Quand Tom Yorke part en live
Au hasard d’errances télévisuelles nocturnes, j’ai vu un live sublime du groupe Radiohead, sur MTV2.
Il y a toujours quelque chose de profondément rébarbatif dans les concerts filmés (à l’instar du théâtre), comme une impossibilité à rendre compte du dispositif scénique, à réaliser l’alchimie des corps et des instruments, à se mettre au diapason d’un espace hybride, entre représentation et cristallisation du désir spectatoriel. En somme, l’incapacité à restituer l’euphorisante proximité de l’artiste avec le public (ou l’urgence grisante du direct) invalide la plupart des propositions faites en matière de productions musicales.
En découle un régime d’images normatif, une représentation tout en à-plats qui privilégie généralement les plans d’ensemble et les gros plans sur le chanteur. Sage est l’image de concert, à quelques exceptions près !
Après avoir identifié le titre en cours, admiré la densité des versions live (Radiohead s’impose comme un vrai groupe de scène !) et la fiévreuse interprétation de Tom Yorke, pantin épileptique évoluant sur un plateau nimbé par les ténèbres, je m’apprêtais à zapper… quand je me suis rendue compte que quelque chose ne “tournait pas rond”.
Tout en ruptures, flous et décadrages, la réalisation rivalisait d’inventivité. A la limite de la désinvolture, la caméra ignorait même superbement le chanteur, dont la présence se manifestait hors champ par ses mélopées plaintives ou une touffe de cheveux dépassant d’un piano sur lequel il s’affairait.
Mise au point improbable, plans de détails à la limite de l’incongruité, jump cuts à répétition, filmage saccadé ou comment réinventer la façon de filmer un concert…en le filmant pas !
On assiste médusé à la désacralisation du chanteur par son effacement de l’espace sanctificateur de la scène. Tom Yorke se réduit à une bouche d’ombre. Ses musiciens, encastrés dans le carcan étroit de leurs corps/décors (une cymbale barre la tête du batteur, réalisant la fusion de l’homme et de l’instrument), rêvent de briser la carcasse. Vertige de l’anéantissement, ivresse du morcellement de l’espace que déstructure le réalisateur pour mieux retrouver l’essence de la musique de Radiohead.
Car à l’originalité de la réalisation répond la singularité de la musique du groupe britannique où se mêlent textures et tessitures dissonantes, formant un tout hypnotique et envoûtant, à la lisière de l’incantation.
Peu à peu, il apparaît que les images sont en parfaite adéquation avec la musique. Mieux, tout en décrochages et ruptures, la musique de Radiohead a trouvé dans ce filmage son plus vibrant commentaire : une abstraction furieuse, une métaphysique de l’absurde.










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