L’impressionnisme, un train d’avance sur le cinématographe
De haut en bas, La Gare Saint Lazare par Claude Monet, L’Arrivée d’un Train en gare de la Ciotat des frères Lumière, Bronco Billy de Clint Eastwood.
On en avait déjà eu l’intuition ici, mais impressionnisme et cinéma entretiennent bien des correspondances secrètes, à en croire l’exposition qui se tient au musée des Beaux Arts de Lyon en ce moment même :
“Il devait revenir à un cinéaste de présenter le Cinématographe comme l’héritier direct de l’impressionnisme. En effet, en 1967, Jean-Luc Godard n’hésite pas à faire dire au personnage interprété par Jean-Pierre Léaud dans La Chinoise, que Lumière était « un peintre », en fait « le dernier peintre impressionniste ». Et, en 1998, dans son Histoire(s) du cinéma, Godard reprend : « […] avec Edouard Manet commence la peinture moderne, c’est-à-dire, le Cinématographe ».
Cette exposition, organisée en partenariat avec l’Institut Lumière, invite à s’interroger sur la diversité et la complexité des rapports entre deux arts, révélés à vingt ans d’écart :
- entre la peinture impressionniste dont la première exposition de groupe est présentée à Paris, le 15 avril 1874, dans l’atelier du photographe Nadar, avec notamment le tableau manifeste de Claude Monet, Impression, soleil levant,
- et le Cinématographe des frères Lumière inventé en 1895, dont la première projection publique se déroule à Paris le 28 décembre de cette même année.
C’est dans la représentation de la vie moderne, que le Cinématographe à ses débuts prolongerait l’impressionnisme. Des scènes de l’intimité familiale à la description de l’agitation de la vie urbaine, de l’évocation de l’industrialisation et du monde du travail à la fascination exercée par le chemin de fer, ces thèmes sont autant de laboratoires pour la restitution de la modernité, saisie dans la diversité du rendu de la lumière et de l’espace.”




Le 26/06/2005 à 16:38
Pas grand chose à voir avec l’impressionnisme (quoique…) mais dans les photogrammes que tu aurais pu rajouter, il y a aussi le premier plan, saisissant de “Spider” de Cronenberg. Voilà, c’est dit !
Le 29/06/2005 à 16:20
Oui, Spider, la séquence d’ouverture, la gare bondée qui se retrouve désertée en quelques minutes. Focalisation sur le personnage principal, immersion dans son univers mental.
Précisément, cette mentalisation nous éloigne un peu du sujet qui nous intéresse ici, à savoir comment le cinéma s’origine dans la peinture impressionniste.
Sinon, je profite de ce temps limité de connexion pour vous dire que je cesse pour raisons techniques d’émettre.
Un virus féroce a grillé mon sytème. Je n’ai plus d’ordinateur pour l’heure et trop de boulot au bureau pour poster de cet endroit.
Et le moral ?! Down !
Le 29/06/2005 à 18:34
Ma devise : “on en rira plus tard”
Le 29/06/2005 à 18:56
Je ne voudrais pas abuser (loin de moi l’idée d’en rire, je sais que c’est douloureux) et sans faire de prosélytisme, mais quand je lis cela (et ça arrive souvent), je me dis qu’on a bien de la chance d’être sur Mac, n’est-ce pas lo…
Le 29/06/2005 à 19:51
oui, “mentalisation” mais aussi référence, le plan de Cronenberg est la réplique exacte du plan des Lumiere. Aussi, c’est tout l’effroi des spectateurs primitifs qui est convoqué. Alors finalement, impressionnisme également.
Le 30/06/2005 à 13:58
Il est vrai que la séquence liminaire de Spider est une citation, consciente ou pas. Mais peut-être est-ce parce que je n’aime pas beaucoup le film ? Je ne vois pas “l’effroi ” originel que tu mentionnes.
L’angoisse ne nait pas de l’arrivée du train en gare mais bien de la disparition progressive du décor au profit d’un espace mental.
Tu aimes Spider ? Je trouve le film trop explicatif. Dans la filmo de Cronenberg, il est pour moi un peu l’équivalent de Marnie ou la Maison du Dr Edwardes pour Hitchcock.
Quant à mes déboires technologiques, je ne suis toujours pas d’humeur rigolarde. Mais je garde bon espoir et travaille à une alternative.
Le 30/06/2005 à 18:49
Ce n’est pas à toi que je dois rappeller que les spectateurs du film des Lumiere (selon la légende) se seraient enfuis de la salle de projection, pensant que le train allait leur rouler dessus. C’est de cet effroi dont je parle.
Et oui, j’aime Spider, mais j’ai des circonstances atténuantes, j’aime aussi le Dr Edwards et Marnie.
Bon courage pour tes soucis informatiques
Le 30/06/2005 à 22:11
Sandrine peut-être n’aimes-tu pas Spider parce qu’il n’est pas assez “organique” à ton goût ?
Mais alors que dire de Dead zone ?
Le 1/07/2005 à 02:35
qu’entends-je?!!!! Mais “Marnie” est un film extraordinaire!!!
Le 1/07/2005 à 10:18
Je suis d’accord avec sandrine : “Spider” est un vrai ratage, et “Marnie” un chiantissime navet psychanalytique !
Le 1/07/2005 à 10:57
Les enfants, on est prier de ne pas déconner avec Marnie. Merci
Le 1/07/2005 à 11:35
Dick Laurent,
Je ne vois pas cet effroi …dans Spider bien sûr ! Je sais que le film des Lumière a provoqué une belle panique, à l’instar de cette arme à feu pointée sur une assistance choquée dans L’Attaque du Grand Rapide.
Depuis quand d’ailleurs n’avons-nous pas éprouvé cette puissance physique du plan au cinéma (je n’ai rien vu de satisfaisant ces derniers temps en salles) ?
Quand je parle de Marnie ou de La Maison du Dr Edwardes, pachydermes psychanalytiques, je ne les mets pas au rebut pour autant.
Aussi, je n’abonde pas tout à fait dans le sens de la provocation de Damien ! :-)
Pour moi, ce sont des oeuvres à part dans la filmo de leur auteur : de grands films ratés !
Marnie est un film très laid, avec ses décors cartons pâtes, mais j’ai conscience que cette laideur là participe à la force du film. Il n’empêche, que c’est lourd !
Je n’aime pas Spider car le film manque d’opacité, tourne au système, donc à vide. Détrompe-toi, Phil : la dimension organique est bien là, logée dans les différents avatars (cf double rôle tenu par Miranda Richardson). Le jeu de Fiennes m’insupporte, trop dans la performance.
Mais pourquoi défendez-vous Marnie si férocement, JS et Tlön ?
Le 1/07/2005 à 12:45
Parce que voilà précisément un film de garçon : l’histoire d’un homme qui révèle une femme à elle-même, la rend au monde (et à lui). Le principe actif de ce film en est résolument masculin… ; D
Le 1/07/2005 à 14:29
Bien essayé, Séb ! Mais ça ne tient pas !
“Quel que soit le père de la maladie, un mauvais régime en fut la mère”, citais-je dans un précédent billet.
Il se trouve qu’ici, la mère de Marnie est responsable du traumatisme. Donc, le film est tendu encore ici par un principe féminin. Connery doit délivrer Marnie du sortilège maternel (c’est presqu’un conte - le chevalier, l’adjuvant, la méchante sorcière, la princesse).
Ma théorie tend à se vérifier…..
Le 1/07/2005 à 15:52
Tu oublies le marin, déclencheur du traumatisme; et ce grand bateau peint au fond du décor, à jamais source du mal pour la pauvre Marnie… Le remède et le mal sont chaque fois un homme. Au reste, quand bien même je me range à ton point de vue, je parlais du masculin comme “principe actif”. Par où la femme est passive (à elle l’hystérie) et l’homme actif, guérisseur (à lui le travail du psychanalyste). Là-dessus, je te l’accorde, il s’agit du film le plus délibérément misogyne d’Hitchcock…
Le 1/07/2005 à 16:59
Le mal n’est pas tant incarné par le marin que par la mère, semi prostituée qui le ramène à la maison. Femme de mauvaise vie, elle est source du malheur. Le bateau ? En anglais, “boat” est du genre féminin.
Film misogyne ? Assurément !
Mais infesté par le féminin, quel que soit le rôle “d’accoucheur” de l’homme.
Le 1/07/2005 à 17:10
Children, chilllldren… (bis)
Francesco Truffaldo disait « grand film malade » not raté… and see « Marnie » again, siou’plaît : cette ugliness-là contre toutes les fausses beautés, j’échange at once !
First, Tippi Hedren is simply astounding. La scène when she kills son cheval blessé est one of the things les plus poignantes ever seen.
Second, it is un film entièrement axé sur la concupiscence (Sean Connery towards Marnie). La psychanalyse is not much more than a cache-sexe MacGuffin. In my idea, what this film is really about : un viol.
Et le reste is litterature.
Le 1/07/2005 à 19:09
Of course, la psychanalyse est un mcguffin : Marnie est le plus beau film qui soit sur le désir masculin!
Le 1/07/2005 à 19:31
PS : Sandrine, je ne voyais pas dans le bateau un symbole intrinsèquement masculin, phallique ou autre ; je m’en tenais au scénario : je trouve très belle cette toile de fond, ce bateau qui bouche l’horizon pour toujours, implique qu’il restera à jamais ce lieu d’où ont débarqué autrefois les marins : ces “hommes en blanc” que décrit rétrospectivement Marnie, ce sont eux qui venaient chez la mère…
Sean Connery les contient tous en puissance, ces hommes. Au fond, il veut Marnie et l’obtient. Il ne s’agit pas de savoir si le principe du cinéma en général est féminin ou masculin (”Marnie” comme contre-exemple était une boutade, tu aurais eu beau jeu de m’objecter qu’étant un film sur le désir, la femme en est le centre, c’est à cela que je m’attendais) mais d’insister sur l’idée qu’il parle aux garçons, que c’est un film qui ne pouvait être fait que par un homme, qui plus est un homme amoureux qui n’obtenait pas, lui, ce qu’il voulait (en l’occurence Tippi Hedren qui refusait ses avances, mais tu connais l’histoire). Pour moi, je maintiens, c’est la mise en oeuvre d’une psyché d’homme sous couvert d’une psyché féminine…
Le 1/07/2005 à 19:59
En fait, Hitchcock est ton principal allié dans cette affaire, mais aussi un faux ami : en un sens “Vertigo” (dont “Marnie” est le pendant violent et délibérément sexuel), a assis pour toujours le cinéma comme principe féminin, moteur de désir. C’est pourquoi beaucoup considèrent avec lui la cinéphilie comme masculine, par contrecoup. Ce n’est donc pas le cinéma, mais bien la cinéphilie, que tu dois revendiquer comme possiblement féminine ! ; )
Le 2/07/2005 à 01:05
d’accord avec Seb (sur le bateau qui bouche “littéralement” l’horizon et avec Scanner : tu parle de chevalier libérateur Sandrine, mais tu oublies quand même que Sean Connery la viole sur le paquebot…
Pas sûr que le film soit si mysogine que ça d’ailleurs : à mon sens le film nous fait croire que la “folle” c’est Marnie mais Hitch sait très bien au fond que le vrai “fou”, le vrai pervers, c’est Sean Connery (enfin le personnage dont le nom m’échappe), et par extention Hitchcock lui-même…
film beaucoup plus retors qu’il n’y paraît (et sa “hideur” formelle est tellement merveilleuse)
Le 2/07/2005 à 01:06
que de fautes d’orthographes, j’ai honte…
Le 2/07/2005 à 10:18
Cf la manière dont l’ouverture de Marnie est l’echo de la scène de Vertigo ou Novak change de couleur de cheveux.
Le 2/07/2005 à 19:06
Right !
Séb,
Marnie “le plus beau film qui soit sur le désir masculin” ? Je lui préfère Vertigo auquel fait référence fort justement notre ami Tlön.
Arguments imparables de Scanner, comme toujours. Par “fausses beautés”, vous pensez à quoi précisément ? Parlez-vous d’une technique en particulier ? d’un genre ? d’un formalisme outrancier propre à certains auteurs ?
JS,
Pas faux, en effet ! Connery est encore plus atteint que Heddren manifestement ! :-)
3è jour sans ordinateur on my own. J’enrage littéralement. Seule la diffusion de Lost saura m’apaiser. Du moins, ce soir !
Le 3/07/2005 à 01:36
Well. I’m parable, am I not ?
Fausses beautés… good question. Going to sleep là-dessus mam’zelle. True beauty, c’est le nez de Cléopâtre.
Or ?
A beautiful night.
Le 4/07/2005 à 14:07
Scanner,
Je suis secrètement amoureuse de vous.
Le 4/07/2005 à 17:19
I am only a machine.
Le 4/07/2005 à 17:27
Je m’en doutais ! Un cerveau surpuissant, façon Hal dans 2001.
Long live the new flesh !
Le 6/07/2005 à 08:32
A lire dans les Cahiers qui vient de sortir “Lumière au grand jour” par Jean-Pierre Rehm/ quel écho!
Le 6/07/2005 à 12:27
Ce blog est-il devenu la caisse de résonnance des Cahiers ? C’est rigolo, en effet ! En même temps, il s’agit d’une expo phare : difficile de ne pas en parler.
Et puis, je rappelle que c’est Damien qui, le premier, a émis ce lien entre impressionnisme et cinéma. (cf le regard croisé antérieur à cette note).