Et alors, à la fin ?
(Elle et lui, à l’Etrange Festival).
- Je suis sortie de la projection au bout d’une heure. Et toi ?
- Je suis resté dans la salle.
- Et alors, à la fin ?
- Ca se termine !
- Encore heureux ! Mais comment ? (elle rit).
- Pourquoi ris-tu ? Je suis sérieux.
Ce n’est pas si évident pour un film de se terminer !
- Lorsqu’on raconte une histoire, on la fait avancer jusqu’au dénouement. Le récit s’accomplit dans sa conclusion.
- Pas toujours. Il y a des films qui ne se terminent jamais. On a l’impression qu’ils sont à recommencer ou se recommencent éternellement.
- Oh ! les fameuses « fins ouvertes » ?
- Je ne pensais pas à cela en particulier. Mais plus à ces fictions dont on se dit que chaque image « a son histoire à elle ». Films où les réalisateurs explorent l’histoire de ces images, lesquelles ne sont que le début de toute une série de récits.
- Des cinéastes archéologues ?
- D’une certaine manière. Des conteurs plutôt.
- Tu penses à quel réalisateur ?
- A Kiarostami, notamment.
- Cette idée de « film qui ne s’achève pas » a aussi à voir avec le secret. Chez Kiarostami, on est comme ses jeunes héros : des chercheurs de secrets.
- Oui, mais une fois que les héros ont découvert ces secrets, ils les gardent pour eux. Nous, nous devons continuer à chercher….


Le 18/09/2005 à 20:10
ça va encore causer ?
Le 18/09/2005 à 20:26
Oui, m’sieur ! Si mon hébergeur m’autorise à le faire car les bug s’enchaïnent et je n’arrive pas à poster ma note.
Et chez, toi ? Ca va bientôt s’écrire ce livre ? :-)
Le 18/09/2005 à 20:29
J’aime bien cette rubrique “conversations secrètes”, même si l’ombre skoreckienne plane sur l’entreprise. C’est un truc de fainéant (ça se fait très vite) qui permet de dire, mine de rien, des choses un peu originales ‘du moins, je m’y efforce) sur le cinéma. Mais peut-être ne partages-tu pas ce point de vue ? J’aimerai bien avoir tes vues là-dessus, recevoir tes critiques.
Le 19/09/2005 à 13:43
J’aime bien encore que chez Skorecki on ne sache pas toujours qui parle.
La critique que l’on pourrait faire c’est qu’au fond c’est toujours la même personne qui parle et qu’il n’y a pas de personage.
Le 19/09/2005 à 14:42
Oui, c’est juste ce que tu dis. C’est-à-dire qu’il manque un côté romanesque à l’ensemble, n’est-ce pas ? C’est un peu sec sans doute. En même temps, je lis peu Skorecki et ne connais pas son “oeuvre” sur le bout des doigts. Mais la forme m’intéresse.
Le 21/09/2005 à 16:30
Je m’intercale sur la pointe des pieds, j’ai beaucoup de mal avec Skorecki. Avec ce qu’il dit et avec sa forme. j’ai l’impression que les films dont il parle ne sont là que pour justifier cette forme, que c’est elle, son humour presque toujours provocateur, qui sont mis en avant. Je préfère l’idée que vous avez reprise il y peu, celle d’accompagner le film, de parler avec les images. Pas de s’en servir pour faire le malin.
Ceci dit, vous, c’était bien. L’idéal serait peut être d’avoir une véritable conversation à deux et d’en tirer un article unique. Il y aurait une véritable confrontation et ce serait sans doute plus difficile à faire.
J’ai cette adresse avec plein de textes de Skorecki, si vous ne la connaissiez pas :
http://www.20six.fr/zohiloff/archive/2005/05/
Le 21/09/2005 à 23:34
Héhéhé, merci pour le lien. Je connais, en effet ! :-)
Héritier de Daney, en plus flemmard, ce Skorecki ! On aime ou pas (là, il y a vraiment 2 écoles). Je ne parlerais pas de “provocation” mais plutôt de “désinvolture”. On peut s’offusquer. Mais le cinéma, tout cela, ça n’a aucune importance, n’est-ce pas ?
Parler avec les images …. et chercher le secret. Inlassablement.
Le 23/09/2005 à 12:44
J’aime bien aussi l’idée de ces « conversations secrètes » et cette forme dialoguée et « semi-fictionnelle ».
Je n’aurais pas dit que c’est un truc de fainéant mais en revanche que c’est peut-être plus facile qu’un texte analytique en ce sens où, sous couvert de fiction, on peut dire (ou faire dire aux personnages si on ne garde pas le « je » mais c’est pareil) des choses sans forcement les argumenter rationnellement, on peut pousser des idées « plus loin » alors que dans une forme non-fictionnelle on s’arrêterait au stade du raisonnable/démontrable, autrement dit on peut un peu délirer alors que l’analyse doit se montrer rigoureuse. C’est là que réside l’intérêt de l’entreprise pour moi (exprimer des intuitions même si on n’est pas sûr ou si on ne sait pas en démontrer la justesse donc une forme d’expérimentation en fait) ; l’autre intérêt étant peut-être de mélanger idées/théorie et vécu.
Et j’en viens à ce qui me semble moins bien dans certaines « conversations secrètes » (mais pas toutes) : c’est que vos personnages s’expriment comme dans vos textes d’analyse. Bon je sais que c’est très subjectif. C’est aussi banal de dire qu’on ne s’exprime pas à l’oral comme à l’écrit (c’est aussi une question de milieux, de circonstances, de personnalités…). Je ne veux pas dire non plus qu’à l’oral on parlerait forcement « plus mal » mais peut-être d’une façon plus vive. Par exemple on a tous des tics de langage, des trucs sur lesquels on aime revenir, on peut aussi chercher ses mots, être approximatif parfois alors qu’à l’écrit on corrige tout çà …. je trouve vos personnages trop littéraires dans leur expression (c’est aussi affaire de goûts et d’autres penseront différemment).
(Vous-même, si vous aviez eu cette conversation à l’Etrange Festival, avec Moland par ex, çà se serait passé comme çà ? …)
Le 26/09/2005 à 14:40
Désolée, Lilith, je réponds un peu tard à votre intéressant commentaire.
C’est rigolo que vous mentionnez Moland à l’Etrange Festival, car c’est bien avec lui que j’ai eu cette conversation (le début est en tout point fidèle).
Donc, voilà un point éclairci : ces “conversations secrètes” sont un mélange de théorie/fiction/vécu, et ce, à chaque fois.
Trop littéraire ? Oui, je m’en rends compte. Mais j’aime bien la distance que ça induit, comme dans ces films que l’on dit trop écrits.