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Austère Cannes

Ma photo de Jim Jarmusch (droit dans les yeux), Cannes 2003.

Quand je vais faire ma valise, dans moins de trois semaines, pour me rendre au Festival de Cannes, j’aurai le sentiment d’aller voir mes grands-parents. Du moins, une famille que je connais bien, avec ses rituels, son protocole empesé et surtout, ses figures charismatiques : Cronenberg, Gitaï, Haneke, Van Sant, Jarmusch, Wenders, HHH …. La politique des auteurs pratiquée avec application par les sélectionneurs !
Valeurs sûres, dit-on communément. C’est bien le hiatus ! Je veux être mise en danger, sortir du cadre, en explorer les limites. Ne pas me dire que « je suis en sécurité ici », tandis que je contemple les vignettes d’un album photo trop souvent repassé.
Je ne doute pas de la capacité des cinéastes à se renouveler. D’ailleurs, Gitaï l’a prouvé avec son très expérimental Terre Promise, film suffocant sur le corps prostitué. Mais je voudrais que le cinéma soit définitivement cet art de la friction, qu’il ose se colleter au réel, à de nouveaux régimes d’images. Parenthèse : le Festival Némo, dédié aux images nouvelles, a été une grande déception. Rien d’innovant là-dedans, au-delà du support -le multimédia- brandi haut et fort !
Plus que tout, je crains l’ennui, que la machine à rêves se dérègle pour ne me livrer que de lénifiants cauchemars filmés. Je n’aime pas la sagesse et les conventions. C’est pourquoi, j’ai été comblée par Un Nuage dans le Ciel, film de Tsaï Ming Liang, à sortir en septembre prochain. Encore un auteur me direz-vous ? Assurément ! Mais que cet auteur se pique de filmer une histoire d’amour sur fonds de pornographie, en reculant les limites de son propre système, force le respect. La bande se referme par le gros plan d’une femme pleurant, un sexe dans la bouche. L’histoire qui se noue entre l’homme et la femme emprunte des chemins peu conformistes. Un amour non conventionnel, en somme. Ce que le cinéma se devrait toujours d’être.

La nausée

C’est l’histoire d’une photo volée, ou plus exactement « détournée ». Une profanation par l’image que des éboueurs idéologues - que je ne prendrai même pas la peine de nommer - ont orchestré. La vignette séduit par son caractère hautement symbolique : des collégiens de Seine-Saint-Denis sont en visite sur un lieu de mémoire. Le couronnement d’un travail de longue haleine que je mène avec la communauté éducative, depuis des années maintenant, sur le département. Les procédés de détournement d’image sont légion sur les sites de ces extrémistes. Mais le choc fut grand de découvrir, par voie de presse, l’impensable.
Libération du 5 février 2005 :
«Trois plaintes ont été déposées, vendredi, contre les éditeurs d’un site Internet raciste. Ils avaient extrait des pages web d’un collège de Seine-Saint-Denis, des travaux pédagogiques d’élèves de troisième sur la résistance et la déportation ainsi qu’une photo de classe, pour les publier sur leur propre site. Ces extrémistes avaient assorti les documents de commentaires du style «assez de racaille» ou «dans quel pays a été prise cette photo de classe ?». Jeudi, le recteur de l’académie de Créteil a déposé plainte pour «détournement d’image de mineur», «incitation à la haine raciale» et «mise en cause de l’autorité de l’Etat», et s’est constitué partie civile. Deux autres plaintes ont été déposées par le chef d’établissement et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), ce dernier demandant aux ministres de l’Intérieur et de la Justice que «ces groupes, organisés via l’Internet, soient mis hors d’état de nuire». Vendredi, la page incriminée avait disparu du site».
Aujourd’hui, face aux menaces, aux courriers anonymes qui continuent à affluer, comme autant de stratégies d’intimidation, je réaffirme plus que jamais ma croyance dans les actions éducatives que je mène. Plus encore, ma croyance en l’image, celle par qui le scandale arrive.

Otage des images

Je ne sacrifierai pas à la traditionnelle liste des meilleurs films de l’année 2004. A peu de choses près, elle aurait rejoint celles postées ici et .
De constater encore que mes plaisirs cinéphiles m’ont été largement procurés par le petit écran cette année : la saison 5 des Sopranos, Nip/Tuck, 24…Quand les séries surclassent le cinéma, en s’appropriant et en réinventant, paradoxe suprême, ses propres dispositifs!

Le meilleur film qu’il m’ait été donné de voir a été diffusé à la télévision. Il a éclipsé, dans un contexte troublé, une saison cinématographique pourtant riche, à défaut d’être toujours intense. Il s’agit du Zapping de L’Année, diffusé sur Canal+.
D’ailleurs, peut-on encore parler de zapping (soit la juxtaposition et l’enchaînement aléatoires d’images) quand le travail de montage, tout en échos, réminiscences, clins d’œil, mises à distances s’avère des plus remarquables ?

En voyant défiler le film de l’année 2004, acmé visuelle et émotionnelle, un sentiment curieux s’empare de moi. Je regarde un documentaire «absolu», travaillé par une mise en scène aussi souterraine que souveraine. Pourquoi «absolu» ? Parce que ce bout à bout visuel parle tout autant du monde ravagé dans lequel je vis, contemporaine du chaos, que de mon regard auquel il s’adresse.
Comment recevoir ces images et renégocier le quotidien, à l’aune de la tragédie planétaire ? Du voyeurisme ? A mon corps défendant. Le journal télévisé m’impose de repousser plus loin mes limites spectatorielles.

Je m’étonnais récemment de la «facilité» avec laquelle les médias nous donnaient à voir des images insoutenables de victimes du tsunami. Une épiphanie : la barbarie des hommes n’est pas à l’origine d’une telle dévastation, ce qui autorise la représentation, à heure de grande audience. Hypothèse corroborée par l’émission Arrêt sur Images dont une amie m’entretient par hasard aujourd’hui. Les journalistes auraient distingué les «victimes pures» ou décédées accidentellement, et les autres, qualifiées d’ «impures», victimes de guerre etc… Il y aurait bien, alors, deux régimes d’images dans la gestion médiatique de l’horreur qui se distribueraient entre le «contingent» et le «déterminé».
Mais aussi entre le cinéma documentaire et le reportage télé. L’un pouvant participer d’un «rapt intérieur», quand l’autre vous retient simplement en otage.

Un certain climat de la presse de cinéma

Que Luc Besson perde son procès contre Libération, sur la question du racisme dans Fanfan La Tulipe, redonne un peu de baume au coeur dans une période nauséabonde pour la presse de cinéma.
A peine a-t-on repris espoir qu’on apprend, peu après, que ces mêmes journalistes se sont vus privés de projection. Relégués en 2046, pour avoir osé commettre un crime de lèse majesté : ne pas s’être inclinés, au dernier festival de Cannes, devant un immense coup marketing.
Il n’y a pas donc pas que les producteurs pour jouer aux ayatollahs ?
Les attachés de presse pratiquent la censure scandaleuse, dignes de temps qu’on voudrait révolus où l’on muselait les médias.
Et voilà que Télérama à son tour bande les yeux de son Ulysse, privé d’Un Long Dimanche de Fiançailles.
Cette presse que l’on voudrait rendre aveugle dénonce, au sein d’une industrie dévorante, la tentative de formatage du regard.
Et cette entrée en résistance s’avère non seulement nécessaire, mais plus encore, salutaire

Bushmore

No comment

Bon plan pour Avignon

Une fois n’est pas coutume, je vous fais profiter d’un bon plan culturel pour le Festival d’Avignon.
La compagnie et école de théâtre Kygel organise des stages dans le cadre du festival, à des prix défiant toute concurence. Si vous n’avez jamais assisté à une représentation dans la cour des Papes, c’est l’occasion ou jamais.
De même, le stage est une initiation in situ à l’écriture dramatique et à la scénographie
Faîtes vite, il reste 5 places uniquement.

Les dates : du 16 au 25 juillet 2004 inclus
Contenu du stage : le séjour comprend la pension complète, le transport A/R, des séances quotidiennes de pratiques artistiques, l’assurance et deux spectacles, le tout pour la modique somme de 250 euros.
Thèmes du stage : “Jouer à être auteur et changer de regard” ou “jouer à être scénographe et à changer de regard” (au choix).

Si vous êtes intéressé (e), contactez de ma part la sympathique Ana Gianni au 01 42 51 30 70

Bande son


“Suite à la gêne occasionnée par les quêteurs, la RATP rappelle que la mendicité est interdite dans le métro . “

Sic.

Jeu à cloner

1. Prenez le livre le plus proche de vous.
2. Ouvrez le livre à la page 23.
3. Trouvez la cinquième phrase.
4. Publiez cette phrase dans votre carnet, ainsi que ces instructions.

“Mais il dit : je ne mangerai pas avant d’avoir dit ce que j’ai à dire. Parle ! dit Laban”.

La Bible, Genèse, 24-33

via Moland Fengkov