Archive pour la catégorie ‘télévision’

Sous vide.

“Les astrophysiciens ont eux-même été surpris par leur découverte : ils ont identifié un gigantesque ‘’trou’’ dans l’univers, un vide de presque un milliard d’années de large. Cela n’a rien à voir avec les trous noirs, grands dévoreurs de matière. Il s’agit là d’un endroit sans matière visible (galaxies, étoiles, gaz) ni matière noire. Du vide, donc.” (Source Nouvel Observateur).

Cette information n’aura rien de surprenant pour qui a suivi Secret Story sur TF1, le trou noir du PAF. Pas étonnant non plus qu’un des candidats ait prétendu avoir été en contact avec des extraterrestres (si, si c’était son secret). Les scientifiques devraient étudier la piste. Les retombées de tels programmes sont sans doute plus nocives qu’on ne l’imagine… Heureusement, Pop Stars revient !

Photogramme : Les triplées, gagnantes de l’émission.  

 

 

La nouvelle tare.

 

Trois noirs et une beurette sont sur la sellette. Le public a choisi, contre l’avis du jury. Trois parmi ces candidats vont être éliminés. Tous “très colorés”, ne manque pas de remarquer une Marianne James remontée. A raison.
Cette scène se déroule lors du prime de La Nouvelle Star, l’une des rares émissions populaires qui renoue avec une forme de convivialité oubliée : on se retrouve entre amis pour regarder le programme.
On voit dans La Nouvelle Star, l’un des derniers bastions démocratiques du PAF. Pas seulement parce qu’on y vote. On y parle aussi et cette liberté de ton là est un luxe aujourd’hui à la télévision.
Qui dit émission populaire dit candidats dont les origines reflètent une France multiculturelle qui peine pourtant à exister auprès des instances de représentation, fussent-elles cathodiques ou politiques. On ne s’aventurera pas sur le terrain de la discrimination positive qui occupe suffisamment les directeurs de chaînes opportunistes, puisqu’il ne s’agit pas de cela. La sélection des candidats s’opère ici sur les seuls critères du talent et de la personnalité. Témoins, les castings.
En dépit du peu de passion qu’inspire cette année le programme, on plaçait de grandes espérances en cette poche de résistance télévisuelle. Elles se sont brutalement éteintes face au choix du public. André Manoukian, l’un des membres du jury, a déclaré qu’il ne fallait pas conclure au racisme. On évitera donc. Mais le malaise s’est invité sur le plateau comme dans les consciences. C’est cette France là qui vote.

Crédits : Martine, Michel et Vincent, candidats malheureux de La Nouvelle Star.

Des filles comme des garçons

 

On savait que La Nouvelle Star avait réinventé le dispositif du radio crochet, mais, ce qu’on ignorait encore c’est que l’émission allait faire de cet hybride l’atout majeur de sa nouvelle saison. Pépinière de jeunes talents, le casting mise largement sur l’hétérogénéité, tant au niveau des personnalités que des genres musicaux auxquels elles se rattachent. Qui du jazz, qui du rock impose sa tessiture singulière, avant un physique pas toujours à l’avenant.

Et d’observer une redistribution du masculin et du féminin. Quand les filles, toutes en puissance vocale, puisent dans les graves, les garçons, à l’inverse, chantent sur le fil gracile des aigus, revendiquent pour eux la douceur.

Ces garçons là nous touchent à chacune de leur prestation, eux qui n’ont pas oublié que la grâce s’engouffre dans la faille. Et ce n’est pas un hasard si Christophe, la vraie révélation de ce programme, chantait, à sa manière de nonchalance unique, le hit de Patrick Juvet, « Où sont les femmes ? ».

Inutile de les chercher : les garçons, assumant pleinement leur part féminine, les ont d’ores et déjà éclipsées. La Nouvelle Star, émission trans ?

 

Ecouter ici

Christophe, interprétant Sunny de Boney M.  

Madonna à la Star Academy !

C’était il y a quinze jours, annoncé à grand renfort de pub, l’impensable, l’exceptionnel : la venue de la star internationale Madonna sur le plateau de la Star Academy !
Face à ce qui s’annonçait comme un véritable événement télévisuel, il n’y avait, à vrai dire, pas d’autre choix que de regarder.
Mais que souhaitait-on voir au juste qui ne s’inscrive déjà dans ce réservoir d’images, constitué au fil des années par la star polymorphe ? Le reflet intime, doucereusement complaisant de notre immuable fascination, sa légitimation encore et toujours ?
Il s’agissait surtout d’éprouver la permanence du mythe, sa résistance à l’aune d’un dispositif bâtard. Le décor tout en aplats de l’émission de télé-réalité allait-il édulcorer l’aura de la madone, altérer son inébranlable glamour ?
Car l’artiste pop est un temps et un espace à elle seule, une révolution faîte chair. Comment ce corps, dépositaire de toute une mythologie, pouvait-il se fondre et s’inventer de nouveau dans un dispositif par trop familier ? D’Hollywood à la Plaine Saint-Denis, il y a, en effet, un écart, une brèche mentalement impossible à combler !
Un instant, on se prend à penser à une grossière erreur de communication. Mais Madonna, la redoutable stratège, est un plan marketing en actes. Chanteuse populaire, elle s’invite, en toute connaissance de cause, dans une émission populaire, au risque de la trivialité. Or, cette vulgarité là participe précisément de ce que l’on préfère chez elle.
Contre un chèque de 400 000 euros, la belle, vêtue d’une robe lamée vintage, se fend de deux chansons pré-enregistrées qu’elle interprète de surcroît en play back ! De quoi alimenter les critiques de ses détracteurs, d’autant qu’elle aura refusé de chanter avec les élèves. Plus tard, elle répond de mauvaise grâce aux piètres questions d’un Nikos Aliagas, encore plus empoté qu’à l’accoutumée.
Pari pourtant gagné pour la chanteuse, laquelle, en ne concédant rien de son mythe, a su maintenir le providentiel écart qui la sépare du commun. Madonna était là, sans y être au fond, refusant de jouer la proximité. Mieux, l’icône a su tenir à distance un dispositif télévisuel banal à en pleurer, pour affirmer sa supériorité sur lui. Résolument inatteignable, elle s’est redéfinie par et pour ce qu’elle est intrinsèquement : une star.
Le principe du désir, sa vitalité, c’est la frustration. Madonna nous a frustrés. On en veut encore.

Petite mort

Karen Bach (1973-2005)

L’actrice se cambre. Une lourde chevelure lui tombe sur le visage, ondule au rythme languide et saccadé que lui imprime le coït.
La chevelure de jais se substitue au pubis, accentue la blancheur laiteuse du seul postérieur offert à la jouissance du regard. Mais le visage se dérobe. Frustration de l’oeil. La cérémonie des corps est incomplète.
Et puis le geste secret advient enfin, qui échappe à toute sophistication. Un geste qui me hante depuis : la main s’évanouit dans les cheveux et dans un mouvement sec, se dégage. La nuit fond sur le visage de l’actrice.
A ce moment précis, quelque chose éclate en moi. Une sidération, un effroi. Je reconnais Karen Bach. De l’ombre à la lumière, son visage comme une allégorie. Vie et mort de l’image. Cette révélation, au sens primitif du terme, m’a amenée à vivre une expérience spectatorielle aussi saisissante qu’effrayante :
Ce soir là, sur le câble, j’ai regardé une morte jouir.
Est-ce cela la pornographie ?

Rêve de queer

La mollesse ouatée de ce week end de la Toussaint, passé dans une province normande désolée, m’a conduit à verser naturellement dans une téléphagie hypnotique. De ces heures hallucinées, je retiens des reportages édifiants liés aux élections américaines, ainsi que deux émissions consacrées au maître mot du moment : le relooking !
Oubliez la tignasse terne, les couleurs neutres, les chaussures bon marché, une équipe de « conseillers en apparence » prend en charge des individus comme vous et moi pour opérer une mue spectaculaire. C’est le principe d’une émission sur M6 et l’impératif catégorique de Queer, cinq garçons dans le vent (TF1, samedi soir) qui viennent chez vous saccager votre appartement, vider vos placards en vous répétant à l’envi que votre quotidien est médiocre.
Heureusement, ces parangons du bon goût vont tout changer, du mobilier à la garde robe, en passant par la gastronomie. Une révolution « en couleurs » (que dis-je, en technicolor !), soutenue par un rythme endiablé : les garçons ne cessent de courir, à l’instar d’un Richard Widmark dans Les Forbans de la Nuit. Sauf qu’ici, on ne sait pas précisément ce qui les fait courir. Widmark devait sauver sa peau, les Queer eux, entendent simplement la soigner ! Et de prodiguer des conseils judicieux pour appliquer un autobronzant sans laisser de marques.
On se demande comment TF1 va négocier une autre révolution : faire de son audience une communauté gay friendly. Mais malheureusement l’objectif n’est pas là car la caricature l’emporte.
Dans ces deux émissions arrive toujours ce point de rupture, le moment où la résistance du relooké cède face à la violence de l’image qu’on lui impose. L’intime vacille face à l’intolérable mise à nu de soi. Pleurent-ils de joie ou de douleur ces candidats après la dissection de leur image ?
Je me suis aperçue alors que ces émissions inventaient, ou du moins véhiculaient, une nouvelle forme de conformisme contenue dans les diktats de l’apparence. Le cheveu méché fait légion et dorénavant, ce sont les coach, gourous modernes, qui édictent les lois. En somme, il y a démocratisation du visible : “voir et être vu”, telle semble être l’injonction sociale.
De même, aux Etats-Unis, les conseillers de Georges Bush, vrais détenteurs du pouvoir, dirigent depuis quatre ans le pays. J’ai vu pléthore de reportages passionnants sur les minorités appelées à voter lors de ce scrutin décisif. Notamment, un sujet poignant sur les sioux, communauté ravagée par l’acculturation. Quelque part, c’est cette « mise en conformité » avec les valeurs américaines qui a détruit fondamentalement ces individus.
Le relooking, tel que j’ai pu le voir pratiqué à la télévision, participe du même processus : il s’agit de « rendre conforme à » (la mode, l’environnement urbain, les canons esthétiques) et non pas de révéler la nature profonde d’un individu, en prenant en compte son histoire.
Dans 24h, quel visage aura l’Amérique relookée ? La face du monde va t-elle se trouver changée par ce scrutin scalpel ?

Colette

Le magasin parisien Colette étant surfait, je lui préfère nettement celui de Vilnius. Coming soon sur France 2.

Disponible en DVD

Les bimbos à la ferme

Paris Hilton et Nicole Ritchie, The Simple Life sur C+, le samedi à 13h30, rediffusion le lundi vers minuit en V.O.

Voici le pitch de cette nouvelle émission de télé-réalité :
Paris Hilton et Nicole Richie laissent à Los Angeles leur famille, leurs copains, leurs virées shopping et leurs cartes de crédit et troquent le tout contre 30 jours à la campagne, dans une ferme. Elles ne savent pas exactement ce qui les attend mais sont sûres d’une chose : même si leur portable risque de leur manquer, elles sauront surmonter cette épreuve. Arrivées à Altus-Arkansas, elles sont accueillies par la famille Leding, légèrement décontenancée par le look des filles et leur monceau de bagages. Paris et Nicole se retrouvent propulsées dans un univers extrêmement éloigné du leur. Obligation de participer aux corvées et de respecter le couvre-feu fixé à minuit, interdiction de dire des gros mots et pas question de prendre le pick-up sans permission. Et puis, horreur des horreurs : IL N’Y A QU’UNE SEULE SALLE DE BAIN.
Vont-elles survivre ?

Hilton, l’héritière milliardaire et sa copine Nicole Ritchie (fille de Lionel ), jetsetteuses notoires, sont parachutées dans un milieu aux antipodes du leur. L’étude anthropologique risque de valoir dans les deux sens ! Néanmoins, je suis curieuse de voir comment la famille sera dépeinte et comment ce choc entre deux milieux diamétralement opposés sera orchestré. En somme, la satire sociale marchera-t-elle dans les deux sens ?
A noter que l’objet s’est ici déplacé : l’accès à la célébrité ne constitue plus l’enjeu de ce programme de télé-réalité. De même, il ne s’agit pas pour des has been de faire un come back. Le seul décalage prime ici. Saura-t-il combler notre désir de fiction ?
S.

Mon coming out télévisuel

Afin de prévenir tout acte de délation et pour définitivement faire autorité sur le sujet, j’avoue ma participation au jeu télévisé 100% Questions en des temps immémoriaux.

Aussi, les maîtres chanteurs de tout crin peuvent ranger les preuves à charge.

Je me tiens au milieu, derrière le coquetier ridicule, juchée sur deux cales aimablemement fournies par la production ! Il est vrai que je n’arrivais pas même au niveau du buzzeur. J’ajouterai que j’avais une série de pinces à linges dans le dos pour tenir ma robe trop large pour le cadreur.
Alors, vous trouvez la télévision toujours aussi glamour ?

Heureusement, j’ai tout de même gagné un dictionnaire !
S.

Soupe populaire

Notorious d’A. Hitchcock
Julie et Christophe du Loft 1

Retour sur le documentaire fort prometteur mais finalement bien décevant diffusé sur Planète cette semaine, intitulé “Candidats”, enquête sur les motivations des candidats, prêts à tout pour passer à la télévision.

Construit uniquement autour du recueil de témoignages, le film évacue la parole des spécialistes habituels, au profit des très déterminés participants. Cette béance se trouve aggravée par une absence criante de mise en scène (voire de mises en abîme) et de partis pris.
« Candidat », nouveau statut social ?

Sans ces anonymes, consommés par centaine chaque semaine, pas de divertissements à la télévision : ni talk show, ni jeux télévisés, ni télé réalité. Le destin d’un candidat se scelle au moment du casting, lieu largement investi par le documentaire. Au passage, un malentendu de taille est levé : le candidat sélectionné ne l’est pas sur la base du mérite personnel, mais bien parce qu’il correspond à un « profil » pré établi. Dès lors, le sentiment d’appartenance à une élite est des plus spécieux.

Le dénominateur commun à cette volonté de « surexposition médiatique » semble être le besoin de reconnaissance, le désir narcissique d’être connu, d’échapper à une vie ordinaire. Jusque là, rien de bien neuf.

Mais le témoignage de Christophe, gagnant désabusé du Loft 1, m’a vraiment donné matière à réflexion. Le voici, en deux mots : “je voulais essayer une situation où j’allais peut-être rencontrer une fille comme dans un film. Je suis fan de ciné et je rêvais d’une histoire d’amour comme au cinéma. Et finalement, je m’aperçois que je l’ai trouvé aujourd’hui”.

Les candidats mènent une « vie sans histoire ». Manque précisément à leur existence taciturne cette matière romanesque qui va leur être fournie par le dispositif télévisuel. Cette quête fictionnelle se couple avec une attitude néo-romantique. La représentation permet d’introduire un surcroît de romanesque dans une réalité dépourvue de logique narrative, d’enjeux dramatiques qui ne s’exercent que dans la représentation. Les candidats de la télé réalité seraient-ils frappés de bovarysme ? Ici, la fuite dans l’imaginaire, qui résulte d’un sentiment d’incomplétude, ne se cristallise plus au travers de l’objet livre, mais bien dans l’objet télévisuel.
S.