Glamorama
L’impression d’étrangeté, de vacance même, ne se dissipe pas, bien au contraire, au terme de ces 15 jours de Festival de Cannes.
Entre la tenue du blog, l’écriture au quotidien d’articles et 4 à 5 films vus par jour en moyenne, je n’ai pas eu le loisir de me reposer beaucoup.
Mais la seule fatigue ne saurait expliquer ce profond déphasage. J’ai le sentiment d’évoluer depuis peu dans l’univers glacé de Bret Easton Ellis : des individus se croisent, jeunes, beaux, branchés…superficiels
Dans Glamorama, les fêtes se succèdent, enivrantes et futiles. Les personnages, aussi intimes, qu’ils puissent être ou avoir été, souffrent d’amnésie. Personne ne se reconnaît chez Ellis. Les héros se côtoient, se croisent encore mais tout est à recommencer.
Roger Avary, qui a signé avec The Rules of Attraction une adaptation définitive du roman éponyme de Bret Easton Ellis, a su rendre compte de ces mnésies. Son cinéma est en parfaite adéquation avec l’univers du romancier.
Chez Ellis, les personnages vivent dans un présent permanent. Ce sont des pellicules vierges, frappées d’un vice de fabrication : elles n’impriment pas. Ni images, ni souvenirs.
Cannes est à l’image du livre Glamorama. Rien n’est fixe, ni tangible. A commencer par les relations sociales.
Je vis en ce moment dans cet espèce de détachement quasi pathologique, à l’image de ce que décrit Jonathan Caouette dans le viscéral Tarnation, vu cet après-midi, dans le cadre de la reprise de la Quinzaine des Réalisateurs.
Comme si tout ceci n’était pas assez perturbant, il a fallu que Gaspard Noé vienne s’asseoir juste à côté de moi pendant la séance. C’était vraiment la chose la plus atroce qui puisse m’arriver. Pendant tout le film, j’ai pensé à la critique incendiaire que j’avais écrite à propos d’Irréversible. Mais heureusement, nous ne nous connaissons pas. C’est parfois une bonne chose l’amnésie, mieux l’anonymat.


Le 28/05/2004 à 01:26
tout de suite tu exagère Sandrine…;-) Moij’ai des photos mentales (et réelles) asolument indéblébiles de Cannes 2004…(cette couv de “Glamorama” est absolument sublime)
Le 28/05/2004 à 01:28
Mais j’ai pas fini, mon Doudou ! Tu assistes à un work in progress. Attends la chute… Moi j’en ai la chair de poule !
Le 28/05/2004 à 01:29
La couverture est géniale en effet. C’est la couverture russe du roman !
Le 28/05/2004 à 01:43
sur la couv, on croirait les extraterrestres de “They Live” de Carpenter! (1h29 et pas encore couchée S!!!)
Le 28/05/2004 à 01:45
Gaspard Noé à côté de toi…glamour à mort! (comme dirait Alain Resnais)
Le 28/05/2004 à 01:47
Oui, très bien vu le lien avec Carpenter. D’où mon attraction pour cette image, forcément !
Tu m’éclaires sur mes choix iconographiques. Merci JS !
Non, je ne suis pas couchée, ne sachant plus dans quel espace/temps j’évolue. Je ne savais pas qu’une très forte exposition aux images provoquait le même jetlag que les voyages. La dernière fois que j’étais dans cet état, je rentrais de N.Y !
Le 28/05/2004 à 01:48
oui mais tu sais Cannes pendant le festival c’est le village global à elle toute seule…
Le 28/05/2004 à 01:50
la différence ici c’est que ce sont les extraterrestres qui portent les lunettes noires…ce qui ne laisse pas d’inquiéter (genre : voilà ce qu’on en fait de vos lunettes, de toute façon on a gagné…;-(
Le 28/05/2004 à 01:53
Oh pitié, ne te moque pas pour Noé ! Moland était déjà mort de rire face à ma gêne. Ca t’est déjà arrivé ça de croiser un cinéaste de près, dont tu avais descendu le film ? Je suppose que oui ! C’était une première pour moi.
J’aime l’image du “village global”. C’est exactement cela, sans compter qu’il existe un protocole qui régit l’ensemble.
Le 28/05/2004 à 01:55
oui ça m’est déjà arrivé mais on n’en a pas parlé…en fait je ne sais pas s’il m’a remis (et c’est un type très sympathique mais je ne dirais pas qui c’est…;-)
Le 28/05/2004 à 01:58
Ah,ah,ah ! Les extraterrestres nous regarderaient alors comme des aliens ! :-)
Quoi de plus normal ?!
J’aurais pu parler de Zombies à ce propos, recueil de nouvelles de Ellis. A Cannes, il y a ce côté “zombies”, d’autant plus vrai que nous nous transformons en vampires, assoiffés d’images et que nous vivons la nuit (il y a des histoires de vampires chez Ellis aussi).
Le 28/05/2004 à 01:59
Qui c’est ?
Le 28/05/2004 à 02:00
naissance d’un quizz ;-) mais là je vais me coucher…
Le 28/05/2004 à 02:08
Je charge alors les autres bloggers de te cuisiner dès demain matin !
Le 28/05/2004 à 10:54
La couv’, le type, là, il looklike, dirais-je, Roy Orbinson rictus post-mortem…
Un type très sympathique lequel eut fait un damné mauvais film ? ça n’existe pas, ça n’existe pas…
Exceptions : O. Assayas, JP Civeyrac, T. Marshall, L. Cantet… liste to be continued…
Sinon, bons ou nazes, aucun cinéaste n’est sympathique : tous des chieurs ou des neurasthéniques ou des… (ça pour dire que ça ne fait rien de rien au talent, le bon ou pas bon caractère…).
Le 28/05/2004 à 11:32
Roy Orbison a vraiment une tête flippante, une expression très figée. De là à le comparer à une tête de mort ! Je te laisse libre de tes interprétations Scanner :-))
T’es sûr pour ta liste ? Assayas ne m’a pas l’air enclin à recevoir une critique, idem pour Civeyrac.. Tu t’appuies sur ton expérience personnelle ?
Et JS, de quel cinéaste parlais-tu ?
Et pour ceux qui sont allés à Cannes, êtes-vous d’accord avec ce rapprochement hasardeux avec Ellis ?
Le 28/05/2004 à 11:59
Sandrine mam’zelle, pretty woman, as for R. Orbison, j’ai bien dit « rictus post-mortem », therefore, pour le reste, c’était bêbêtement la coupe-casque, look et bonnes grosses lunettes qui l’associèrent…
« … pas l’air enclin à recevoir une critique… », mon « expérience personnelle… » ? Je crains de ne pas piger, précisons, please.
Alors bon : Assayas, ouais, pas un film à son actif, surfait superfétatoire total, mais les on-dit disent le type sympathique (ça ne change rien de rien, je me répète, sympathiqu’est-ce qu’on s’en fout !) ; et Civeyrac, deux films précieux, et puis… la p’tite bête pieuse qui baisse qui baisse, ça vous fige le bon dieu sans confession (et les on-raconte racontent qu’il est charming aussi, enfin… c’était pour allonger la sauce de jean-sébastien, notez bien…). Allez maintenant, récriminez.
Le 28/05/2004 à 12:07
Je ne suis pas allé à Cannes, mais le parallèle avec Glamorama correspond bien à l’idée que je m’en fais.
Je te (et au festival) souhaite de ne pas finir comme le roman.
Le 28/05/2004 à 12:11
Sache, Sandrine, que rares (et donc chers) sont les gens authentiques commes moi.
Le 28/05/2004 à 12:12
cher Versac, figure-toi que Glamorama va être adapté au cinéma par roger Avary, nouvelle qui me réjouit au plus haut point. Peut-être situera-t-il son action dans le décor du festival de Cannes.
Scanner, je voulais simplement savoir si toi, tu t’étais colleté aux cinéastes dont tu parlais. J’ai ma réponse. Je crois qu’on pourrait passer une soirée rien qu’avec les anecdotes sur “les professionnels de la profession”.
Le 28/05/2004 à 12:13
Skoteinos, bien entendu je pensais très fort à toi en écrivant ce billet.
Le 28/05/2004 à 12:16
Pense pas trop fort à moi, ça va faire des jaloux.
Le 28/05/2004 à 12:17
des jaloux ou des jalouses ?
;)
Le 28/05/2004 à 12:59
Les deux, peut-être… c’est vrai !
Le 28/05/2004 à 13:56
Il est vrai que si on parvient à ne pas se laisser absorber dans la sphère cannoise, et à traverser ce raout polymorphe sans y perdre son âme (et son authenticité, donc), on s’amuse beaucoup à observer les jeux de dupes qui s’y jouent, un peu comme dans le film de Jaoui.
Le 28/05/2004 à 23:42
je suis jaloux!
Le 28/05/2004 à 23:43
que Avary adapteGlamorama me réjouis aussi Sandrine : je viens d’acheter le dvd des Lois de l’Attraction…attention chef d’oeuvre !
Un moraliste comme je n’en avait pas vu dans le cinéma américain depuis Verhoeven, vraiment j’adore!
Le 28/05/2004 à 23:49
Je considère aussi Les Lois de L’Attraction comme un chef d’oeuvre. Ce film est à tomber par terre. Avary porte un regard corrosif sur la jeunesse américaine. Et puis surtout, il a tout compris à l’écriture d’Ellis : ruptures, récit à rebours, univers glamour et mortifère à la fois, tout y est ! La plus belle trouvaille du film reste le détournement de l’acteur de Dawson en Sean Bateman !
Le 29/05/2004 à 00:43
lequel d’ailleurs est excellent…
Le 29/05/2004 à 10:36
Sandrine, une petite différence tout de même avec Glamorama : Cannes ne s’est pas terminé dans un bain de sang ! Sinon, très joli texte.
Le 29/05/2004 à 11:51
Ah oui ! C’est vrai qu’il y a tous ces attentats terroristes dans le livre. :-)
Mais la fin est plus terrible encore : Victor Ward retrouve sa vie “d’avant”. Il est clean, réconcilié avec son père et sa petite amie. Il fait du sport. En somme, il est rentré dans le moule. Du moins, c’est comme cela que je l’interprète, car ce final reste encore très abscons. Il nous avait tenu pendant des semaines avec des amis ! Des semaines à tergiverser, à tenter d’expliquer la présence récurrente des confettis dans chaque scène etc…
Je serais curieuse d’avoir ton point de vue là-dessus ! :-))
Le 29/05/2004 à 17:32
Good news, pour l’adaptation de Glamorama. Je n’avais pas vu les lois de l’attraction, car les critiques (mauvaises sans doute) et le temps au moment de la sortie m’en avaient détourné. Je crois que je vais me louer le DVD vite fait !
C’est en tournage, en projet, cette adaptation ?
Le 29/05/2004 à 21:04
Versac,
Sauf erreur de ma part, Avary n’en est plus au stade du projet… Loue-toi en effet vite le DVD et surtout, fais-nous part de tes impressions. Si tu es un lecteur de Ellis, tu te rendras compte que le film dialogue intimement avec le bouquin, tout en restant une vraie proposition de cinéma, à la lisière de l’expérimental. Les images sont des commentaires à elles seules de toute l’oeuvre d’Ellis.
Tu m’en diras des nouvelles !
Le 23/07/2004 à 02:09
Ah!
Les lois de l’attraction est un chef-d’oeuvre??
Le film est bon, il reprend les éléments du livre notamment à travers les scènes en split-screen mais à aucun moment il ne provoque d’écho qui fasse penser au bouquin d’Ellis.
Faire résonner un style au cinéma est la chose la plus difficile qui soit.
Roger Avary n’y parvient pas, Mary Harron n’y est pas parvenu avec American Psycho, pareil pour Neige sur Beverly Hills( adaptation de Less Than Zero).
Ellis explore le thème de la perte de soi -thème EXTREMEMENT pregnant dans American Psycho notamment dans l’un des seuls passages introspectifs du bouquin-, so totale, si complète qu’elle touche à une sorte d’abstraction car le personnage n’est même plus sur d’exister.
Le 21/09/2004 à 11:34
Tickling Feet