Dans les limbes.
Détour par l’Iran, une des étapes de mon voyage en images. Des soldats iraniens partent au combat, à l’issue de leur entraînement militaire. Les voici dans le désert, blanchi par le froid et la glace. Stupeur : les militaires n’ont, pour la plupart, jamais vu la neige. Face à la dureté des éléments, trois d’entre eux désertent. Privés de repères, ils entament un voyage harassant, aux confins de l’absurde. Sur leur route, ils croisent une femme enceinte, abandonnée au milieu de nulle part par un passeur peu scrupuleux. Ils la recueillent.
A décrire ainsi l’intrigue, et pour qui a fréquenté un peu le cinéma iranien, on s’attend à un traitement très réaliste. Il n’en est rien. Le réalisateur Naghi Nemati livre dans An Seh (Those Three) un conte métaphysique, entre Le Désert des Tartares de Buzzati et Gerry de Gus Van Sant. Perdus dans des étendues virginales, les soldats vont au devant de leur destinée. Nemati fait de l‘espace indéfini, où les certitudes vacillent, une métaphore de la guerre. Où l’indifférencié va de paire avec la cécité et l’incompréhension de soldats envoyés à une fin certaine. Les plans vides alternent qu’habitent seulement les silhouettes sombres et très graphiques de héros, en pleine déréliction. Seul repère tangible, un arbre se découpe dans l’immensité neigeuse. Croyant avancer, les soldats y reviennent obstinément.
Nemati compose ses cadres avec application, jouant sur le décadrages et les différentes valeurs de plan. Par moments, la texture des images se rapproche du dessin. Avec une économie d’effets et de moyens, Nemati livre un film étonnant, proche de l’expérience plastique, aux antipodes des habituelles productions iraniennes.


Le 19/11/2007 à 18:56
il y a un peu plus de monde dans mon wagon SNCF…
Le 20/11/2007 à 10:05
Limbes arctiques !
Le 20/11/2007 à 10:36
Hé bien non, ca se passe en Iran !