jean-Louis Costes et à sa biographie souterraine, on le retrouve, dans un chapitre aussi fulgurant que bouleversant.
Costes, éreinté, se donne enfin et livre sur l’autel sacrificiel, ce qu’il n’a jamais cessé de mettre en scène : son corps nu, la saillance d’une colonne vertébrale qui porte les stigmates de la génération irradiée à laquelle il appartient :
“la courbe de mon dos est exactement celle du dos de Papi. Elle est exactement la courbe du dos du vieux singe. Exactement le dos de mes petits-enfants. Je leur transmettrai le pogrom par mes os comme on me l’a transmis. Les crimes de l’Histoire sont notre squelette. Construit sur une colonne vertébrale cassée, je suis foutu d’avance. Je crèverai pogromeur ou pogromé. La seule incertitude est la durée de la souffrance. En attendant la mort que je me donnerai, si personne ne me la donne. C’est parce que je suis une serpillière de chair saturée de charnier sur un squelette de grand-père que je peux deviner, simplement en fermant les yeux, toutes les péripéties de Papi. Je ferme les yeux et je vois son dos courbé, sa colonne vertébrale, chapelet de souffrances qu’il suffit d’égrener”.
Costes parle de là, de cette zone intime - son corps de performeur - l’épine dorsale d’un projet littéraire abouti.

Grand-Père, Ed Fayard, sort ce mercredi 15 février 2006 dans toutes les librairies.

Soirée de lancement du livre au Point Ephémère à Paris, avec performance de l’artiste, concerts et DJs set (Sébastien Akchoté), le jeudi 16 février à 20h30.

Au cinéma, JL Costes apparaît dans Irréversible de G. Noé, Baise-moi de V. Despentes et C. Trin Thi et encore dans Nom de Code : Sacha, un court-métrage de Thierry Jousse (avec Noël Akchoté, Benoît Delbecq et Margot Abascal).

Interview prochainement disponible sur Contrechamp.

Et vlog le navire !

Vlog : vidéo + blog = vloggers ou videobloggers. A nouvelles technologies, nouvelle typologie de blogueurs !
Intriguée par la proposition, je me rends ce jour à la Vlog Party où je suis invitée. L’organisateur (Jérôme de TVnomics) me tend un billet à l’entrée. C’est une ruche à l’intérieur. Je ne comprends rien aux consignes, hésite, entre. Pas de recours alcoolisé envisageable, le bar paraît inatteignable. Je ne connais rigoureusement personne et me fraye un passage difficile parmi la horde de mormons .
Une bonne âme m’explique qu’avec mon billet, je dois reconstituer une équipe, laquelle gagnera un lot, un outil multimédia dont le nom m’apparaît aussi obscur que la fonction. C’est un jeu. Je joue et commence à chercher les deux comparses qui ont le même billet que moi. J’aborde effrontément les hommes encravatés, ai l’impression de racoler. Certains sont ravis, pas moi qui regrette de ne pas être restée à la maison pour regarder les 2 derniers DVD du coffret Fulci. Pas dépaysée en même temps : ça devient franchement gore.
Au moment où je capitule, bonne pioche. Je trouve Christophe Ginistry, la crème des blogeurs, au bout de mon billet. Je ne croiserai jamais le 3è individu. Adieu joujou multimédia. Je décide de filer à l’anglaise mais ma progression est ralentie par la foule. Alors je me mets à parler le langage universel : celui des séries TV !
Et la soirée se met à couler doucement, avec son lot de sympathiques rencontres. C’est un exercice d’acclimatation en milieu hostile. Je ne verrai aucune création vidéo (j’avais imaginé la soirée comme un immense happening multimédia - c’est la grande braderie de Lille) mais je fais la connaissance de L. qui prépare un mémoire sur 24H Chrono, de Blaise, un garçon au poil et de Vinvin, la star des blogueurs, dont le site vient d’être élu meilleur blog de l’année (cependant une rumeur persistante court sur le net, selon laquelle il aurait triché).
On ne se quitte plus. Je me retrouve attablée dans un restaurant, façon Un Dimanche à la Campagne. Divagations apocalyptiques sur la pop culture. La soirée coule doucement.

Mort d’un chien enragé

Chris Penn, 1965-2006.

Ces derniers temps, Chris Penn avait beaucoup grossi. Mais ses prestations n’ont jamais manqué d’épaisseur. De Foley à Ferrara, en passant par Altman, l’acteur donnait à ses rôles toute l’ambivalence intrinsèque à sa personnalité hybride : un mélange détonnant de douceur, d’apathie rêveuse et de violence souterraine, laquelle, sans crier gare, vous explosait au visage.
Chris Penn, l’ambigu, réalisait le rêve de tout acteur : la synthèse parfaite de l’émotion et de la pulsion.

Profession de foi

“Même Jésus aurait voulu se glisser dans ma culotte” a déclaré Madonna et on la croit sur parole.
Mais par quel mystère, la sensuelle pop star se désincarne-t-elle à l’écran ? Face à la caméra de cinéma, la reine du dance floor se fige. Corps empesé, dépossédé de sa troublante animalité, sa maladresse n’esquisse pas même dans l’écart, les prémisses d’une actrice.
L’icône s’est identifiée à Marylin Monroe qu’on taxa, à tort, d’être une mauvaise actrice, en raison de sa sexualité débordante.
En fait, une artiste complète qui savait jouer avec son corps, à la différence de Louise Ciccone.
Au cinéma, Madonna n’a pas de corps.

Disparaître est un art (2è)

Je suis un mec qui est en train de s’arrêter de tourner (…). Un mec qui s’en va“. Gérard Depardieu

A chaque famille, son rejeton dégénéré, sujet de honte et d’opprobre mais qu’on invite encore pour sauver les apparences, en priant pour qu’il ne s’effondre pas ivre mort pendant les discours officiels.
Gérard Depardieu occupe dorénavant ce rôle (le plus ingrat de sa carrière) au sein de « la grande famille du cinéma » et, par ricochets, aux yeux du public.
Pochetron notoire, fauteur de trouble, cachetonneur cynique, père de famille conspué par sa propre progéniture, rien ne manque au tableau qui n’écorne l’image de l’acteur français le plus connu au monde. Et Depardieu ne le sait que trop. Mû par la rage dévastatrice qui caractérise ceux qui n’ont plus rien à perdre, il en rajoute même.
Interprétant « Gégé », Depardieu surjoue. Qui du personnage ou de l’homme s’offre à nous, pathétique ? Un tragique glissement s’est opéré.
On oublie sans doute : Depardieu fut beau. Magnifique même. On oublie trop : Depardieu est une voix, aux accents plaintifs, avant ce corps grotesque, à la dimension burlesque d’ailleurs trop peu exploitée. Un bloc brut d’émotion, vampirisé progressivement par la mise en scène de son existence excessive, dont il se fait le commentateur le plus lucide.
« Je suis un acteur qui s’en va ». Depardieu, en enregistrant le temps qui passe, n’a jamais été aussi en phase avec le cinéma. Du temps a passé, en effet, depuis ses plus beaux films. La grâce s’est évanouie, avec les ans. Quant au retour en grâce ? Il reste, par là même, bien improbable.
« S’arrêter » ou disparaître, quand on est acteur, est un art.

Shadow of a vampire

Je n’imaginais pas rencontrer Abel Ferrara, créature de la pénombre, autrement que nuitamment.
L’obscurité recouvre Montreuil-sous-Bois depuis des heures maintenant, quand il apparaît, nimbé d’une lumière blafarde. Moment parfait, en complète adéquation avec ses œuvres nocturnes.
La ville, la nuit, son vampire. Beauté singulière de l’homme. Je suis frappée par la douceur ineffable qui émane de son être tout entier. Et par son visage livide surtout, que dévore un regard ténébreux. J’écoute d’une oreille distraite le dialogue qui s’engage entre le cinéaste et Bertrand Bonello.
Rien à faire : le halo du visage, ravagé par les excès (ses stigmates à lui), me happe. J’ai alors une curieuse sensation : ce n’est pas seulement une vie et son lot d’expériences limites qui traversent le corps d’Abel Ferrara, mais sa filmographie toute entière. Il est la somme de tous ses personnages, charismatique, ambigu, inquiétant et séduisant dans un même mouvement.
Dans l’énigmatique Mary, l’un de ses plus beaux films, Matthew Modine (remarquable déjà dans The Blackout) incarne un nouvel alter ego du cinéaste. Personnage en souffrance, forcément. Créer, c’est souffrir et Dieu nous a abandonnés. Film tout en ruptures, parcouru de réflexions théologiques, Mary oscille entre le sublime et l’outrancier. Non pas un film en plus sur la croyance et le rachat, mais bien une somme là encore, inscrite dans le prolongement de Snake Eyes.
Et puisque le génial réalisateur se confond décidément avec ses personnages, je garde de cette soirée une dernière image, hautement cinégénique. Au sortir de la salle de cinéma, Ferrara plante là son attaché de presse soufflé, dédaigne la voiture confortable qui s’offre à lui, pour disparaître par les rues, habitant de l’ombre, naturellement rendu à la nuit.