Archive pour la catégorie ‘musique’

Tous en scène !

Douce mélancolie de l’été qui s’achève et trouve, dans les mélodies de la talentueuse Barbara Carlotti, son commentaire languide. La belle se produisait dans le cadre d’une soirée privée, initiée par le Festival 18 en Scènes. De retour d’un séjour corse en-chanté, Carlotti partageait l’affiche avec Sébastien Tellier, invité de marque de l’Orchestre de la Boule noire, une formation réjouissante aux influences délicieusement rétro.
Retrouver Barbara Carlotti avait quelque chose d’émouvant, à l’image de son (trop court) set intimiste. C’était comme reprendre des nouvelles de vieux amis, les héros brisés de ses chansons-récits qui nous accompagnent secrètement. Captivantes ballades, sur le fil d’une interprétation sensible, qui se déploient et vous foudroient, se logent dans la région tortueuse du cœur et de la mémoire.
Le premier album était ce soir là particulièrement à l’honneur, lequel s’intitule en toute simplicité Chansons. Et d’apprécier des morceaux agrémentés de parties inédites. Matière mouvante, la musique minimaliste de Barbara Carlotti se prête à l’expérimentation. La radieuse interprète-compositrice s’adjoint la technique sans faille du guitariste Jean-Pierre Petit, la clé de voûte d’un édifice musical néo-classique très personnel, entre folk et pop rock.
Ce soir là, la pudique Barbara nous parlait de nos risibles amours, de nos triomphantes défaites où une “illusion de moins est une vérité de plus”… à sa manière unique de nonchalance grave.

Toute l’actualité de Barbara Carlotti ici.

 

Et Carlotti m’écrivit…

Sur ce blog, j’aime parler du travail d’artistes qui comptent. Aussi, quel bonheur d’avoir un retour de leur part !
Barbara Carlotti m’a écrit ce mot très gentil que je publie exceptionnellement :

“MERCI Sandrine ! vos photos sont superbes ! (…)
Et quel article, c’est formidable, je suis si contente que mes chansons vous plaisent !
Merci mille fois.
à bientôt donc
Barbara”

Elle m’a aussi transmis son actualité :

Concerts d’été

* Le6 aoûtà 23h à Le Blanc (36) aux estivités du rêveur” - http://lereveurdutempsfou.free.fr/les_estivites.htm
* Et comme l’année dernière dans le cap corse du 18 au 23 août à Barcaggio : Concerts apéritifs et acoustiques devant la mer tous les soirs en double plateau avec M. Untel au Restaurant Club “U Fanale” à Barcaggio. Renseignements et réservation : Stéphane Giaccolini - U Fanale - 20275 Barcaggio - tel : 04.95.35.62.72 - stephane.giaccolini@laposte.net


Duos et collaborations

* Barbara a récemment enregistré 3 chansons pour le prochain disque d’Olivier Libaux “Imbécile”avec JP Nataf, Philippe Katerine et Héléna.
* Elle enregistrera à la rentrée un duo avec Michel Delpech “Quand Paul chantait Yesterday”pour le nouvel nouvel album de Michel Delpech.
* Elle chante également en duo sur 1 titre “Alcools” avecMouzanar auteur-compositeur-interprète dont le 1er album sortira sur le label Naïve en octobre.


Médias

* Le titre “Cannes” est toujours en playlist sur France Inter, Europe 1 et France Bleue.

* Barbara dans le magazine Rolling Stone #42


LE 4 SEPTEMBRE : SORTIE MONDIALE DE L’ALBUM “LES LYS BRISÉS” - 4AD/BEGGARS GROUP

et une tournée dans toute la France avec le Club à la rentrée…

à suivre donc !

http://www.barbaracarlotti.com/

Courez-y !

La mélancolie, le silence et la joie

Concert privé de Barbara Carlotti, ce 21 juin à la Bellevilloise. A sa manière nonchalante et suave, cette guetteuse mélancolique raconte des histoires comme personne. La rencontre d’une voix nue, savamment distanciée, avec une pop aux influences anglo-saxonness produit un mélange (d)étonnant, dans la lignée de The Organ, la sensualité en plus.
S’ajoute à cela une présence scénique où l’humour ravageur de la belle élégante sert un univers décalé, irrigué de bout en bout par des références littéraires (Faulkner, Miller, Nin et même Marx !).
Comédienne dans l’âme, sur scène et à l’écran (on l’a vue dans Mods de Bozon et dans Vert Paradis de Bourdieu), Carlotti, la dandy, réinvente le spleen dans la continuité d’un Léo Ferré pour qui la mélancolie “est un chat perdu qu’on croit retrouvé”.
Et le concert d’hier ? Dans un cadre intimiste qui réunissait le gratin de la scène alternative musicale et critique, Carlotti affichait, comme la plupart des personnes en présence, une déglingue chic.
Verre de vin à la main, appelant à ce qu’on la resserve quand son godet venait à se vider, la chanteuse a ouvert son set lyrique par “Cannes”, avant d’enchaîner sur “Les Lys Brisés”. Mais l’ambiance n’était pas au recueillement. Un brouhaha ininterrompu accompagnait une prestation à la fois délicate et maitrisée. La charismatique Carlotti ne s’est pas démontée, et “si le cinéma sonore a inventé le silence” (Bresson), la nouvelle égérie pop, qui a réinventé la chanson littéraire, l’a réclamée pour elle, toute lumières éteintes.
Sa voix rauque et feutrée s’est alors élevée à l’adresse des amoureux déçus. Habitée, la belle liseuse ne se départit jamais d’un sens consommé de la dérision qui la voit se rouler sur scène quand elle interprète “L’Argent”.
“Qu’on me donne de l’argent” hurle t-elle, n’hésitant pas à froisser sa robe de satin noire. Brigitte Fontaine n’est pas loin. Mais foin des références : Barbara Carlotti ne ressemble qu’à elle !

(Mille mercis à Sabrina pour cette belle soirée).

Barbara Carlotti, Les Lys Brisés, Microbe, 2006.

Du Pleix


Vitalic, Birds (Produced by Pleix / Blink. Music: Vitalic. PIAS. 2006.)

A en juger par les productions du collectif parisien Pleix (invité du dernier Festival Némo), la création graphique française se porte bien. Décalés, ces artistes imposent leur somptueux univers visuel et leur conception acérée du contemporain.

Dans le clip du groupe Vitalic (Birds), des cabots suspendus dans les airs, poils hérissés, gueules stupéfiées, campent de bien drôles d’oiseaux. Les toutous sauteurs s’inscrivent dans l’arc d’un néon très disco. Un concept simple (façon “mon chien sous speed”), particulièrement efficient en terme d’impact comique.

Voie d’entrée pour aller y regarder de plus près. Pleix se révèle une pépinière de propositions talentueuses. Signataires des clips de Basement Jaxx (Cish Cash) ou de Futureshock (Pride’s Paranoïa), ils livrent pour le groupe Plaid (Itsu), une évocation aussi terrifiante qu’hilarante sur le travail au sein d’une multinationale. Dans cet univers policé, les pulsions se libèrent jusqu’à un climax gore, où les décideurs sont assimilés à ce qu’ils vendent : des porcs.

Mais on retiendra surtout la sidérante et poétique vignette, intitulée Sometimes (2003). Esthétique du fragment : une tour ultra-moderne se délite pour se reformer dans les dernières minutes. Les blocs se détachent un à un. Tétanisés, on suit l’évolution aérienne de ces monolithes rutilants et menaçants, leurs impacts sourds. Variation froide et désincarnée du 11 septembre, l’événement, vu par les concepteurs de Pleix, devient abstraction.

Autrement dit, l’allégorie d’un monde post-moderne lequel implosa définitivement en ce jour funeste. En ce sens, Sometimes constitue le commentaire le plus glaçant des attentats américains, quand le cinéma français ne s’est toujours pas emparé du sujet. Pleix, fabrique moderne de souvenirs.


Sometimes (Produced by Pleix. Music: Kid606. Mille Plateaux. 2003)

 

Le film de sa vie

Johnny Cash est mort en 2003 et avec lui, une Amérique populaire, où s’enracine sa musique, simple, brute, sensuelle. Sa voix rocailleuse, depuis, continue de régner, souveraine, sur son «empire de poussière», un legs musical incommensurable, tant par sa densité (une centaine d’albums) que par son humanisme.
Avant de rencontrer son mythe, Cash l’a raconté, à travers un testament filmé déchirant : le clip « Hurt », réalisé par Mark Romanek (auteur du bancal Photo Obsession, avec Robin Williams) et reprise d’un titre de Nine Inch Nails.
Dans un décor très pictural, Johnny Cash, visage raviné, se représente en vanité. Son épouse, se tient, bienveillante derrière lui. Un banquet funèbre s’étend sur la table. En alternance, des images d’archives, flashes-back nostalgiques, parcourent une carrière exceptionnelle dont il ne reste que des vestiges (le musée Cash est fermé, les disques ébréchés, la jeunesse fougueuse perdue).
«Vous n’êtes pas vivant à moins que vous sachiez que vous vivez», propos de Amadeo Modigliani qui résonne ici avec acuité. Cash se sait mourant. Il entre de plain-pied dans son mythe, avec la conscience aiguë de sa fragilité. La voix tremble, scande une vie en images.
Sublime et bouleversant raccourci biographique, à la croisée d’une autre mythologie : celle d’un pays. Revisiter la biographie de Cash, c’est arpenter, une histoire de l’Amérique en actes. Clip-tombeau, Hurt émeut par sa sécheresse, sa nudité extrême.
On apprend aujourd’hui la sortie prochaine d’un biopic, consacré à l’artiste, signé par James Mangold (Heavy, Copland) avec Joaquin Phoenix dans le rôle principal. Impression curieuse de redondance, quand, tout, a déjà été scellé, de manière fulgurante, dans un clip in memoriam.
« Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants » (Cocteau). La musique de Cash, son souvenir, se logent à jamais dans cette région intime.

Juliette Lewis en concert. Hey, Blondie !

Juliette and the Licks, en concert le 12 août 2005, à Berlin, au SO 36.

Il est toujours intéressant de voir comment un corps de cinéma se réinvente dans un autre espace, parvient à écrire une scénographie inédite pour le spectateur. A cet égard, il en faut peu à Juliette Lewis pour faire exister ce corps qu’elle met instinctivement en scène. De l’actrice, dont j’ignorais tout des activités musicales jusqu’à ma venue récente à Berlin, j’avais conservé une image précise, issue du mésestimé film de Katryn Bigelow, Strange Days (1995). Une image glamour de jeune fille en rollers, tee-shirt moulant, genouillères et mini slip noir. Je me souvenais encore de scènes de concert déglinguées, où elle apparaissait, dans le rôle d’une chanteuse, sensuelle et ravagée.
Quand j’ai poussé la porte du club SO 36, cette image a fait brutalement retour. Juliette Lewis est apparue sur scène, conforme en tous points à mon souvenir de cinéma. Cintrée dans un tee-shirt noir sans manches, vêtue d’une simple culotte noire, bas résille et genouillères, elle arrive sur scène, prend la pose, affublée d’une extravagante perruque bleue qu’elle ne tarde pas à ôter : une folle crinière blonde se déverse alors sur ses frêles épaules. Curieux vecteur que celui de la mémoire qui me ramenait l’actrice au point exact où le film de Bigelow me l’avait laissé !
Juliette Lewis est naturellement sexy. Son jeu de scène énergique, sexuel obéit à ce même instinct qui la singularise au cinéma. S’ensuit un set embué d’une heure, entre rock californien et hommage explicite aux Stooges. « You’re speaking my language » s’époumone la belle, à la voix rauque et éraillée. Et il est bien un langage que parle admirablement Juliette Lewis : celui du corps, à défaut de compositions encore très marquantes.

Crossing the Bridge, the Sound of Istanbul

Il fallait une sacrée bonne raison pour sortir Contrechamp de sa tannière, le soir des merguez, de la bière et des portables volés. Raison toute trouvée en la personne du cinéaste d’origine turque Fatih Akin, auteur de Head On et de l’euphorisant documentaire Crossing the Bridge, présenté hors compétition à Cannes cette année.
Après Asia Argento, une nouvelle génération de réalisateurs/DJ serait-elle en train d’émerger ? Toujours est-il que Fatih Akin a embrasé le MK2 Quai de Seine avec de prenantes envolées électro orientales.
En première partie de soirée, l’excellent groupe Selim Sesler, et sa formation tzigane, ont fait tanguer le public. On a dansé ce soir au bord du canal.

The love cat


Björk, Triumph of a Heart - Clip réalisé par Spike Jonze

Il y avait bien longtemps qu’un clip ne m’avait pas autant fait rire que celui réalisé par Spike Jonze pour Björk, artiste avec laquelle il avait déjà collaboré pour le titre ‘It’s Oh So Quiet’”.
Spike Jonze, connu pour ses films Dans La Peau de John Malkovich et Adaptation, a imposé son style singulier dans différents clips : de ‘Sabotage’ (Beastie Boys) à “Weapon of Choice” (Fatboy Slim), en passant par ‘Da Funk’ (Daft Punk) ou “Electrobank” (Chemical Brothers).
Jonze affiche un goût prononcé pour les univers étranges, traversés par d’euphorisantes embardées du côté de l’absurde.
Nous sommes en Islande. La jeune femme s’ennuie au lit avec son mari de chat. Bien déterminée à s’amuser, elle quitte le domicile conjugal et atterrit dans un rade. Commence alors une longue nuit de beuverie, en compagnie d’autochtones. Au petit matin, piteuse et défaite, elle retrouve son amour de chat qui la ramasse sur le bord de la route.
Que Björk partage son lit avec un matou (réel ou animé, selon les séquences) importe moins que ce formidable moment d’auto-dérision auquel se livre sans retenue l’artiste. Passablement éméchée au début du clip (Jonze filme admirablement la durée), la belle sombre dans un delirium tremens cathartique. Elle se cogne dans une porte vitrée, se retrouve les quatre fers en l’air, se relève, court dans la rue, hagarde, saccage une borne, échoue dans le caniveau, s’ouvre le crâne, se relève encore, hilare, et se réveille au petit matin sur une route de campagne, la robe maculée et le front ensanglanté.
Les regards caméras de Björk, qui nous prend à témoin de son délire, comptent parmi ce qu’il y a de plus drôle dans le clip. Ces scènes, filmées caméra à l’épaule, presque documentaires (la fête à la manière islandaise), ne sont pas sans évoquer la série Jackass, dans laquelle Jonze a fait quelques apparitions : même euphorie liée à une mise en scène absolue de soi, même passion pour la démesure et l’exubérance.
On n’est pas prêt d’oublier ces séquences hilarantes où Björk, artiste obsédée par le contrôle, lâche enfin prise.

La vie antérieure

Quizz musical. De qui ?

Walken on the moon

L’homme est prostré dans un fauteuil. Sa mise élégante cadre avec le décor luxueux d’un palace mystérieusement désert et silencieux. Mais bientôt, toute son attention se focalise sur une musique en sourdine qui ne tarde pas à s’amplifier et à aliéner son corps tout entier. S’ensuit un numéro de danse ébouriffant.

L’homme n’est autre que l’acteur Christopher Walken, qui prête ses talents de danseur pour le clip de Fatboy Slim, Weapon of Choice, réalisé par Spike Jonze.

Le corps de Walken, pris dans la transe d’une chorégraphie frénétique, se charge de toute sa mythologie d’acteur. Qui voit-on danser ici, si ce n’est Walken dans son rôle de Franck White, le très classieux King of New York d’Abel Ferrara ?

Tout, des décors au corps, évoque l’ambivalent personnage de mafieux en quête de béatification : son détachement altier, sa grâce mâtinée d’intemporalité. Son corps aspire ici le vide, s’affranchit de toute matérialité pour s’envoler, comme au firmament de son propre mythe.

Jonze réinvente cette « liturgie stellaire » définie par Edgar Morin (Les Stars), en jouant sur le caractère quasi surnaturel de la star déifiée. Let’s dance !