- 24h Chrono, saison 6 : tuer le père/sauver la mère patrie.
La saison 6 de 24h Chrono commence comme un film d’anticipation, calqué sur Los Angeles 2013 de John Carpenter. Les Etats-Unis font l’objet d’attaques terroristes à travers tout le pays. Le frère de feu David Palmer a été élu Président et doit faire face à la situation de crise. En éternels excités, ses conseillers l’exhortent à ouvrir des camps de détention pour islamistes, écho direct à la ville-prison de Los Angeles chez Carpenter, où un chef d’état puritain relègue les “criminels”.
Comme Snake Plissken (Kurt Russell), Jack Bauer est un habitué des causes perdues. Le voici rapatrié pour sauver l’Amérique, menottes aux poings, après un stage intensif de chinois. Le premier choc tient à l’apparence physique du héros. Mutique, hagard, son corps porte les stigmates des tortures qu’il a endurées pendant 20 mois. Bauer accepte de mourir pour une cause valable : son pays ! Ce qui le place au même plan que les terroristes. On n’en dira pas davantage sur une ouverture saisissante qui culmine avec une explosion nucléaire, dès le 4è épisode !
Cependant, l’impression de déjà vu persiste que la pourtant viscérale appropriation du territoire de Los Angeles (ses artères routières, son métro, surface et souterrain réunis) ne dément pas. A court d’idées, les scénaristes grattent les fonds de tiroir. Et de sortir du chapeau une resucée d’Alias par où la sainte Trinité se recompose. Dans la famille Bauer, je demande le père et le frère ! Trahisons, fratricide, adultère : 24 revisite la tragédie grecque !
La série navigue plus que jamais entre espace familial et national. Pour ne pas dire “nationaliste”. Bauer fragilisé s’est humanisé mais réintroduit dans son milieu, il revient fatalement à ses pratiques violentes. Topos du film d’action : le héros est conditionné par son environnement urbain et réciproquement (revoir la série des Die Hard pour s’en convaincre).
Les scènes de tortures abondent, d’autant plus discutables qu’elles constituent des climax par où l’action se relance. Plus ambiguë idéologiquement que jamais, cette saison donne des signes alarmants de radicalisation du propos, ce , en dépit de la présence d’un président noir démocrate ou encore d’un terroriste progressiste repenti.
Le générique de fin du second épisode accentue le malaise qui rend hommage aux troupes américaines basées en Irak. L’épisode est dédié “à la mémoire des hommes du Gunshot 66 dont l’hélicoptère de la marine a été descendu en Irak le 2 novembre 2005“. Plus loin, Bauer n’hésite pas à descendre l’un de ses fidèles coéquipiers, au motif qu’il met en péril la vie d’un chef de réseau islamiste, détenteur d’informations cruciales.
Joël Surnow, le créateur de la série, a toujours manifesté son soutien aux soldats américains. Mais que la violence trouve sa légitimité, tant au plan fictionnel que politique, rend la réception épineuse. Dès lors, il n’est plus question de savoir si 24 est une série républicaine ou démocrate. Elle dépasse ce simple clivage et traduit rien moins que l’état d’extrême confusion morale d’une nation toute entière.

























Commentaires récents