Home sweet home
«C’est avec la maison que l’art commence» affirment Deleuze et Guattari. Mais depuis quelques temps, le dynamitage de cet espace domestique occupe largement nos écrans. De La Guerre des Mondes à Mr and Mrs Smith (injustement méprisé), les films récents mettent en scène l’implosion du mode de perpétuation le plus patent de la société : le foyer.
L’espace domestique devient contigu au politique, mieux, il est politique. Lieu d’une véritable guerre (des sexes, des classes), le home n’a plus rien de “sweet”.
Au saccage du foyer (Mr and Mrs Smith) répond la défiguration de l’espace public, ce paysage même qui fonde la scène américaine (dans La Guerre des Mondes, les Tripodes recouvrent de sang la baie de l’Hudson, berceau de la nation américaine).
La disparition de la domesticité répond vraisemblablement à la même angoisse qui a présidé, en son temps, à la naissance de la sitcom à la télévision. Jean Mottet (Série télévisée et Espace domestique) note que la comédie de situation (sitcom), est née au lendemain de la seconde guerre mondiale : « avec le recul, les anxiétés de la société américaine sous-jacentes à ce type de fiction sont évidentes, notamment celles liées à la recomposition spatiale des territoires familiaux autour de la maison».
Si la télévision, au sortir d’une crise profonde, a inventé une nouvelle mise en scène, le cinéma également, après le traumatisme du 11 septembre. A cette différence qu’il n’est plus dans la recomposition d’un espace symbolique de préservation, mais toujours dans le symptôme : son explosion.
On fera exception ici du cinéma de Shyamalan, lequel s’inscrit dans une filiation avec Griffith, lui-même héritier des auteurs dramatiques de la fin du 19è siècle, pour qui le centre du drame s’organise au cœur du foyer. Chez Griffith, l’espace privé de la maison soustrait au monde et à son chaos.
A travers son geste paradoxal, destructeur et rassembleur tout à la fois, le cinéma américain réalise depuis peu et dans le temps donné de la représentation, un mouvement du dedans vers le dehors, en s’ouvrant à la volubilité du monde. Et l’on se réjouit de cette mutation.
Photogramme : Angelina Jolie et Brad Pitt dans Mr and Mrs Smith de Doug Liman. Ou la parodie réussie d’une sitcom à l’américaine.


Le 24/08/2005 à 15:40
pourtant, pourtant, pourtant, chère sandrine -et cette réflexion livrée à brûle-pourpoint, sans véritable recul (l’institution, tu sais…) :
n’y avait-il pas avant une explosion similaire dans le cinéma américain dit classique, mais une explosion qui venait de l’intérieur? la cellule familiale, lieu de crise, explosait -je pense à “la fureur de vivre”, aux films tirés des oeuvres de tennessee williams par exemple
ils impliquaient en effet ce mouvement du dedans vers le dehors nécessaire à la survie de chacun -ou à sa destruction, mais c’est le même mouvement, salutaire : l’échappée
aujourd’hui, le mouvement dont tu parles, du dedans vers le dehors, est conséquent à une attaque extérieure, une agression, toujours la même : l’étranger, l’extérieur justement qui vient faire exploser le noyau, la cellule, l’intime -qu’il y ait à partir de là construction du personnage, comme c’est le cas dans “la guerre des mondes” n’est à mon sens qu’une implication dudit mouvement, une résultante obligée
il n’empêche, et depuis le 11 septembre, l’enfer reste les autres
chez lynch, l’enfer était la maison
chez hitchcock, c’était soi-même
je me sens plus proche de ces explosions-là
lh.
Le 24/08/2005 à 16:47
on pourrait en dire autant du cinéma français…
il suffisait de voir les films cannois, notamment le Hanecke, le Moll ou le film de Caumont à la quizaine ou, d’une certaine façon, le foyer (le couple) est menacé, mis en danger par un tiers…
signe des temps sans doute…
Le 24/08/2005 à 22:28
L’espace domestique est peut-être aussi le dernier espace privé dont il faut faire sauter le verrou pour une surveillance totale… Trop chouette !
Le 25/08/2005 à 00:06
en gros tu nous dis que t’es rentrée chez toi ?
moi mon must de home sweet ome, c’est dans American beauty, Kevin Spacey se masturbant dans sa douche, alors que sa femme vieillissant dort dans la pièce à côté..
Le 30/08/2005 à 10:59
A tous, désolée: je me suis encore enfuie de la capitale quelques jours, loin de toute connexion, d’où cette réponse tardive.
lo et JS,
Je ne parle pas ici de la faillite de la famille, où de son implosion (thème classique, en effet), mais bien d’un décor qu’on saccage, donc, d’un espace symbolique mutilé à dessein. Les délimitations du foyer à l’américaine volent en éclats. Le foyer n’est plus le lieu du refuge (les attaques du 11 septembre l’ont prouvé) puisque c’est le coeur névralgique de la cité qui a été sciemment détruit.
Tu as raison de citer Lynch, lo, le cinéaste jouant depuis Blue Velvet sur les topoi du foyer américain pour installer ses ambiances suaves et délétères. Et le mouvement dedans/dehors, intérieur/extérieur est prégnant dans sa filmographie. A la surface, le jardinet délimité par la fameuse “picket fence”. En dessous du tapis herbeux, une oreille humaine, comme métaphore de la pulsion et du refoulé.
Et Haneke, JS, en effet, mais, pour ce qui me préoccupe ici, ce serait plutôt le Haneke du 7è Continent, avec la famille qui détruit méthodiquement la maison, avant de se suicider.
Willy,
Je serais même plus pessimiste que toi concernant la porosité de l’espace domestique, à mon sens, déjà largement investi par l’extérieur, si peu que tu aies une télévision et un ordinateur ! Mais cette porosité là dont prend acte le cinéma (qui a toujours un temps de retard par rapport à la télévision - j’y reviendrai) me paraît intéressante, sinon bénéfique tant au plan politique qu’esthétique.
(by the way, sur Paris bientôt ?)
Christie,
Bien oui, j’étais rentrée à la maison, toujours en parfaite cohérence avec mes billets. Sur American Beauty, je vais te faire une réponse à la JS like : “ce drame petit bourgeois, quelle horreur ! C’est tellement caricatural”. Et je serai d’accord avec lui. :-)
(PS : on se voit bientôt ?).
Le 30/08/2005 à 23:29
Probable mais j’ai bien peur que mes prochains passages relèvent des coups de vent…
Le 2/09/2005 à 01:13
“Mr. & Mrs. Smith” injustement méprisé ?
Le meilleur du pire des clichés cinématographique, encore pire que “True Lies” (1994).
Un sitcom ? Le foyer ? Autant de prétextes pour remplir ce billet inutile.
A moins que ce ne soit une manière détournée de vouloir parler de l’après 11 septembre?
Dans ce cas “Punishment Park” fera très bien l’affaire…
Le 2/09/2005 à 09:00
Tentée de répondre qu’à billet inutile, commentaire inutile !
Quelle véhémence ! Vous aurez au moins appris au passage les origines de la sitcom.
J’ajoute à cela que j’aime beaucoup True Lies et le cinéma de Cameron en général.
Ne cherchez pas : on ne me refera pas !
:-)
Le 2/09/2005 à 18:37
True Lies
Le 3/09/2005 à 03:01
Hmmm, pas convaincu, il semblerait ! :-)