L’homme sériel
“Kyle plays innocents who are interested in the mysteries of life. He’s the person you trust enough to go into a strange world with“. David Lynch.
Figure séminale du héros moderne sériel, l’élégant Kyle Mac Lachlan a fait de son corps un événement télévisuel. De l’agent Dale Cooper (Twin Peaks) à l’inquiétant tueur de dames Orson Hodge (Desperate Housewives, saisons 2 et 3), vingt années se sont écoulées.
Et pourtant, le temps ne semble avoir aucune prise sur l’acteur, inscrit dans une stupéfiante permanence. Un paradoxe incarné quand le médium télévisuel, subordonné à l’évidence du flux, disqualifie toute volonté de constance. On exclut ici les sitcom américaines historiquement fleuves, dont la longévité compose avec le vieillissement ou le renouvellement des acteurs : Kyle Mac Lachlan est immuable.
De rôle en rôle, le digne héritier de Cary Grant (il prêta d’ailleurs sa distinction naturelle à un biopic peu convaincant) n’a cessé d’écrire et de réinventer le personnage de série télévisée, dans ses différentes saillies.
A l’abord donc d’une carrière télévisuelle exceptionnelle, Mac Lachlan s’est glissé dans la peau d’un agent aux méthodes d’investigation peu orthodoxes. Twin Peaks, prémisses éclatantes d’un rapt télévisuel annoncé, devait signer l’entrée de la série dans son âge d’or. Décalé, l’acteur promenait une silhouette sans aspérité dans un univers aux frontières poreuses. Surface vierge, idéalement projective, le personnage de Dale Cooper assurait la transition rêvée entre télévision et cinéma. Autrement dit, il en administrait la cérémonie, redoublant son rôle de passeur entre des mondes disjoints. Six ans après sa diffusion, Twin Peaks, chef d’œuvre cathodique, était en effet porté à l’écran. Passage décevant, lequel affirmait déjà en germe la prééminence esthétique d’un médium en pleine mutation, autrement dit, un laboratoire de formes hybrides.
Avec son inoubliable prestation de monomaniaque déjanté, Mac Lachlan définit un archétype du représentant de l’ordre, décliné ad libitum par la suite. Impossible, par exemple, de ne pas voir dans le personnage de Fox Mulder (X Files) une réminiscence, certes lointaine, du héros de Twin Peaks. Pas seulement pour le costume (nous ne sommes pas fétichiste), mais pour la croyance en un monde, fût-il de “l’en deçà” ou de “l’au-delà”.
Effrayant de normalité, le décor de la série Twin Peaks révélait une part souterraine plus inquiétante encore que sa surface lisse, à l’instar du héros, “une personne à qui l’on fait suffisamment confiance pour s’aventurer dans un monde étrange”.
Tel un trou noir aspirant ses éléments périphériques, Dale Cooper nous enjoignait à faire le deuil des virginales apparences. Par une succession d’épreuves initiatiques traumatisantes, les innocents, chez Lynch, ne le restent pas longtemps. Au sortir de la série événement, le regard du spectateur avait lui aussi définitivement fait les frais de cette altération. Plus rien ne pouvait être comme avant.
Puis, on croisa bien plus tard Kyle Mac Lachlan, en époux insuffisant, dans Sex and the City. On le retrouva ensuite dans un procedural (Into Justice, diffusé cet été sous le titre En Dernier Recours – toujours en costume donc, mais nous ne sommes pas fétichiste). On le vit encore très récemment dans Desperate Housewives où son ambivalence explose.
Et de parvenir à un constat simple : Kyle Mac Lachlan documente, dans ses divers genres, une histoire de la série télévisée contemporaine, où s’origine le corps malléable de l’acteur.
A quoi tient cette aisance à se fondre dans le médium télévisuel si ce n’est que l’acteur, à l’évidence, en est une pure production ? Mac Lachlan appartient à ces créatures méta, éternellement jeunes. Une face réinscriptible sur laquelle graver des sillons inédits, pour que monte jusqu’à nous le bruit de nos futures hypnoses cathodiques.
Photogramme : Kyle Mac Lachlan, en costume (mais nous ne sommes pas fétichiste) dans Twin Peaks.
L’acteur partage avec David Lynch, son mentor, une passion pour les chiens, au point de mettre les siens en scène. C’est ici.


Le 11/10/2006 à 11:18
Diane! Les beignets!! Oh j’ai hâte de lire….
Le 11/10/2006 à 19:31
The shortest distance between two points is not necesseraly a straight line.
Le 11/10/2006 à 23:43
Les Sycomores, la cherry pie, la cinq, Berlusconi tout ça tout ça, le coffret vhs au lycée qui passait de mains en mains, j’ai encore le petit journal audio du petit Dale à la maison, écrit par le fils de Mark Frost, et dire que désormais cet enfoiré de Mac Lachlan se tape Bree dans DH, que de chemin parcouru! le héros d’une vie… Tout ça m’a donné envie d’un petit post comparatif entre Dale Cooper et Jim Profit, même coupe et pas mal de point communs finalement…
Le 14/10/2006 à 00:39
Patience ..
D’ailleurs Lynch a decide de distriber lui-meme son prochain film
http://www.thereeler.com/the_blog/who_wins_and_how_when_lynch_se.php
Le 15/10/2006 à 19:43
Bon allez Sandrine, au boulot ! Le salon de l’auto, c’est fini…
Le 17/10/2006 à 10:17
Je vais me remettre à porter des cravates…
Le 17/10/2006 à 10:54
Il m’a paru pourtant qu’il avait épaissi. Un effet probable du bain de foutre et de coke dans lequel Verhoeven l’avait trempé, histoire de renverser à sa manière les images puritaines de l’Amérique des champs.
Le 17/10/2006 à 11:48
Benj, Fred, SoE,
Je n’avais pas la 5 au moment de la diffusion de Twin Peaks, mais je connaissais néanmoins la série par ses dialogues qu’on me rapportait. On peut dire que j’ai entendu la série avant de la voir, bien des années plus tard, dans une VF épouvantable.
Il y a peu, le câble a eu la bonne idée de rediffuser les épisodes en V.O. Je ne m’en suis pas remise.
Clémentine,
Arrrgh ! Comme je t’envie d’avoir vu les 3h de Inland Empire au festival de NY. Je ne t’envie pas, non : j’en crève de jalousie ! Quant à cette histoire de distribution indépendante, on ne peut que la saluer et faire confiance à Mary Sweeney.
Orphée,
Nous étions en effet, avec mon mari Emmanuel Burdeau, au salon de l’auto où nous avons acheté un 4/4. Nous rentrons de week end avec les enfants.
Frédéric,
…mais je ne suis pas fétichiste !
Slothorp,
Oui, il s’était transformé en baudruche pour incarner son personnage de maquereau boursouflé par l’alcool et la schnoufe dans Show Girls. Mais je parle ici de ses rôles à la télévision. Toujours la même classe toute britannique, à peine quelques pattes d’oie marquent le passage du temps. Mac Lachlan est à la fois immédiatement sympathique mais trouble, innocent et pervers dans un même mouvement. Et ce qui est fort, c’est qu’il traverse les modes et les récits avec la même constance. Mac Lachlan est moderne.
Le 17/10/2006 à 11:56
Ah ! Enfin !
Le 17/10/2006 à 15:20
Je lis avec plaisir que j’ai été précédé pour faire remarquer sa brillante apparition dans Show Girls, Ferrari & Jacuzzi aux côtés de la talentueuse Elisabeth Berkley (que l’on a eu depuis souvent l’occasion de voir briller). Un mystère ce film de Verhoeven, toujours pas compris pourquoi il s’est vautré avec une telle débauche de néons dans ce projet pourri…
Mais puisque le propos portait sur la partie TV de sa carrière, ne pensez-vous pas que son premier rôle aurait avantageusement pu s’inscrire dans une série plutôt que dans le trop réducteur Dune ? Deux heures pour contenir le bouquin d’Herbert, pfff… “Comme je vous ai failli mon Duc” doit encore se dire Lynch.
Le 17/10/2006 à 15:23
30 secondes j’y ai cru, dites..Le 4X4, les enfants, belle-soeur de Marie-Mathilde…
Sandrine, est-ce que votre parti-pris, étudier MacLachlan sous l’angle strict de ses apparitions télévisuelles, n’a pas amputé votre papier ? N’est-ce pas le personnage lynchien, trouble en effet, développé de Dune à Twin Peaks via Blue Velvet, plus que la matière méta, qui est utilisée dans les séries (je pose une simple hypothèse) ?
Des parties de votre texte manquent, je ne sais pas si vous avez évoqué les séries Roswell de 1994 et The Invisible Man (1998) dans lesquelles il satisfait plus avant son goût du fantastique, passant en outre derrière la caméra en 1993 pour réaliser un épisode des Contes de la Crypte…
Vous me permettez une critique ? Je trouve ce texte par trop académique, transitions nécessaires, argumentaire moins inspiré qu’à l’ordinaire, raisonnements pertinents moins éclatants…On vous a bridée, je le sens…
Le 17/10/2006 à 15:40
Zanux, permettez-moi de m’élever contre cette trop commune assertion qui fait du Dune lynchien un ratage. J’ai beau être une adoratrice de Lynch, je n’en suis pas moins élève du maître mentat Herbert. Je ne sais pas quel était son cahier des charges, mais il fut certainement restrictif (les deux heures, nous en convenons, auraient pu être doublées, pourquoi Pedro Costa et pas Lynch ??). Reste qu’avec tout cela, le film fourmillait de détails, rendant peut-être sa matière trop touffue pour un non-lecteur d’Herbert, mais globalement, je trouve qu’il ne s’en est pas si mal sorti que cela…De la litanie contre la peur à la marche non cadencée dans le sable, des relations ob scures entre pouvoir impérial, grandes maisons, Guilde, des leçons de Gurney Halleck sur l’assise d’un prince, beaucoup de choses figurent dans le film, rapellant la fresque globale et complexe d’Herbert. Mais j’ai peut-être pour Lynch les yeux de Dame Jessica pour Leto, et n’entend pas qu’on le Huey-ise par trop…
Le 17/10/2006 à 16:34
J’ai sorti ma calculette de producteur et il en ressort que d’un strict point de vue des coûts, 2 heures de Dune par Lynch = 2000 ans de rushs de Pedro Costa. Et le public de Dune (qui était prévu pour être celui de Star Wars) s’impatiente au bout de trente secondes de dialogue contre 10 heures pour celui de Costa. D’où l’apparente inégalité de traitement qui est en fait une équité réelle (ça, c’est à la sauce Alain Minc).
Ceci dit, j’aime beaucoup Dune et Marcham, juventud!.
Le 17/10/2006 à 16:35
Un S qui veut dire Slothorp.
Le 17/10/2006 à 23:44
Je passe aux aveux, chère SoE. Ce texte est effectivement bâclé, eu égard à des facteurs professionnels annexes (à ce rythme soutenu, l’agenda me vampirise. Il faut que ça cesse vite). On ne m’a pas bridée : je le fais malheureusement très bien toute seule. Pas assez libre dans l’écriture, choix d’un angle peu judicieux car limité, je vous le concède. Sans compter que j’ignorais ce passage par la Crypte de l’ami Kyle… Quelle bévue ! J’aime l’hypothèse que vous soulevez. Il aurait fallu partir de là en effet. J’aime aussi votre exigence mais décidément pas Franck Herbert. J’ai bien essayé pourtant et à plusieurs reprises, mais ses récits amphigouriques m’assomment ! En revanche Dune et cette séquence sur la peur que vous évoquez me fascinent sans répit. Me pardonnerez-vous mes manquements qui ne rendent pas hommage à votre expertise en la matière ? Si non, je renonce et me mets direct à l’apprentissage de la guitare sèche.
Sssslothorp,
Aïe ! C’est précisément à un producteur (Dino de Laurentis) qu l’on doit l’échec partiel de Dune. Mais s’il te reste dans ton budget de quoi épancher notre soif inextinguible ces prochains jous, je suis ton homme ! Oui, en avant Jeunesse !
Le 18/10/2006 à 00:24
Dino de Laurentis est également le producteur d’un chef d’oeuvre : Conan le barbare !
Le 18/10/2006 à 00:49
On ne commentera pas cette enthousiaste assertion. :-)
Le 18/10/2006 à 10:58
Sandrine, il n’est pas question de pardon entre vous et moi, jamais ne m’offensez, au contraire, votre être au monde m’est une bénédiction. Puis, que voulez-vous, j’ai peut-être pour la saga de Dune (j’avoue que les autres Herbert me tombent des mains) une mansuétude coupable, ayant baigné dedans très enfant, recueillie par surcroît par une famille targuie que je fus…Je suis contente que vous crouliez sous le travail, c’est là le moindre hommage qu’on puisse rendre à votre talent. J’espère qu’on vous paie bien. Sinon, donnez les noms, j’envoie mes sbires.
Le 18/10/2006 à 12:11
Oui M. Fengkov, tandem père-fille Dino-Raffaella à la production de ces deux films, pour être exact.
SoE, je n’ai pas écrit que Dune était “raté”, j’aurai du aller moins vite : Dune n’est simplement pas le film que l’on pouvait attendre d’un tel livre. Je trouve que le casting y est excellent (MacLachlan n’y est pas pour rien) et les passages clefs du livre sont bien restitués par des scènes marquantes. Et puis j’adore le Baron et ses neveux déments.
J’espère simplement tenir un jour en face de moi celui qui a choisi Toto pour la bande son… Je lui en ferai écouter du Toto en boucle façon pub Wonder des 80’s.
Sandrine, ton papier n’est pas bâclé, c’est juste que tu as ouvert sur un sujet qui peut agiter nombre d’entre nous. Tout et tous ce qui gravite autour de Lynch soulève les passions… Il y a tellement à dire sur le sujet, c’est interminable.
Herbert écrit dans Dune sur l’impossibilité et la nécessité de conclure : “Arrakis enseigne de l’art du couteau : coupez ce qui est inachevé et dites “maintenant cela a une fin, car cela s’achève ici”".
Le 18/10/2006 à 15:09
Sandrine, c’est pas compliqué : tu arrêtes de parler systématiquement de “medium télévisuel” une bonne fois pour toutes (en écrivant à la place “télévision” voire même -mais c’est osé - “télé” ou TV) et tu verras que ça coule déjà beaucoup mieux.
Le 18/10/2006 à 18:08
Sandrine, c’est pas compliqué : tu arrêtes de parler systématiquement de “medium télévisuel” une bonne fois pour toutes (en écrivant à la place “télévision” voire même -mais c’est osé - “télé” ou TV) et tu verras que ça coule déjà beaucoup mieux.
Le 19/10/2006 à 02:13
Radoter, et à 3h d’intervalle, ferait passer mon “médium télévisuel” pour une coquetterie langagière bien anodine, à côté de ton syndrome de Tourette.
Le 19/10/2006 à 17:33
Scuse, resté par mégarde sur ta page. Du coup, j’ai voulu l’actualiser en revenant dessus trois heures plus tard, et ça a provoqué le renvoi du même commentaire (encore une spécialité kaywa sans doute).
Le 20/10/2006 à 01:36
Chapeau bas, être scotché 3 heures sur la même page d’un blog, fallait le faire !
Là j’avoue que je suis é-pa-tée. C’est très très fort !!! Digne du Guinness Book.
Certains devraient quand même penser à réduire un peu leur consommation de “télévision” voire même - mais c’est osé - “télé” ou TV non ?
Voire zapper un peu et … tu verras que ça coule déjà beaucoup mieux.
Le 20/10/2006 à 01:47
Restée scotché 3h ? Ca doit être ça la “sidération” ? :-)
Le 23/01/2007 à 18:25
l’ami Jérome y va égalemnt de son hommage…
http://tvnomics.typepad.com/tvnomics/2007/01/scne_culte_avec.html