Get to know your rabbit

Aller vite, toujours plus vite. Abolir l’horizontalité et la verticalité. Explorer, corps funambules, toutes les possibilités du cadre, sans pour autant perdre la lisibilité, telle est la gageure de l’impressionnant MI3, lequel puise sa matrice esthétique et son efficacité narrative dans la télévision, n’en déplaise à ses plus farouches détracteurs.
Impossible mission spectatorielle, en effet, que de ne pas aimer Alias (ou 24) et ce qui apparaît assurément comme son adaptation à l’écran. L’air de rien, JJ Abrams livre la meilleure transposition à ce jour d’un produit sériel au cinéma.
Posture en vogue mais dont les résultats, proches de zéro, n’ont pas su convaincre jusqu’à maintenant. De Starsky et Hutch à Shérif, fais-moi peur et j’en passe. Sombres navets dépossédés de leur substantifique moelle. Autrement dit, de leur sérialité envisagée sous l’angle d’un bonheur évident : l’enchaînement limpide de séquences. Mais encore sérialité, au regard des invariants fictionnels : personnages ou dispositif récurrent auxquels s’identifie le spectateur, lequel prête allégeance à un récit souverain, sans cesse reconduit. La série est à la fois un objet précaire (remettre toujours sur le métier le récit) qui tire sa force de son intangibilité fragile.
Dans MI3, on retrouve les archétypes de la série Alias. Citations transparentes, correspondances figurales (le scientifique doux dingue qui renaît sous les traits d’un informaticien flippé, apparition à l’image d’un acteur de la série), thème immuable de la duplicité et voltes-faces échevelés. Abrams a su tirer le meilleur parti des enseignements télévisuels, pour enrichir la proposition avec les moyens du cinéma.
L’extrême lisibilité de MI3, motivé par sa seule spectacularité (et l’immanquable fascination qui en découle), frappe d’autant plus que le film s’inscrit dans une surenchère actionnelle. Là, où un Michael Bay se vautrait dans The Island, en démultipliant les angles jusqu’à la saturation – le film se révélant, au final, assez passionnant, dans son brouillage même – Abrams parvient à faire cohabiter pas moins de trois actions conjointes dans le plan, tout en gardant le cap de sa mise en scène.
Hybridation de la production télévisuelle et cinématographique : MI3 est un film mutant, au même titre que Tom Cruise/Ethan Hunt, lequel n’a jamais été aussi féminin que dans ce long métrage où il se rêve en Sydney Bristow.

Post scriptum : je vais commencer le visionnage de la série Masters of Horror, réalisée par de grands noms de cinéma (Dante, Carpenter, Argento, Miike etc..), illustration supplémentaire des noces célébrées maintenant en grandes pompes entre cinéma et télévision.

 

25 réponses pour “Get to know your rabbit”

  1. NYCG dit :

    Coool!!! Je svais pas qu’il suffisait de demander! Tu le sais que c’est dangeureux de ceder a mes caprices???
    Quel dileme les 6 paires de shoes!
    Take them all meme si tu es chargee comme une bourrique & tu vis le pire cauchemar pour prendre le train en surpoids. Hors de questions de mettre plus de deux fois la meme paires de Beautifull Heels :.)
    Good Luck for Cannes & les pretty Boys!!!

  2. seby dit :

    J’ai eu très peur dès la scène de l’enterrement avec le flash-back d’Ethan sous ces lunettes de soleil, mais après… MissionPasPossible 3 devient le film le plus réjouissant de l’année, brouillon mais décapant (même si je reste fidèle au chef d’œuvre de Depalma). Abrams est précis, mais je n’ai pas accroché au coté famille/vie personnel d’Ethan qui fait justement le succès de ses séries. 2H sont elles suffisantes pour exploiter, scruter, développer des personnages aussi complexes qu’Alias ?

  3. Docteur No dit :

    Dans Masters of Horror, le Dante est excellent, le Carpenter bien, le Lucky McKee pas mal. Le reste est pas terrible, voire mauvais (Argento).

  4. Tlön dit :

    Je crains chère Sandrine que tu ne pousses la position “auteuriste” un peu loin. Quelques clins d’oeil ne suffisent pas à faire un film.
    Ce film est un échec total (dans le désordre)
    -Scénario inexistant. Il est bien beau de reprendre le thème du Mac Guffin mais faut-il qu’il y est quelquechose autour
    Aucune des scènes de fonctionne, on se doute assez rapidement de qui est le méchant, le rapport entre le “domestique ” et le “professionel ne marche pas non plus…Personnages nuls
    Une mise en scène également inexistante. Je ne sais ou tu vois une lisibilité la dedans…Le cinema d’action est un art de la tactique ce qui présuppose de connaitre la position des forces en présence, ici tout est confusion.
    Les scènes domestiques sont particulièrement nunuches. Cruise est particulièrement mauvais
    En fait il n’y a strictement rien à dire sur ce film !!
    Je crois que la fausse bonne idée est d’avoir donné à Abrams la réalisation d’un tel projet. J’ai essayé dans ma petite note sur Alias de faire ressortir les deux axes sur lesquels cette série était batie.
    http://ruinescirculaires.free.fr/index.php?2006/05/03/230-chiche#co
    Or le deuxième axe, tel que le traite Abrams, (celui de l’identitée) présuppose une durée (une familiarité à instaurer qui devra être trahie) qui n’est pas celle du film; raisons pour lesquelles les scènes de “retournement” ne fonctionne pas. Ne reste alors que les explosions.C’est peu.

  5. Sébastien dit :

    Tlön, il me semble que tu sois singulièrement passé à côté du film.

    Abrams, comme dans “Alias”, ne sépare pas le “domestique” et le “professionnel” : où le professionnel devient justement domestique. Il y a un côté journée de travail bien remplie pour chaque mission, d’où une drôle de temporalité, mélange surprenant de vitesse et de surplace, une manière de timing très serré qui permet parfois à Hunt de rentrer chez lui le soir, où l’aspect “vie privée”, assez faible au début car déconnecté du reste, vient pourtant peu à peu contaminer l’aspect “film d’action”. Ceci bien sûr au bénéfice du genre lui-même, comme alourdi d’une certaine trivialité, au-delà du seul spectaculaire. L’action se trouve déconnectée de tout enjeu réel (sinon personnel encore que le film ne s’appesantit jamais là-dessus, préférant montrer les effets plutôt que les causes), et centrée sur la seule pantomime du personnage.

    Mise en scène il y a évidemment : héritée de la télévision, elle accentue le poids des corps et scrute abondamment les visages, cadre au plus près les peaux, les regards. De fait, pas de confusion ici, mais une attention portée à chaque geste, qui reste à la surface de toute chose (visages, immeubles, motivations réelles des personnages).

    De scénario il n’y a pas réellement : là encore au bénéfice du genre qui y trouve une frontalité supplémentaire. Il ne s’agit rien d’autre que la description d’un “monde du travail” un peu particulier (il s’agit d’espions), mais montré comme n’importe quel autre travail, sans jamais en référer à un quelconque background romanesque, lequel était il est vrai très présent dans “Alias” (via Rambaldi notamment).

    Méchant génial : comme Hunt, Damian (P.Seymour Hoffman) travaille, fait son métier, de l’autre côté, et tourne le dos se faisant à tous les clichés inhérent au genre. De fait, il parle peu, agit vite et fait preuve, au fond, du même savoir-faire que Hunt. On sait juste qu’il est très méchant, qu’il n’a aucune pitié, qu’il se fout comme d’une guigne d’être “classe” ou non, et surtout (cela est très précieux), ne fait valoir aucune idéologie, aucune mégalomanie de rigueur.

    Drôle de film en vérité qui ne manquera pas d’en déconcerter (sinon d’en décevoir) plus d’un. Au reste, l’aspect déceptif du film est bien présent, qui joue effectivement sur la seule surface de ce qu’il montre, se garde bien d’en référer à une profondeur quelconque. De là un film d’action réduit à son essence même, un très grand film qui en impose par sa modestie.

  6. George Kaplan dit :

    Il y a deux manières de voir ce film :

    - soit sous l’angle “critique qui doit à tout prix trouver de l’Auteur dans tout ce qu’il voit” (à défaut de savoir prendre de la hauteur - vous excuserez le mauvais jeu de mots). Alors, en effet, on peut arriver à faire passer une grosse machine sans âme ni enjeux - autres qu’économiques - pour une oeuvre d’art conceptuelle. En cherchant bien. Et au prix de quelques pirouettes rhétoriques qui sentent un peu la sueur, sauf votre respect, Sandrine et Sébastien.

    - soit sous l’angle, plus terre à terre j’en conviens, qui consiste à prendre l’objet tel qu’il est, sans se perdre dans des considérations finalement sans grande importance comme celle de sa filiation réelle ou imaginaire avec tel film ou telle série télévisée. Et alors, à part des explosions, une vision de la géopolitique contemporaine indigne d’un élève quadruplant son CM1, d’autres explosions, des intermèdes “sentimentaux” qui semblent tirés d’une sitcom texane des années 80, quelques explosions supplémentaires et cent cinquante millions de dollars passés en matériel militaire et en cachets démentiels, on ne voit, en effet, rien derrière les apparences. Que de la pyrotechnie. Que du spectacle, qui tourne à vide. On peut trouver ça “fascinant”. Ou juste effrayant.

    Etant sorti moins enthousiasmé, on l’aura compris, qu’épuisé par ce produit aussi ultraconformiste que décérébré et abrutissant, j’ai choisi le second angle. Mais ça ne m’empêche pas d’admirer les prouesses argumentatives de ceux qui parviennent à extraire mille richesses du pur néant, ou à percevoir de l’humanité derrière le visage vide de l’acteur Cruise. Car pour moi, c’est mission impossible.

  7. Tlön dit :

    “De là un film d’action réduit à son essence même, un très grand film qui en impose par sa modestie.”

    En poussant le raisonnement, le film est génial parcequ’il est nul. Goût du paradoxe quand tu nous tiens !
    Il ne sagit pas pour moi de m’en référer à je ne sais quel profondeur mais de me réferer à ce vieux concept qu’est la mise en scène.
    Prenons l’exemple des combat dans La Mémoire dans la peau (j’y pense suite à la note de Slothorp) on à faire avec une vision de l’espace et à une reflexion quant à son rendu, je tiens à cette idée du film d’action comme film sur une tactique (je pense aussi dans un genre différent au Baron rouge de Corman). Ici rien. La scène sur l’immeuble à Shangaï est symptomatique. On y comprend rien !
    Paradoxalement le “moins” de moyen utilisé en TV rend ces scènes plus “lisibles” à la télé.
    Bref, le fait même de l’absence de “profondeur” des personnages exigeait une rigueur - malheureusemnt absente ici - dans la mise en scène. Ne reste que les explosions…

  8. Tlön dit :

    Mon réponse à croisé celle de “”On demande Monsieur Kaplan”‘

  9. Sébastien dit :

    Tlön, tu fais de la mise en scène une affaire d’espace : j’entends bien mais pourquoi en faire à tout prix une affaire de profondeur (de champ, c’est de cela qu’il s’agissait surtout : au sens où pour qu’il y ait mise en scène il faudrait nécessairement qu’il y ait de l’espace “autour” du corps filmé), alors qu’ici l’espace est rendu à la seule surface ? J’y vois, moi, une réelle nouveauté dans la manière d’appréhender le genre.

  10. jean-sébastien dit :

    personnellement je suis plutôt de l’avis de Tlön…plutôt pas un mauvais film, pas honteux en tout cas, mais effectivement bien moins passionnant que plusieurs épisodes d’Alias, une absence totale de cruauté qui faisait la force de la série justement…tout ce qui faisait le sel d’Alias, c’était justement son côté cornelien, par exemple l’attachement contradictoire de Sydney à Arvin Sloane…ici, les personnages de traitre, ceux qui retournent leur figures en cours de film sont des personnages inexistants, sans grande envergure (du coup, qu’est-ce qu’on en a à foutre de ce retournement? strictement rien car il n’est pas investi, c’est juste de la mécanique de scénario, rien de plus…

    sur le parasitage quotidien/action, certes Sébastien, mais Alias a fait ça en mille fois mieux, ici c’est un coup d’épé dans l’eau…mieux vaut voir la saison 5 (ou les autres) de 24, c’est infiniment plus intéressant…

    Abrams par ailleurs n’a pas compris qu’un film ça se termine, contrairement à une série…de fait le film se termine comme un épisode de série, ce qui en soi pourrait être intéressant (si par exemple il y avait un cliffhanger…c’aurait été culotté), ici c’est juste une fin niaise d’un épisode dont on savait que le même modèle dans la série pouvait se retourner comme un gant dans l’épisode suivant…

    je crois que ce télescopage télé/cinéma, d’un point de vue narratif est complètement raté au contraire, absolument iomproductif, il ne produit rien d’autre que de la tautologie (tiens, ça c’est de la série, tiens, tel autre truc c’est du cinéma…mais le frottement n’est jamais dialectisé…)

    et puis il y a autre chose, qui concerne directement le cinéma : c’est plutôt d’honnête facture (parler de chef d’oeuvre me semble complètement disproportionné sinon délirant), mais c’est frappant combien aucune image forte ne nous reviens en tête, le film quelques heures après, m’a fait l’effet d’un magma duquel aucune séquence, aucune image (fut-ce une image de quelques secondes) n’émerge…si je tente de me rappeler le De Palma par exemple, sans même parler de scènes, ce sont des images qui me reviennent, par exemple Tom Cruise suspendu dans cette chambre forte blanche…le cinéma hollywoodien produit du mythe, et ce mythe ce sont les images, pas le scénario…je me souviens de Titanic et je repense immédiatement à cette femme qui flotte dans l’eau (à peine quelques secondes dans le film), ces assiètes qui sortent de leur case et se fracasse alors que le paquebot s erenverse…des images minoritaires dans le film, mais qui sont le signe d’un auteur, de quelqu’un qui dépasse son simple sujet (un film catastrophe) pour y sertir des “visions”…quelles visions fortes est-ce que je retiens du film de JJ Abrams? Aucune, il n’y a rien, le film, d’un point de vue formel, est totalement dénué d’inconscient…et l’image que tu as choisie pour illustrer ton article Sandrine est symptomatique de ce manque : image assez belle, c’est vrai, mais totalement impersonnelle, passe partout, elle pourrait appartenir à n’importe quel film hollywoodien de ces cinq dernières années…

    c’est d’autant plus paradoxal que Alias ou Lost sont des séries dotées d’une identité visuelle forte, sans pour autant qu’on puisse parler de mise en scène (en tout cas pas dans Alias)…

  11. jean-sébastien dit :

    la seule séquence du film que je retiens, qui m’a un peu marqué, c’est la séquence qui ouvre le film, ce prologue pour le coup assez télévisuel, c’est très fort, très beau…après ce n’est que de la convention molle…

  12. Tlön dit :

    Ok avec JS.
    En d’autres termes : pas une idée de cinéma !
    Pour ma part la seule chosee que j’ai retenu, c’est juste ce moment où, au cours d’une fusillade, Cruise prend la fille par la hanche, se retourne avec elle dans un mouvement de valse pour flinguer un ennemie. Présence des deux corps, bref instant d’incarnation.
    Le cinéma a besoin de présence.

  13. N.O. dit :

    Effectivement, le film est navrant, une longue bande-annonce d’Alias si on veut. Et justement, JJ Abrams n’a absolument pas su jouer sur la différence de temporalité ou de rythme propre au cinéma, il s’est contenté d’y plaquer la logique narrative d’un épisode, une scène d’exposition (sans grand suspens - on voit vite qui tire les ficelle -, sans incarnation - le couple Hunt est transparent, Cruise ayant rarement joué aussi mal (sur deux expressions)) suivie d’une explosion, etc..

    Sinon, habituelle répétition des gimmicks du genre (saut dans le vide, masques, poursuites).

    La série télévisée a gagner ses galons de respectabilité depuis quelques années mais il y a un monde entre elle et le cinéma, où l’on est en droit me semble-t-il d’exiger autre chose.

  14. Muxan dit :

    Bonjour,
    Je n’ai pas vu MI3, et je ne sais toujours pas si j’irai le voir un jour. Mais voici ce que j’ai ressenti sur le film.
    Tiens, a’a d’autres acteurs qui sont dans le film?
    c’est bizarre mais ils sont pas souvent montrer dans la Bande-annonce et on ne sait pas leurs rôles respectifs.
    Pourtant ces acteurs sont particulièrement bons avec une mention spéciale à Kerry Russell qui vient au cinéma grâce à Abrams (le père de Felicty). Si on est pas dans la sérialité je me demande où on est.

    Tout a l’heure Tlön parlait qu’il fallait une présence au cinéma, mais il faut voir si la sur-présence d’un acteur dans un film ne nuit pas au déroulement de l’intrigue.
    Une question se pose en ce moment :Et-ce que Ethan Hunt est quasiment dans tous les plans du film ? Ne fagocyte t-il pas les autres personnages?

    En revanche, j’aimerai mettre un petit bémol sur la série Alias. Malheureusement, je ne suis pas rentrée dedans à cause de la condensation du temps, en effet je me suis toujours posée la question du jet-lagg (désolée de l’orthographe)

    Muxan

  15. N.O. dit :

    Ce n’est pas parce que les acteurs de séries pullulent dans le film qu’on est,comme vous dites, “dans la sérialité”.

    Je crois tout simplement qu’il n’y a pas de transport envisageable (sauf montage intellectuel toujours possible) de la série au film de cinéma. Ce sont deux univers rigoureusement imperméables l’un à l’autre.

    A la limite seul le saoap peut envisager trouver un prolongement au cinéma. Mais ce qui fait la force d’une série, c’est d’abord la durée.

  16. N.O. dit :

    edit : quand j’écrivais soap, je voulais dire sitcom bien-sûr. Désolé.

  17. jean-sébastien dit :

    je crois que le meilleur film sur la fusion sitcom/cinéma c’est “Starship Troopers” de Verhoeven…là il me semble qu’il existe un véritable travail dialectique entre ces deux univers…

  18. Madame Mac miche dit :

    Faisons un rêve:
    L’adaptation ciné de “Sous le soleil” par Rohmer!!!

  19. jean-sébastien dit :

    mais Sous le soleil c’est déjà une adaptation de Rohmer par la télévision (cf Skorecki)…

  20. Madame Mac Miche dit :

    C’est ce que l’on doit appeler la dialectique?

  21. sandrine dit :

    Mme Mac Miche,
    Dans votre grande sagesse (le privilège de l’âge assurément), vous concluez admirablement le débat. :-)

  22. Madame Mac Miche dit :

    Elle vous remercie.

  23. writ dit :

    Ce qui est étrange, c’est ce décalage : on a avec MI3 la transposition d’un produit sériel qui n’est pas celle du contenu d’origine (Mission Impossible), mais celle de la forme d’une autre série. C’est peut-être là que ça ne colle pas. Il n’y a pas de contenu dans le film. Même quand on pense à Alias ou 24H du reste : car dans Alias ou 24H, il y a des personnages, des stratégies relationnelles, des choses qui leur arrivent à ces personnages. Là, non. On a deux temporalités, bien agencées certes, mais rien dans chacunes d’elles. Des os, mais pas de chair. Le personnage de Damian pourrait être le lieu du subterfuge qui caractérise la série MI : il n’en est rien. Pas de doubles, pas de suspense, pas d’interrogations à mesure que l’on regarde. C’est un exercice de forme, c’est comme un texte “bien écrit” avec de la grammaire et des sonorités, mais qui ne raconterait rien du tout. Il y a du savoir faire avec rien dedans. Finalement le héros c’est le réalisateur.

    Je crois qu’un récit ou qu’un film doit avoir une teneur intrinsèque, hors toute référence. Comme un tableau, pareil. Bien sûr, si vous ne savez pas le renversement opéré par les cubistes de “l’art cache l’art”, vous passerez à côté de pas mal de choses devant une oeuvre cubiste. Mais vous pouvez quand même être ému, votre curiosité peut être attisée, votre oeil sera dérangé. Si vous ne connaissez pas l’Evangile de Saint Luc, vous ne saisirez pas le pourquoi du traité du Christ à Emmaüs par Rembrandt : mais vous pouvez être touché, ça c’est sûr. Il se passera quelque chose en vous.

    Eh bien là, si on est familier du genre sériel on perçoit ou on pige le fonctionnement, mais on n’est pas remué. Et si on n’est pas familier du genre sériel, à mon avis on a juste un gros sentiment de vide, le sentiment de voir une mécanique bien foutue, mais avec rien dedans.

    En fait, c’est drôle mais MI3 me fait le même effet que du Racine ou Dallas : il ne se passe rien. Juste, c’est dit et formalisé. ça n’empêche pas de regarder, moi j’ai trouvé ça “creux” mais je n’ai pas du tout eu envie de sortir de la salle. Si ça se trouve, j’irai voir MI4. Avec un peu de bol Tom Cruise se fera balancer sur une île et il devra vaincre la Hanso Foundation.

    J’ai essayé de me rappeler une scène qui m’aurait tapé dans l’oeil, qui m’aurait fait me coller à l’écran : je n’en ai pas. Alors que dans The Island, j’en ai une, et je pourrais la revoir dix fois, rien qu’elle.

  24. cutter dit :

    C’est sûrement nul, “MI3″, de toute façon Tom Cruise est nul est Abrams a quand même commis “Lost”, série de merde s’il en est!..
    Mais pourquoi dire du mal de “Starsky & Hutch”? Meilleur que tous les “Matrix” et “MI” réunis, et comédie réussie, c’est-à-dire drôle.

  25. breton dit :

    Bonjour,

    cette analyse de ce film sans aucun doute fondée m’a permis de me rappeller que dans notre beau pays on confond intelligence et complexité (ou devrais je dire complexification) du langage.
    Pour paraître intelligent il faut impérativement user de termes abscons et mieux encore de néologisme jusqu’à la nausée (ma complexion corporelle réagit, je veux dire mon corps dans son entièreté pour ne pas dire dans son incomplétude, nous sommes n’est ce pas dans une logique de confrontation de l’identéité de l’individu - dans sa dimension sartrienne cela s’entend - face au néant pour ne pas dire au non-être voire même au non existant).

    Au fait MI3 c’est un bon film?
    Pardon la question est peut-être trop simple pour un grand pays comme le notre…

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