Histoire du manteau rouge
Un rendez-vous dans un bar entre deux cinéphiles qui ne s’étaient jamais rencontrés. Ils se tiennent assis au comptoir, l’un à côté de l’autre, sans le savoir. Au bout de cinq minutes, elle l’aborde, un peu gênée. Il s’attendait à ce qu’elle soit vêtue d’un manteau rouge, selon le signe distinctif dont ils s’étaient convenus.
- Tu ne devais pas venir habillée d’un manteau rouge ?
- Si, mais je sors du bureau et n’ai pas eu le temps de me changer. Ce matin, en partant de chez moi, j’ai empoigné machinalement mon manteau noir.
Ce matin, en partant de chez elle, elle a sciemment remis sur le cintre son manteau rouge. Elle voulait avoir une image d’avance sur lui. L’identifier avant qu’il ne l’identifie.
Elle l’a regardé entrer dans le café, l’a observé s’asseoir et commander. Et puis, surtout, elle l’a vu, un court instant, sourire pour lui. Moment fugitif qu’elle a enregistré dans sa banque d’images personnelle. L’esquisse d’un sourire, une gestuelle précise, préalables au langage.
Elle n’y peut rien. Elle aime ça au cinéma : la puissance d’apparition des personnages, la rencontre qui s’opère par le geste.
Elle aime aussi des cinéastes comme Hitchcock, lesquels lui donnent toujours une image d’avance sur les personnages.
Crédits : Le Manteau rouge de Reginald Gray, 1996.











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