Cet obscur parfum du désir
A l’occasion de le rétrospective Michael Powell à La Rochelle et au Reflet Médicis à Paris en ce moment même, retour sur le sensuel Black Narcissus (1947).
Photogramme : Jean Simmons.
Rarement collaboration fut aussi fructueuse dans l’histoire du cinéma anglais que celle du cinéaste Michael Powell et du scénariste Emeric Pressburger. Fondant leur propre maison de production en 1943, The Archers, ils livrèrent une série de films, laquelle puise sa matière dans l’imaginaire et le fonds culturel britannique (A Canterbury Tale, I know where I am going, A Matter of Life and Death). En adaptant le roman Black Narcissus de Rumer Godden (également auteur de The River, transposé à l’écran par Renoir), Powell et Pressburger donnèrent toute la mesure de leur art.
En Inde, une communauté de religieuses est invitée à fonder une école et un dispensaire dans un palais, faisant office de harem par le passé. L’étrangeté et la sensualité du lieu, balayé par un vent incessant, auront raison des vocations.
Dès les plans liminaires, Powell semble jouer la carte de l’exotisme et du folklore, en accord avec une imagerie orientaliste. Mais très rapidement, il s’écarte de ces topoï pour y opposer une Inde minimaliste, dont ne subsiste que la palette bigarrée. En lieu et place des fastes traditionnels, des vestiges : un palais ouvert aux quatre vents, des fresques érotiques, une gardienne du temple semi démente.
Dans la longue scène d’exposition, Powell signifie son rejet des stéréotypes. Il évacue l’imagerie exotique pour privilégier un «dépouillement stylisé», posture artistique complexe, à l’image de l’oxymoron du titre. Aurores et crépuscules éclatent dans des bleus et ocres flamboyants, faisant du Narcisse Noir une oeuvre d’une grande perfection formelle (la photographie valut d’ailleurs à l’opérateur Jack Cardiff un oscar pour son travail).
Les scènes d’exposition portent d’emblée le sceau du fantastique : les voix et gémissements des courtisanes défuntes, suggérés par le vent, réactivent le théâtre des plaisirs passés. Le film oppose constamment sacré et païen, par le retour du corps réprouvé ou l’intrusion d’un élément perturbateur au sein du groupe (la belle indigène, le jeune prince au parfum entêtant).
Tourné essentiellement en studio et, pour les extérieurs, dans un jardin botanique du Surrey, Le Narcisse Noir, est paradoxalement, et selon les propos de Tavernier, “plus vraisemblable” que l’Inde elle-même, par la puissance de son récit, sa couleur exaltée, à mille coudées d’un exotisme toc.


Le 25/07/2005 à 16:24
En tapant solaris + narcisse noir sous Google, je tombe ici … mais sans le lien entre eux. Tant pis pour moi !
Mais, d’accord avec vous, splendeur de la lumière blanche dans ce film.
Le 25/07/2005 à 16:30
Là, vous m’intéressez. Quel lien cherchez-vous à établir ? J’ai une rubrique “regards croisés” qui tend à mettre en évidence ce type de correspondances.
Le 25/07/2005 à 17:42
n’y avait-il pas également dans Solaris : l’invasion du souvenir (la couleur, l’amour perdu) dans un monde “blanchi” (le vaisseau spatial) ?
Le 26/07/2005 à 14:29
Oui, c’est tout à fait juste. C’est un procédé auquel recourt souvent Tarkovski, du reste. Quant à Powell, il était assisté de l’un des plus grands chefs op : Jack Cardiff qui a aussi éclairé A Matter of Life and Death et la plupart des films produits par The Archers. Si vous ne l’avez pas vu, je vous le recommande.
Le film alterne le noir et blanc (le monde de l’immatériel) et un technicolor flamboyant (le monde réel). La fin voit le triomphe de la couleur et de la vie. Ca pourrait vous intéresser pour le sujet, ma foi passionnant, qui vous occupe !
Le 26/07/2005 à 17:55
A Matter of Life and Death est une merveille ! j’avoue avoir été moins sensible au contraste NB / couleurs dans ce film-là (trop visible ?) ; j’ai surtout aimé le jeu sur les passages entre monde “réel” et monde fabuleux (mis en abyme dans la scène avec la troupe de théâtre qui répète)
Le 15/07/2007 à 17:32
Film fascinant, ce jeune prince au parfum entêtant
le parfum est envoutant car les femmes sontdes parfums de star