Entre deux rives
De haut en bas, Aguirre, la Colère de Dieu (1972) de Werner Herzog et Apocalypse Now (1979) de FF Coppola.
Descente du fleuve Amazone, remontée de la rivière Nong. Des missionnaires partent à la recherche de l’El Dorado, des soldats américains traquent le monstrueux Colonel Kurtz. Au centre, l’eau comme principe de finitude et de dégénérescence. Ecoulement de l’eau, écoulement des formes : la fiction étale se déploie qui mène à l’aliénation. Le chimérique El Dorado se superpose aux Enfers mythologiques, le Vietnam encore, par assimilation.
L’instinct fait retour dans les deux films, véritables contes de folie et de mort. Dans les deux cas de figure, la civilisation vacille sur son socle précaire. Sous prétexte d’évangélisation, les conquistadors massacrent les autochtones. Même principe dans Apocalypse Now, au nom de l’idéologie dominante.
Dès lors, les deux films, à leur manière épurée ou pléthorique, reposent sur un principe de dénaturation, favorisé par le décor. Le refoulé l’emporte sur le civilisé et passe par la tentative d’altération même du paysage (Kilgore, dans Apocalypse Now, ordonne qu’on incendie la brousse pour qu’il puisse respirer un peu). La mégalomanie se heurte à la supériorité d’une nature résolument hostile et qui met en échec toute velléité de domination.
Les héros incarnés par Kinski et Sheen ne doivent leur survie qu’à un lent processus de régression. En somme, par mimétisme, ils deviennent ce qu’ils entendent combattre.
Le corps prend acte de cette perversion. Dans Aguirre, la gestuelle de Kinski est extraordinaire, sorte de monstre dégingandé, mi-homme, mi-bête. Il en va de même pour Sheen, lequel émerge précisément de l’eau pour assassiner Kurtz, rampe et se meut telle la bête que lui, le chasseur, doit exterminer.
Le fleuve et le corps sont liés symboliquement. Entrer dans le fleuve, c’est s’immerger dans un corps. « Le corps possède une existence précaire, il s’écoule comme l’eau, et chaque âme possède son corps particulier, cette part éphémère de son existence, son fleuve ».
PS : Apocalypse Now Redux est diffusé à la Villette, ce jeudi 18 août, à la nuit tombée, dans le cadre du cinéma en plein air. J’y serai !



Le 8/08/2005 à 12:29
tu passes de bonnes vacances, sandrine?
sûre?
lh.
Le 8/08/2005 à 14:49
Après la baignoire
Après la plage
Les rives incertaines de l’oubli…
Le 8/08/2005 à 15:35
… ou de la mémoire
lh.
Le 8/08/2005 à 16:27
Je pensais plutôt l’oubli car les deux “héros” de ces films ont remonté un fleuve pour se perdre.
Ce sont d’ailleurs deux solitaires oubliés du monde…
Mais peut-être que j’anticipe sur le texte à venir…
Aah ces lecteurs qui vont plus vite que la musique…
Le 8/08/2005 à 17:04
Oui, c’est bien de cela dont il s’agit Phil…en gros !
lo,
J’entame vraiment les vacances aujourd’hui. Il est vrai que leur début a été pour le moins incertain !
Le 9/08/2005 à 13:10
L’appel de la jeunesse sonore au Fort de Saint-Père… :-)
Le 13/08/2005 à 01:24
Entre deux rives… voilà où je me trouve.
Le 17/08/2005 à 01:27
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3476,36-680459@51-629232,0.html
Le 18/08/2005 à 13:19
Mlle Contrechamp, je vous rappelle que vous êtes sous contrat avec nous : aussi vous êtes priée de ne pas prolonger plus longtemps vos vacances de sorte que ce blog ne reste pas lettre morte…
Le 18/08/2005 à 13:23
Mais il fait si beau dehors…. Ok, ok. C’est bien parce que j’ai des factures à payer. Je boucle la note dans l’heure, Boss !
Le 20/08/2005 à 23:51
Myazs,
Merci pour le lien, même s’il est sans rapport aucun avec le sujet de ce billet. Pourriez-vous y veiller un peu la prochaine fois ? :-)
The Island est un film tout simplement épouvantable ! Le plan marketting l’emporte sur le plan lui-même !