Archive pour la catégorie ‘Célébrité’

The Brood (mon bâtard à 1 million de dollars)

Vincent Gallo a de la suite dans les idées…et manifestement besoin d’argent. Sur son site personnel, il met en vente un certain nombres d’articles, de sa médaille de communiant à la moto de The Brown Bunny, autant de fétiches pour fans transis.
Mais Vincent Gallo ne mégote pas et n’hésite pas à donner, comme toujours, de son avantageuse personne : il vend sa précieuse semence pour la modique somme d’un million de dollars.
Dans un descriptif très précis, il rappelle ses multiples talents artistiques, son excellente condition physique, la taille avantageuse de ses attributs augurant d’une descendance toute aussi bien pourvue. En somme, le sex symbol, auto-promu géniteur idéal, se propose d’offrir à l’humanité sa splendide descendance, avec garantie de résultats ! Deux options possibles : la fécondation in vitro ou la voie naturelle (il en coûte alors un supplément de 500 000 dollars). Les blondes naturelles, qui pourraient le prouver, se voient consentir un rabais.
Cependant, l’artiste mégalo se réserve un droit de regard sur la vente de son sperme. Les futures parturientes (une nouvelle trempe de stars fuckers) doivent répondre à un certain nombre de critères : ne pas aduler, entre autres, Lenny Kravitz, être de préférence de confession juive (un atout supplémentaire pour réussir dans l’industrie du cinéma) et pas trop noires de peau (« Mr. Gallo maintains the right to refuse sale of his sperm to those of extremely dark complexions »). Eugéniste, l’exubérant acteur ?
On hésite. Canular ? Le formulaire de paiement en ligne achèverait de convaincre sur le sérieux de l’entreprise.
Si j’avais un million de dollars, je n’hésiterai pas une seconde. Je m’offrirai une salle de projection privée et m’y passerai régulièrement The Brown Bunny.

Leigh mythe

Jennifer Jason Leigh se tient mal. L’actrice, de rôle en rôle étonnamment polymorphe, impose à la caméra la singularité de son corps, une sorte d’instrument désaccordé, en contrepoint avec la partition ambiante. Constamment à la marge, elle cherche confusément à se dérober à l’objectif. On se dit qu’elle est là, mais que dans la minute qui suit, elle peut disparaître, s’effacer, nous laisser en plan. Cet art de la désynchronisation fait de chaque apparition de l’actrice un petit événement en soi.
Sa dissonance tranche résolument avec les canons dramatiques en vigueur. Non que son jeu soit imprécis, mais sa manière de baragouiner son texte la place à l’extrême limite. Mieux, Jennifer Jason Leigh est limite.
Son jeu décalé atteint le point de rupture. On scrute la chute, le moment où elle va basculer, mais contre toute attente, l’ensorcelante équilibriste trace sa voie sur les crêtes peu assurées d’une interprétation qui n’appartient qu’à elle.
La fiction s’enrichit de sa présence atypique. Sexy, à sa manière non ostentatoire, parfois laide ou inquiétante, Leigh accule ses partenaires. Au risque de la fadeur, ils lui donnent la réplique. Pas facile de s’insinuer dans l’univers complexe de l’actrice ou encore de soutenir son regard pétrifiant.
Plus que d’advenir au plan, le plan advient par elle, radieux. Jennifer Jason Leigh est assurément l’un des plus beaux accidents du cinéma américain.

A Romain.

Udo boss


Udo Kier, à l’Etrange Festival.

Du B au Z, en passant par le X, l’iconoclaste Etrange Festival déploie son alphabet singulier, pour la 13è année consécutive, au Forum des Images.

A l’honneur cette année, le magnétique et sulfureux acteur allemand Udo Kier. De Fassbinder (La Troisième Génération), à Andy Warhol, en passant par Gus Van Sant (Even Cow Girls get the Blues, My Own Private Idaho) ou Lars Von Trier, sa filmographie, marquée par un goût prononcé pour la performance, est exceptionnelle.

Au sortir d’une heure décontractée d’entretien avec lui, je suis frappée : un profond décalage existe entre l’homme, sorte d’aristocrate décadent, affable et volubile et les personnages extrêmes qu’il incarne à l’écran. La peur d’être engloutie par le mesmérique acteur cède vite la place à un vrai plaisir d’être là, en face de celui qui m’avait fait abandonner toute idée de maternité, après la scène choc de l’accouchement contre-nature de The Kingdom (une infirmière expulsait Kier adulte de son ventre !).

Sirotant avec précaution un café Starbuck, l’acteur est revenu sur ses différentes collaborations, nées du hasard de rencontres (il se targue de n’avoir jamais eu à écrire de lettres pour obtenir un rôle) : Warhol rencontré dans un avion, Van Sant dans une soirée à Berlin ou encore Madonna avec laquelle il a travaillé de près (Erotica), sans, pour autant jamais vraiment la connaître.

D’évoquer encore son enfance pauvre et sa vie confortable actuelle, sa passion pour Tapiès et les beaux meubles, le tournage qui vient de s’achever avec John Carpenter où il succombe de manière violente et spectaculaire (si j’ai bien compris, il est éviscéré !). Puis il se lève brutalement, interpelle les organisateurs du Festival car Van Sant serait à Paris pour un tournage (et il tient à l’inviter).
Il se rassoit avec soin, confie que Jean Marais fut, de toute évidence, le partenaire avec lequel il a eu le plus de plaisir à tourner (« un gentleman »), se relève, pris d’une envie soudaine d’un sandwich pâté/cornichons, déplore qu’il n’en a pas trouvé la veille dans toute la ville.

Je lui demande des nouvelles de Broken Cookies, le film Dogma qu’il a réalisé : un crash financier, interrompu pour l’heure.
On parle de ses films commerciaux. Il me dit lire les scripts en diagonale pour savoir à quel moment et de quelle manière son personnage meurt.

Puis il m’enjoint à aller voir les films de Sclingensief (une rétrospective lui est consacrée), notamment celui où il incarne Adolf Hitler (Hitler, la dernière Heure).

«This is crazy», conclue-t-il. Une folle lueur danse dans ses yeux. Hitler, Dracula, Frankenstein, autant de figures mythiques incarnées par Udo Kier, à lui tout seul, une mythologie. Vous reprendrez bien un peu de pâté ?

PS: retranscription de l’intégralité de l’entretien prochainement sur le site Plume-noire.com. Merci à Romain.

Le soutien-gorge de Mrs Peel

Diana Rigg dans The Avengers

Non, non et non ! Mrs Peel est décidément allée trop loin ! On lui connaissait ses tenues en cuir près du corps, empruntées directement à une imagerie SM, ses robes manteaux délicieusement seventies, sa collection de bottes en tout genre, bref, son élégance unique et trouble.
Chargée d’un érotisme latent, la série joue de cette ambiguïté, multiple les situations scabreuses avec humour sans jamais franchir la frontière de la bienséance. So british !
A force d’y toucher sans y toucher, le spectateur s’était assigné lui-même des limites, conscientes ou non, s’accommodant des règles tacites imposées par le dispositif. « Oui, je veux vous aimer mais vous aimer à peine et mon mal est délicieux » écrivait Apollinaire, vers résumant à merveille le pacte entre Diana Rigg et le spectateur transi de désir.
Et puis, il y a eu un premier incident. Une ellipse inoubliable. Mrs Peel infiltrait une confrérie d’hommes (des magiciens ? mes souvenirs se brouillent), était démasquée, malmenée. Emportée par une armée de bras, on s’inquiétait de son sort, quand le plan suivant la voyait échevelée, défaite…et visiblement ravie. Que s’était-il passé entre ces deux plans ? Il ne faut pas être grand clerc pour se le figurer ! Steed, l’amant éconduit, arrivait un rien trop tard pour sauver la belle de l’outrage. Cette ellipse audacieuse trouvait son point d’orgue dans la tenue arborée par la sensuelle héroïne : un collier à pointe sur un body noir (cf photogramme de droite).
Hier soir, en regardant un épisode en couleur diffusé sur le câble, j’en ai lâché mon plateau TV, saisie que j’étais face à la vision du dos de Mrs Peel. Pas le dos honteux et coupable d’Anne Wiazemsky dans Au Hasard Balthazar, après que les garçons du village l’aient abandonnée à sa solitude. Non, un dos nu, barré par l’armature d’un soutien-gorge noir. Mrs Peel, face à un miroir, enfile une tunique légère. Le temps se dilate dans cette courte scène que rien, d’un point de vue scénaristique, ne motive. Réduit au pur voyeurisme, le spectateur va t-il voir le pacte se rompre d’un coup ? Un léger mouvement de caméra circulaire. Je retiens mon souffle. Nous voilà face à Mrs Peel, au plus près de son intimité. La poitrine ne sera finalement qu’à peine dévoilée, puisque la chemise la recouvre enfin. Le scandale a été évité de peu !
Ce pur moment d’érotisme m’évoque ce que disait Hitchcock à propos du soutien-gorge de Janet Leigh dans Psycho. Le fétiche, selon le Maître, n’a pas sa place dans la scène d’amour du début. En toute logique, la femme devrait être nue contre son partenaire. Il a donc pour fonction de préparer le spectateur à la scène de voyeurisme au motel, tout en le renvoyant violemment à son désir. Et là-dessus (dessous ?), Mrs Peel connaît bien son affaire !

Janet Leigh dans Psycho.

Ma photo de Clint Eastwood

En attendant le prochain Festival de Cannes, je poursuis la série amorcée avec Kitano.
Hommage ici à l’élégant Clint Eastwood dont on peut en ce moment voir l’incontestable chef d’oeuvre, Million Dollar Baby.
Nous sommes en 2003. La conférence de presse de Mystic River s’achève. Tout va très vite. J’entrevois l’immense silhouette d’Eastwood. Débauche de flashes, semblant d’émeute. Eastwood passe devant moi, traverse les écrans de télévision de contrôle. Puissance d’apparition, comme dans ses films. Eastwood fidèle à son mythe.

Simone Simon a fermé les yeux


1910-2005

Cf le contrechamp sur le blog de J(…)-S(…)

Parfum de femme

Une femme sans parfum est une femme sans avenir” affirmait l’icône de mode Coco Chanel, créatrice du mythique Numéro 5, pour lequel Nicole Kidman prête son image.
Conçu comme un long métrage de cinéma (une production de 10 millions d’euros soit le budget de deux films français, un travail de communication offensif, une volonté de raconter une “histoire éternelle”), le spot ne laisse cependant pas un souvenir impérissable. Vague resucée du baroque Moulin Rouge, la publicité s’origine dans le medium cinématographique dont elle emprunte les codes narratifs et esthétiques. Nul besoin cependant de s’émouvoir. Les noces entre le cinéma et la publicité ont été célébrées depuis longtemps. Ne perdons pas de vue, non plus, que le cinéma est une industrie.
Alors qu’est-ce que cette gesticulation publicitaire produit ? un sentiment de vanité certain. Mais pas uniquement.
Que la publicité soit ratée n’est pas l’important. Il reste Nicole Kidman et sa mythologie. Au firmament de sa beauté et de sa carrière, l’actrice incarne son propre rôle dans une troublante mise en abyme.
La publicité pour Chanel N° 5, objet dérivé, se transforme en un film documentaire sur une star qu’il n’est plus même utile de nommer (”la femme la plus célèbre du monde” entend-on en voix off).
Kidman a annoncé qu’elle mettait fin à sa carrière, ne supportant plus la pression médiatique et les contraintes des tournages. Quand la publicité, miroir réputé déformant, se fait le reflet de la vérité !
Pour faire écho à la phrase de Coco Chanel, Nicole Kidman a aujourd’hui un parfum…et l’éternité devant elle.

Ma photo de Kitano

Il est revenu fréquemment dans vos commentaires et compte parmi les réalisateurs dont j’aime particulièrement le travail. Je l’ai rencontré en 1999 au Festival de Cannes. Il officiait en tant qu’acteur dans le troublant film d’Oshima, Tabou. Que faire quand on rencontre un des cinéastes qu’on admire par-dessus tout (à côté de Cronenberg, Ferrara ou Clint Eastwood ) ? Tenter de glaner ce petit moment d’éternité, à l’arraché, après une conférence de presse.
Désillusion : mon anglais primitif ne rencontre qu’un bloc d’incompréhension polie. Je glisse un regard inquiet et suppliant vers la traductrice qui me confirme que Beat Takeshi ne parle pas un traître mot de la langue de Shakespeare. Mais pourtant, il va tourner aux Etats-Unis (Aniki, mon Frère) ?!! Oui, mais il ne connaît pas la langue me répond l’interprète condescendante.
C’est la foire d’empoigne autour de moi. Je m’accroche obstinément à ma maigre parcelle de rêve : un instant, juste un instant. Lui faire savoir à quel point Sonatine et plus globalement, ses oeuvres d’enfance inquiètes et mélancoliques m’habitent et m’accompagnent.
Le hiératique personnage rajuste le col de sa chemise. Je fige ce moment avec l’appareil photo.
De cette brève rencontre ne demeure que ce geste simple et élégant, à l’instar des films de Kitano qui eux, ne connaissent pas le barrage de la langue, pour parler celui, universel, du coeur et de l’émotion brute.

Un sacré Python !

Rencontre samedi soir avec Terry Jones des Monty Python, autour de Sacré Graal, film que je connais maintenant par coeur, des chevaliers qui disent “Niii” aux paroles ordurières proférées par un garde français arrogant, en passant par un lapin sanguinaire, un chevalier noir cul-de-jatte et des paysans marxistes qui défient le roi Arthur avec leurs vues politiques avant-gardistes. Bref, du non-sens médiéval porté à son point d’incandescence.
M. Terry Jones s’est montré généreux et volubile. Dans ses yeux, une folle lueur se ravivait à l’évocation du tournage d’un film épique…et fauché où des noix de cocos remplacent les chevaux. L’absence de moyens rend créatif !
D’évoquer la scène de combat avec le chevlier noir, tournée dans un petit bois de Londres sous le manteau, à quatre, pour échapper aux syndicats très présents dans l’industrie anglaise du film.
De rapporter aussi les premières catastrophiques des films où personne ne riait dans la salle, le travail d’épure nécessaire (suppression de la musique qui noyait les gags) pour toucher enfin au comique.
De découvrir encore que M. Terry Jones est un amoureux du Moyen-Age et du poète Chaucer, pour clouer définitivement le bec à ceux qui ne verraient, dans ce délire pléthorique, qu’un exercice de “scatologie médiévale” !

Tu me fais Tierney la tête

Gene Tierney ou la modernité. Mes souvenirs cinéphiles me ramènent à Laura d’Otto Preminger où je la découvris pour la première fois, fascinée. Tierney n’était qu’une image, un portrait sortilège qui cristallisait tous les désirs. Magie de l’incarnation. Elle advenait au plan, quittant le cadre trop figé de la peinture, pour matérialiser le fantasme d’un absolu féminin mystérieux, intemporel, inaccessible. On touche à la quintessence de la représentation, à son secret. Tierney, l’icône, concilie ici les arts plastiques et le cinéma, posture résolument moderne qui trouve dans le corps de l’actrice sa plus belle expression.
« La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable » disait Baudelaire, définition qui sied bien à une actrice « belle comme un rêve de pierre », à la confluence entre classicisme et modernité farouche. Sa raideur un peu guindée, ses joues trop creuses qui magnifient l’ourlet d’une bouche parfaite, lui donnent un maintien unique, un corps qui résiste à la tyrannie de la représentation et du temps.
Gene Tierney sublime les héroïnes qu’elle incarne, les inscrit directement dans la modernité. Il y eut Lucy Muir (The Ghost and Mrs Muir), jeune veuve qui s’émancipe dans une société patriarcale, étouffante de conformisme. Mais surtout, la troublante et vénéneuse Ellen Barrent (Leave her to Heaven –Péché Mortel), folle d’amour, jalouse de l’enfant à naître et qui, dans une scène qui fit scandale à l’époque (1945), se jette du haut d’un escalier pour avorter. Drame de la jalousie, mais affirmation violente de la liberté, pour une femme, de disposer de son corps. Barrent est aussi une victime. C’est ce que j’ai compris après avoir dépassé le malaise qui m’étreignait à la première vision du film.
Au travers de ces trois rôles les plus marquants, un trait commun : un féminisme avant-gardiste avec lequel la « brune de la Fox » fait corps.
Un passage à vide dans sa carrière, une éclipse et l’on retrouve Gene Tierney, simple vendeuse dans un magasin de vêtements, avant un retour en demi-teinte. Mais le mythe est installé. Tierney rime avec « éternelle ».