L’origine du monde selon David Lynch

Photo de David Lynch, série “Nudes” L’Origine du Monde de G. Courbet

Les personnages masculins chez Lynch sont mus par une angoisse castratrice forte. Face à la jouissance féminine qui leur échappe, ils sont désarmés. Le désir régressif de retour à la matrice se manifeste avec le psychotique Franck Booth (Denis Hopper) dans Blue Velvet. La consommation de drogues vise à le faire revenir à un stade primitif, pré-natal. Un masque à oxygène sur le nez, relié par un tuyau/cordon ombilical, il ouvre, halluciné, les jambes de Dorothy Valens (Isabella Rosselini), apprécie son entrecuisse offerte à son regard pervers mais néanmoins esthète, comme s’il contemplait le tableau de Courbet.

Certes, la femme chez David Lynch inquiète : à la fois sainte (la figure de l’innocente ou de la victime) et/ou putain (la garce nymphomane et vénale). Le personnage d’Alice/Renée dans Lost Highway illustre les deux pôles de cette indécision ontologique, propre au statut de l’héroïne lynchéenne. Il est par conséquent impossible pour Fred/Pete de posséder cette énigme (« You will never have me » lui sussure à l’oreille la spectrale Alice, avant de disparaître dans un tourbillon de sable blanc). L’écrivain Gibran Khalil illustre à merveille cet échec : « Tout homme aime deux femmes : l’une est création de son imagination, l’autre n’est pas encore née ».

Jeffrey Beaumont fait l’expérience initiatique du mal dans les bras de Dorothy Valens, explore des contrées insoupçonnées de sa propre sexualité : sado-masochisme, voyeurisme, fétichisme, homosexualité vont signifier son passage à l’âge adulte dans la transgression, ainsi que la perte de l’innocence.
Les sur-sexuels Sailor et Lula feront la même expérience. A la différence que la mère castratrice, qui fomente le meurtre de Sailor, sera reléguée in fine du cadre et de la fiction. Le couple recomposé formera une famille, terreau pourtant habituel de la monstruosité dans l’œuvre lynchéenne (Twin Peaks, Elephant Man).

En somme, le signifiant et récurrent mouvement qui va du dehors vers le dedans, figuré par des travelling élégants, exprime l’entrée des personnages dans le corps de la fiction et la volonté régressive de retourner à la matrice originelle.
S.

9 réponses pour “L’origine du monde selon David Lynch”

  1. .Moland.Fengkov. dit :

    J’en profite pour poursuivre dans la série des quizz fastoches. Dans quel film voit-on un personnage affirmer : “Bébé veut baiser Maman.” ?

  2. Sandrine dit :

    Mais on se moque !
    S.

  3. coucourde dit :

    N’est-ce pas pas Steevy dans LOFT STORY I ?

  4. sandrine dit :

    Oh !
    S.

  5. .Moland.Fengkov. dit :

    Steevy aurait plutôt dit : “Bébé veut se faire baiser par Papa.”

  6. Houssein dit :

    Intéressante analyse de l’approche de Lynch. Qu’en est il de Mulholland Drive ?

  7. sandrine dit :

    Bonjour Houssein,
    Eh bien disons que dans Mulholland Drive, la dialectique du double fait d’autant plus rage. Les héroines sont duelles.. Est-ce de cela dont vous vouliez parler ?
    S.

  8. Houssein dit :

    Oui effectivement, dans Mulholland Drive la dualité est frappante. Il s’agit aussi, comme dans tous les films de Lynch d’un voyage à l’intérieur de la perversion et de la névrose humaine…

  9. vitor dit :

    tien

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