Histoire du manteau rouge

Un rendez-vous dans un bar entre deux cinéphiles qui ne s’étaient jamais rencontrés. Ils se tiennent assis au comptoir, l’un à côté de l’autre, sans le savoir. Au bout de cinq minutes, elle l’aborde, un peu gênée. Il s’attendait à ce qu’elle soit vêtue d’un manteau rouge, selon le signe distinctif dont ils s’étaient convenus.

- Tu ne devais pas venir habillée d’un manteau rouge ?
- Si, mais je sors du bureau et n’ai pas eu le temps de me changer. Ce matin, en partant de chez moi, j’ai empoigné machinalement mon manteau noir.

Ce matin, en partant de chez elle, elle a sciemment remis sur le cintre son manteau rouge. Elle voulait avoir une image d’avance sur lui. L’identifier avant qu’il ne l’identifie.
Elle l’a regardé entrer dans le café, l’a observé s’asseoir et commander. Et puis, surtout, elle l’a vu, un court instant, sourire pour lui. Moment fugitif qu’elle a enregistré dans sa banque d’images personnelle. L’esquisse d’un sourire, une gestuelle précise, préalables au langage.
Elle n’y peut rien. Elle aime ça au cinéma : la puissance d’apparition des personnages, la rencontre qui s’opère par le geste.
Elle aime aussi des cinéastes comme Hitchcock, lesquels lui donnent toujours une image d’avance sur les personnages.

Crédits : Le Manteau rouge de Reginald Gray, 1996.

24 réponses pour “Histoire du manteau rouge”

  1. Tlön dit :

    En grande forme notre amie Sandrine, mais vous avez conclu ?

  2. sandrine dit :

    Allons bon, cher ami, tout ceci est purement fictionnel…

  3. jean-sébastien dit :

    un fantasme?

  4. sandrine dit :

    Un fantasme de cinéma.

  5. sandrine dit :

    A moins que…

  6. lo dit :

    les couleurs, sandrine
    les vêtements
    le cinéma
    longueurs d’ondes…?
    très beau texte, encore une fois -je rougis ;-)
    lh.

  7. sandrine dit :

    C’est moi qui rougis. Relisant, je me rends compte que c’est très fétichiste ! Incorrigibles cinéphiles ! :-)

  8. Tlön dit :

    C’est le même qui voulait te montrer ses estampes japonaises ?

  9. sandrine dit :

    Je suis outrée. :-)

  10. Thomas M dit :

    IL est à noter que melle Scarlet Contrechamps, aime être maîtresse du jeu comme de ces saynettes biographiques…
    Poursuivre les stratagèmes calliens dans la vraie vie?
    Remplacer “ce matin machinalement” par “machiavéliquement”..Il suffisait d’un mot…

  11. sandrine dit :

    Et si Peau d’Ane/Deneuve n’avait laissé échapper intentionnellement l’anneau dans la pâtisserie, l’histoire se serait arrêtée là et le prince ne se serait pas étranglé d’amour.
    Et si Scarlett O’Hara (puisque vous citez cette héroïne magnifique) n’avait déchiré ses rideaux pour se confectionner une robe, Rhett Butler n’aurait pas succombé et la coquette serait même passée à côté de l’Histoire.
    Et si Madeleine dans Vertigo n’avait relevé ses cheveux en chignon ? Si elle n’avait pas conservé le collier de Carlotta ?
    Il en va du mac guffin comme de la vraie vie : une manière de fictionner le réel.
    Je rappelle toutefois que le récit est purement fictionnel et que la biographie n’intervient que de loin là-dedans.
    Je ne fais pas de ma vraie vie un dispositif, donc rien à voir avec Sophie Calle. Disons que je brode sur le canevas du réel.
    Et le fait que la confusion soit opératoire me dit que j’ai réussi.
    Dans cette histoire, j’ai voulu aussi écrire sur les signes. Parce que la JF n’est pas conforme à l’image fantasmée du personnage, il ne la voit pas, alors qu’elle se tient à côté de lui.
    Le cinéma, c’est pareil : un pacte avec les signes que le récit s’emploie à disqualifier un à un.

  12. simon dit :

    Sinon, les estampes ?

  13. sandrine dit :

    Japonaises. :-)

  14. Christie dit :

    la rencontre put-elle être aussi belle que ses prémices ?

  15. sandrine dit :

    A toi d’imaginer le devenir fictionnel de ces persopnnages. Je fais confiance à tes talents d’écrivain. :-)
    Qu’imagines-tu pour eux ?
    Qu’imaginez-vous tous ?

  16. Phil dit :

    Un nouveau jeu ??

    L’expérience Kitano t’as convaincue ??

    Et le quizz au fait ? (désolé de remttre ça sur le tapis) :-)

  17. sandrine dit :

    Oui, tout à fait, dans la lignée du ciné manga de Kitano. Que vont devenir ces 2 personnages, d’après vous ? Quelle histoire va s’écrire ?
    (moi, pendant ce temps là, je ne suis pas obligée de faire un nouveau billet - Héhé!).
    Le quizz est prêt mais moi non (mois de mars très chargé en sorties).

  18. Sorty dit :

    Je suis tombé sur votre blog en cherchant des infos sur Nina Meyers, je me suis attradé sur quelques uns de vos textes ; beaucoup d’intelligence et de finesse dans ce que vous écrivez.Je vous lirai souvent.

  19. sandrine dit :

    Merci. J’espère que vous tiendrez votre promesse ! :-)

  20. willy dit :

    Cela n’a rien à voir mais je voudrais te faire part de mon rire de ce soir. Je te lisais sur Plume noire. L’article consacré à La Femme est l’avenir de l’homme de Hong Sang-soo que je trouve vraiment très bien et dont je partage l’analyse, quand mon regard fut attiré par les annonces google qui s’insèrent insidieusement dans le texte : lingerie pour femme (2 fois) et rencontres faciles…

  21. sandrine dit :

    Je jure que je n’y suis pour rien ! (là, je ris aussi). Je ne gère pas les annonceurs.
    But a girl’s got to eat…et un site également. La pub me paiera cette année la location du studio à Cannes. Tu me donnes une idée : je vais demander à mon directeur des publications de prendre en charge ma garde-robe pour le prochain festival. Et si je peux récupérer au passage quelques dessous attrayants… :-)

  22. willy dit :

    Tu aurais bien tort de te priver… Mais je suis sûr (je le sais en fait) que ces publicités sont différentes en fonction des articles, que des mots sont repérés et génèrent plus particulièrement telles ou telles publicités… Et cela aussi m’amuse beaucoup en regard du film d’Hong Sang-soo…

  23. lo dit :

    elle pousse la porte, son manteau rouge sur l’avant-bras : le regard d’avance qu’elle a est une faculté, une double-vue
    elle pousse la porte, les voit : elle et lui, se voit : elle
    manteau noir à son bras
    son bras à lui
    elle sourit, s’avance, se glisse en elle
    le manteau change de couleur, ils sortent
    lh.

  24. sandrine dit :

    Du dédoublement et de la fusion amoureuse… J’aime beaucoup !

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