Comme un torrent : Arthur Russell
Il avait Kurt Russell, Russell Crowe ou encore Russell Banks, il y a maintenant Arthur Russell. Son nom sort enfin de l’ombre à la faveur d’un documentaire remarquable de l’américain Matt Wolf et de la réédition récente d’une partie de son œuvre. Jusqu’à présent méconnu, ce compositeur, chanteur et violoncelliste d’avant-garde entre directement dans le mythe. Le film Wild Combination permet de prendre toute la mesure du génie de cet artiste iconoclaste, mort du sida en 1992.
Matt Wolf a réuni des images d’archives rares (live filmés dans le temple de l’underground The Kitchen) et rencontré les proches de Russell : ses parents, les membres de ses anciens groupes (Dinosaur L, Loose Joints), son compagnon. La démarche est déjà un commentaire de la musique d’Arthur Russell, faite de rencontres. Mélange composite de styles musicaux réputés inconciliables, ses partitions organiques sont irréductibles à toute forme de catégorisation. Russell était un expérimentateur qui avait pour ambition de faire de la musique populaire –celle qui fait transpirer sur le dance floor, le disco- et expérimentale (une ambient hypnotique). Sa ligne d’horizon ? Une forme de transe héritée de l’Afrique, son continent rêvé. L’homme, au visage crevassé par une acné sévère qui lui a laissé des cicatrices profondes, n’a vécu que pour sa musique. Avec l’inquiétude des damnés, il a revisité la soul, le funk, le folk et la pop et collaboré avec les plus grands : Philip Glass, Allen Ginsberg, David Byrne. Mais il n’était jamais satisfait. En quête perpétuelle de nouveaux sons, il s’est mis à enregistrer ceux qui l’environnaient. C’est après avoir fait l’acquisition d’un aquarium géant pour son appartement, que l’eau est venue irriguer son œuvre. Musique océanographique, dit-on hâtivement pour qualifier ce fondamental de sa création. Mais c’est ignorer ses balades folk à la Nick Drake ou les longues mélopées voix - violoncelle symbiotiques, sorties des soubassements. Wolf a retrouvé des images où l’on voit Russell jouer au bord d’étendues d’eau, l’endroit où il se ressourçait littéralement. Le musicien poursuivait rien moins que l’essence des courants musicaux, d’où son éternelle insatisfaction. Le titre éponyme du documentaire renvoie à un titre sur lequel il a travaillé pendant cinq ans sans relâche. “Wild combination”est un manifeste qui éclaire toute la démarche. Il clôt en toute logique et intelligemment le film. Cette “combinaison sauvage” (mais pas rageuse) définit à merveille le travail d’archéologie sonore de Russell. Sa musique est à l’image de son visage : toute en aspérités. Ce visage-là qu’on est pas prêt d’oublier grâce à Matt Wolf et son entreprise réussie d’incarnation d’un artiste et d’une musique essentiels.
Allez sur le site officiel du film là. Ecouter des titres sur myspace ici. et danser sur de Dinosaur L.


Le 11/03/2008 à 19:32
il sort quand le film en france?
Le 14/03/2008 à 00:24
Sheu,
Je n’en ai à vrai dire aucune idée, mais espère que l’opportunité sera donnée en France de le voir. Peut-être dans la continuité de la réédition par Soul Jazz des compositions de Russell ? Les archives sont tout simplement exceptionnelles et rares. C’est un beau film, très documenté qui aborde toutes les facettes de cet artiste inclassable. On lance une pétition auprès des chaînes de TV ou des distributeurs ?
Le 30/04/2008 à 23:00
Bel article. Il manque toutefois à votre liste de Russell le philosophe : Bertrand Russell.