Désirs hybrides


Les joies du sillicone, de la poupée gonflable à la poitrine généreuse d’un homme “transgenre”. Le désir s’affranchit de la norme dans Nip/Tuck.

L’alliance entre le cinéma et la télévision a définitivement été scellée hier soir à l’occasion de la diffusion des deux derniers épisodes de Nip/Tuck. Aux corps hybrides (un homme subit une mammoplastie pour éprouver les sensations de sa femme) répond une forme télévisuelle composite. La série est traversée de bout en bout par une sorte d’inconscient cinématographique, vivifiante saillie mnésique, greffe “qui prend” sur le corps d’un medium encore jeune, pour opérer une troublante mutation.
Nip/Tuck, série des corps, se réfère, jusque dans ses errements esthétiques et narratifs, à Dead Ringers (Faux Semblants) de David Cronenberg. Le couple indivisé, formé par les deux chirurgiens esthétiques, évoque les jumeaux gynécologues de Cronenberg. Les épisodes d’hier, parcourus par une thématisation visuelle de la séparation (qui trouve son pendant négatif avec les siamoises), mettent en scène ce désir hybride : se fondre dans le corps de l’autre, en goûter tous les possibles.
Symboliquement, Sean et Christian consomment une homosexualité latente depuis le début de la série. Ils se partagent les mêmes femmes, de la prostituée à l’épouse légitime, adoptent le gestus propre à l’autre, se livrent un duel sensuel sans limites. Les jumeaux de Dead Ringers se partagent eux aussi leurs conquêtes, mais leur rêve de fusion physique et érotique finit par se circonscrire au territoire exclusif de leurs corps.
L’épouse adultère jetée à la rue, rien n’entrave le couple de chirurgiens. «Pour qu’il y ait passion, il faut que l’union soit brutale, que l’un des corps soit très avide de ce dont il est privé et que l’autre possède en très grande quantité» disait Boris Vian dans L’Herbe Rouge, assertion qui décrit à merveille la tension sexuelle entre les deux héros de Nip/Tuck.
La série, en dehors de rares bouffées puritaines, se situe bien au-delà des conventions. On peut lui reprocher tout de même de manquer de finesse par endroits, en usant d’un symbolisme grossier. La musique, toujours en adéquation avec la situation, introduit une distanciation ironique. On ne peut pas en dire autant des images, parfois redondantes. Mais foin d’esprit chagrin ! Nip/Tuck est une grande série immorale et rien que pour cela, il y a matière à se réjouir.

17 réponses pour “Désirs hybrides”

  1. benj dit :

    d’un post à l’autre (http://theresnoplacelikeplrtzglrb.blogs.com/main/2004/12/niptuck_body_do.html#comments), je vois que les références ciné fusent en ce qui concernent une des plus belles séries de l’année 2004. “Puritaine” cette série? à cause de la censure peut-être (jamais un sein, jamais un sexe)? le souci est qu’on n’est pas sur une chaîne comme HBO où les contraintes ne sont absolument pas les mêmes : sur FX c’est la pub qui paye, sur HBO directement les abonnés…
    “Redondante” dans ses images et “grossière” dans son symbolisme? Pour ma part je dirais plus : obsessionnelle et comme toute bonne série, la série répète indéfiniment un thème tout en varitations. Et il faut bien avouer -hier j’ai vu les deux derniers épisodes de la saison-qu’en 29 épisodes, que la saison 3 risque de trouver un ton effrayament différent.

  2. benj dit :

    un article déroutant sur nip/tuck extrait du site du “parent council” où l’on raconte comment l’on a interdit la diffusion de Nip/Tuck dans certaines prisons américaines (c’était aussi un peu pour m’excuser des coquilles du commentaire précédent, ça serait dommage de tâcher un aussi joli blog!) : http://www.parentstv.org/ptc/news/2004/niptuck_ap.htm

  3. sandrine dit :

    Benjamin,
    Je maintiens cette histoire de “redondance”, au mieux de “thématisation visuelle”, induisant un symbolisme plus qu’appuyé par moments. Le comble a été atteint la semaine dernière avec la patiente portant les stigmates du Christ, pour un épisode consacré à la révélation et à la foi ! (sic)
    Là, les héros envisagent un divorce professionnel et…. doivent opérer des siamoises ! L’une d’entre elles ne survit pas à l’opération. La morale de cette histoire…. C’est un peu poussé, non ? Mais malgré tout, la série est sauvée par son caractère transgressif.

  4. benj dit :

    j’ai eu très peur que l’épisode sur la foi ne transforme la série en ersatz confondant de touched by an angel (ou pour les plus grabataires d’entre nous : les routes du paradis). La relation médecins / patients, bref l’entremêlement de la double intrigue peut sembler il est vrai un peu poussé, moins subtile que dans 6 feet par exemple, mais tout ici est tellement irréel, tout est histoire d’amputation et de prothèses, de perfection, que le jusqu au-boutisme symétrique devient même une condition formelle nécessaire pour mieux révéler la schizophrénie borderline de tout cet univers.

  5. sk†ns dit :

    [Je ne sais pas si c’est fait exprès, mais j’aime beaucoup la dénomination de ta catégorie « pas de catégorie ».]

  6. sandrine dit :

    Oui, c’est fait exprès. Rien n’est laissé au hasard chez Contrechamp…

  7. .Moland.Fengkov. dit :

    Le photogramme de droite fait également penser au Festin Nu, avec Roy Sheider…

  8. oj dit :

    S., c’est un beau bilet mais je te remercie de prévenir en cas de spoilers, je n’ai pas encore vu les épisodes d’hier…

  9. sandrine dit :

    Oups ! Mille excuses, OJ. Je regarde moi aussi les épisodes “en différé”…mais de quelques heures.
    Moland,
    Une épiphanie ! Effectivement, Roy Scheider dévoile une poitrine “sous-cutanée” dans Le Festin Nu que je vais m’empresseer de revoir. Un prochain “regard croisé” sans doute.

  10. Magnificent7 dit :

    Chuis d’accord avec la dame, le parallélisme entre le duo et les siamoises etait un peu lourdingue. Mais ne boudons pas notre plaisir, cette série est de haute volée.

    PS : Je vous conseille (dans un tout autre genre) la série OZ, qui conte parmi ces acteurs le monsieur avec la paire de seins (accessoirement Jonah Jameson dans Spiderman).

  11. .Moland.Fengkov. dit :

    Tout à fait, M7… J’avais reconnu le truculent rédac chef de Spiderman, mais effectivement, je n’avais pas fait le rapprochement avec Oz, où il campe, si je ne m’abuse, un nazillon…

  12. *Magnificent7 dit :

    Effectivement, vous ne vous abusates pas, c’est bien le chef des “aryens”, plus ubber nazi que nazillon d’ailleurs

  13. Curtis dit :

    Il me semble que le jeu de miroirs entre les deux chirurgiens et les patients qu’ils traitent tient lieu de procédé formel et récurrent, de gimmick (reflet de cet autre gimmick “Qu’est-ce qui ne vous plait pas chez vous ?”), dont la charge signifiante change au gré des épisodes.
    Il ne s’agit en fin de compte que d’un substrat narratif sur lequel se déploie la vraie problématique de Nip/Tuck : le mensonge.

    C’est sur ce thème que la série propose un discours ambiguë qui amène le spectateur à se poser des questions sur ses propres notions de “Bien” et de “Mal”.

  14. Kirsly dit :

    Je suis fan de Nip/tuck et j’ai acheté le DVD… Dans les bonus, Ryan Murphy explique quels ont été les principaux filons qu’il a employés, notamment sur la “superficialité” traitée en profondeur. Selon lui, la saison raconte l’histoire d’amour entre deux hommes hétérosexuels, et il a été souvent remarqué je crois que depuis le début de la série, les deux héros ont progressé de manière différente mais pour se rejoindre : Christian s’est humanisé, responsabilisé, il a commencé à oublier son égoïsme, alors que Sean est sorti de son cocon familial, une sorte de transmutation s’est effectuée entre eux… A présent, la fusion est réelle avec les partages que tu évoquais. D’ailleurs, Sean ne déclare-t-il pas dès le pilote (désolée, je vous le donne en anglais) : “For years now I’ve been consumed with transforming other people, starting today, I’m transforming myself”.. ?

  15. Kirsly dit :

    Je suis fan de Nip/tuck et j’ai acheté le DVD… Dans les bonus, Ryan Murphy explique quels ont été les principaux filons qu’il a employés, notamment sur la “superficialité” traitée en profondeur. Selon lui, la saison raconte l’histoire d’amour entre deux hommes hétérosexuels, et il a été souvent remarqué je crois que depuis le début de la série, les deux héros ont progressé de manière différente mais pour se rejoindre : Christian s’est humanisé, responsabilisé, il a commencé à oublier son égoïsme, alors que Sean est sorti de son cocon familial, une sorte de transmutation s’est effectuée entre eux… A présent, la fusion est réelle avec les partages que tu évoquais. D’ailleurs, Sean ne déclare-t-il pas dès le pilote (désolée, je vous le donne en anglais) : “For years now I’ve been consumed with transforming other people, starting today, I’m transforming myself”.. ?

  16. pascal dit :

    Bonjour,
    je rechreche l’interprete de la chanson qui passe dans l’épisode “relations troubles” quand natasha est dans la voiture de christian pendant que les roue sont volées

    Merci

  17. pascal dit :

    Bonjour,
    je rechreche l’interprete de la chanson qui passe dans l’épisode “relations troubles” quand natasha est dans la voiture de christian pendant que les roue sont volées

    Merci

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