L’image mémoire

Toute photographie se donne comme l’instantané d’une dynamique artificiellement rompue auquel le spectateur est appelé à restituer son passé et son devenir. C’est cette caractéristique qui lui confère un statut spécifique par rapport à la mémoire. Bien qu’elle soit une forme de mémoire figée, il appartient à la photographie de pouvoir mobiliser une image dynamique de l’événement qu’elle représente. Certaines images y parviennent plus que d’autres. Telle est notamment le cas de celles qui utilisent le flou“.

Serge Tisseron, Le Mystère de la Chambre claire, Photographie et Inconscient, Champs Flammarion, 1996.

Histoire de controverser les théories de Marie-José Mondzain sur la photographie… Le cliché est du génial Antoine d’Agata dont il faut se procurer le dernier album Stigma, préfacé avec talent par Philippe Azoury.

21 réponses pour “L’image mémoire”

  1. willy-85663 dit :

    Désolé mais je ne comprends rien à cette citation… Ou c’est très mal écrit, ou ça ne veut rien dire, ou, plus sûrement, je suis incapable de comprendre ce qu’est “l’instantané d’une dynamique artificiellement rompue auquel le spectateur est appelé à restituer son passé et son devenir” ???

  2. sandrine dit :

    Ha,ha,ha ! Eh bien, il faut croire que ça n’est pas très explicite en effet ! De toute façon, je déconseille l’achat du livre : je le trouve un peu trop simpliste, hormis ce que raconte Tisseron sur Barthes et La Chambre claire : la mère de Barthes venait de mourir et ce dernier devait trouver une photo qui corresponde à l’image de la défunte. Son choix s’est alors porté sur un cliché de sa mère enfant car il retrouvait dans son visage une vérité particulière. Bref, cette anecdote donne lieu à des développements intéressants. Pour Barthes, “l’image est fondamentalement douloureuse” et signifie l’arrachement à la vie, le retour des morts.
    Tisseron parle d’un moment arrêté, figé “dans sa dynamique” et qui est vecteur de mémoire chez le spectateur, thèse réfutée par Mondzain pour qui une image ne peut véhiculer de la mémoire, mais des souvenirs. Tisseron va dans le sens d’Alain Fleischer (cf ses 40 regards de morts). Le flou porte la marque de l’avant et de l’après, donc témoigne d’une dynamique suspendue. Voir aussi tout ce qui concerne la question de “l’instant décisif” chez Cartier Bresson.

  3. Monsieur Caca dit :

    “Le flou porte la marque de l’avant et de l’après, donc témoigne d’une dynamique suspendue” … je vais réfléchir à ça. intensément.

  4. sandrine dit :

    Noooooon, voilà Monsieur “Hum Hum” qui vient se foutre de moi à domicile ! Bon, je l’ai bien mérité je suppose, avec mes formules sybillines. Mais j’ai écrite cette phrase…intensément, soyez-en sûr ! Heureuse en tout cas de ce premier commentaire, étant une admiratrice secrète du blogger (e)scatologique que vous êtes !

  5. willy-63065 dit :

    Pas eu le temps d’y repenser ! Je ne sais si cela a un rapport mais je voulais dire qu’il ne faut jamais oublié que la photo est d’abord un support, un cadre et du “temps congelé” (je ne sais plus d’où vient cette formule ?)… Mais tout cela n’a peut-être rien à voir avec qui précède. sorry.

  6. jean-sebastien dit :

    pas sûr d’être d’accord avec Tisseron (même si je ne le suiis pas non plus avec Mondzain)…il me semble quand même que pour imaginer un avant et un après de l’instant photographique, il faut un imaginaire de l’événement qui n’est pas donné forcément à la photo en soi, mais qui fait partie d’un ensemble de représentations d’un événement donnés qui excèdent la photo elle-même (je ne suis pas sûr d’être clair là)…enfin je trouve l’hypothèse de Tisseron un peu trop théorique, je suis sceptique…
    Un avant et un après du mouvement, s’il n’est pas chargé “d’histoire”, ne veut absolument rien dire, ça reste une hypothèse formelle (formaliste)…enfn je peux me tromper…

  7. jean-sébastien dit :

    là, sur la photo que tu as choisie d’ailleurs, je trouve que l’hypothèse de TIsseron ne fonctionne pas car la photo est trop abstraite, trop décontextualisée à mon goût pour générer autre chose que ce qu’on voit, à cet instant t…

  8. sandrine dit :

    JS,
    Oui, en effet, l’assertion de Tisseron est discutable et je suis heureuse que tu montes au créneau. Je parlais de “l’instant décisif” chez H. Cartier Bresson : la photo est fixée dans un instant crucial qui lui donne son sens plein et entier. Quelques secondes avant ou après et le cliché signifierait tout à fait autre chose. Par exemple, il y a la photo géniale de ce gamin qui vacille et se retient in extremis contre un mur lépreux. Ses yeux sont levés vers le ciel, on a l’impression qu’il est malade, prêt à chuter. Du coup, la photo est inquiétante. Le conférencier nous apprend que le gamin, en fait, est en train de lancer une balle en l’air. Elle est hors champ. Le corps est en déséquilibre car le gosse s’apprête à la récupérer; ses yeux fixent la balle.
    Resituer ce contexte, faire ce travail là donc sur “l’avant et l’après” m’eut été impossible sans une médiation.
    C’est pourquoi, je suis d’accord avec toi quand tu dis que les propos de Tisseron sont théoriques.
    La photo ne cadre peut-être pas tellement.. Soit, mais elle est sublime. Je suis une inconditionnelle du travail de d’Agata, découvert à la Galerie Vu (il appartient d’ailleurs à l’agence Vu). Le bouquin qu’il signe avec Azoury est magnifique : étreintes, anamorphoses, hommage à Bacon au travers de citations plastiques. Un must.

  9. lo dit :

    ne sommes-nous pas ici au coeur d’un débat passionnant et beaucoup plus général sur la réception de l’oeuvre artistique quelle qu’elle soit? faut-il la considérer telle quelle, “formelle” en un mot, ou la contextualiser? pour ma part je suis partagé
    impossible d’en dire plus, l’institution pompe mes neurones ;-)
    lh.

  10. sandrine dit :

    Hé,hé ! Et à propos de réception, je viens de voir les magnifiques “paysages” de JPP. T’en dis plus par mail. Merci infiniment pour m’avoir envoyé le DVD.
    Oui, on parle là de réception et d’imaginaire. Je pense qu’il faut se confronter à l’oeuvre dans un premier temps, mais pour autant, la contextualisation me paraît indispensable. Je trouve exécrable cette attitude qui vise à laisser le spectateur face à l’oeuvre, sans médiation. Pour moi, ça relève de la pose et du mépris le plus profond. Beaubourg s’y est essayé un temps.
    Et conseil : combats l’institution vampirique !

  11. jean-sebastien dit :

    “Paysages” de Jean-Pierre Papin?!

  12. sandrine dit :

    Je vous trouve d’humeur bien rigolarde, mon cher JS !

  13. jean-sebastien dit :

    scuzez moi mdame…

  14. lo dit :

    demandons à JPP ce qu’il en pense ;-)
    lh.

  15. jean-sébastien dit :

    mais qui est JPP…?

  16. lo dit :

    … demande JS

  17. lo dit :

    te/vous propose le
    www.mouvement.net
    version flash
    ;-)
    lh.

  18. lo dit :

    et vous me direz…
    formel ou contextuel?
    lh.

  19. Monsieur Caca dit :

    bordel, mais je ne déconnais pas le moins du monde ! concerné au premier chef par le fou en photographie, je n’avais jamais pensé comme cela. et voila, on a un pseudo ridicule, et tout le monde croit qu’on déconne ;-)

  20. M dit :

    vous aurez rectifié de vous même : “flou” et non pas “fou”. encore qu’en ce qui me concerne…

  21. jean-sebastien dit :

    beau lapsus…

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