
Ces réflexions font écho aux textes de JS sur la « morale du travelling » et dont je recommande la lecture (cf lien, colonne de droite).
En ce qui me concerne, la cinéphilie va de paire avec une curiosité et une ouverture intrinsèques. Un cinéphile est quelqu’un qui va tout voir. Le monde même dans lequel il évolue devient un champ d’expérimentation, le lieu où se forme le regard, s’élabore les théories. En somme, la cinéphilie s’écrit à chaque instant. Pourtant, l’époque semble être au cloisonnement intellectuel.
Le retour à une certaine forme de conservatisme d’une revue comme les Cahiers du Cinéma n’encourage pas à l’optimisme. En quête de légitimité et soucieuse de redorer son blason après s’être fourvoyée du côté de la télé réalité, elle réhabilite dans ces colonnes les « références » incontournables de la critique ou les « pointures », rappel ironique du texte de Thierry Jousse, paru de triste mémoire, il y a 6 ou 7 ans.
L’intérêt porté à des medium ou des dispositifs « bâtards » a valu à la revue mythique les critiques les plus sévères. Mais après ce qui fut taxé de « dérive jeuniste », le retour à l’ordre moral prime. La sacro-sainte politique des auteurs continue à s’exercer. Il y aurait donc un cinéma « légitime » ou « pur » et des images « impures ». En réalité, des réalisateurs choisis parce qu’ils appartiennent au Cénacle et produisent des images validées, selon des critères arbitraires et caduques.
Pourtant, l’image a profondément muté. Ignorer aujourd’hui la télévision, les jeux vidéo, les clips, la DV et les home movies revient à être frappé de cécité. Quoi de plus problématique pour un cinéphile que l’aveuglement ?!
Plus inquiétant, cette vision réductrice n’en finit pas de contaminer la jeune génération de critiques, confite d’admiration et de respect imbéciles pour ses pairs. C’est pourquoi, je la qualifie de « génération irradiée ».
Alors qu’elle devrait se faire le témoin des changements profonds qui interviennent dans le domaine de l’image, elle reste dépositaire de principes moraux et esthétiques éculés. Ici, la censure s’exerce contre soi et contre les films.
Ainsi, les articles que je peux lire rendent de moins de moins compte de ce qui fait l’essence même d’un film. Les commentaires oiseux prennent le pas sur l’analyse, débordent le film, le contournent. L’objet se déplaçant, le film passe à la trappe. La matière cinématographique mérite pourtant qu’on la questionne inlassablement.
Le récent procès fait au film de Sofia Coppola, taxé de racisme, me révolte et me paraît symptomatique de ce regain de moralisme. Ce type d’attitude conduit à nier la beauté même là où elle se trouve de toute évidence.
Pour apporter une conclusion à ce qui constitue visiblement une véritable profession de foi cinéphile, je revendique fièrement l’impureté de mon regard qui me fait dialoguer Star Academy avec King Vidor (Une Etoile est née), la claustration du Loft avec L’Ange Exterminateur de Bunuel, The Bachelor avec Les Fiancés en Folie de Buster Keaton, une chorégraphie de Emio Greco avec Twin Peaks de David Lync etc..
D’ailleurs, Akira Kurosawa affirmait : « le cinéma ressemble tellement aux autres arts ; s’il y a des caractéristiques éminemment littéraires, il y a aussi des caractéristiques théâtrales, un aspect philosophique, des attributs empruntés à la peinture, à la sculpture, à la musique ». Dont acte.
S.
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