La beauté du geste

Nip/Tuck : figuration visuelle de l’entaille. Le « slash », à la césure, redouble le geste germinatoire d’une série résolument incorrecte. Clin d’œil du titre aux génériques de Soul Bass et à sa typographie morcelée, laquelle donne le « la » de la série : découper, et sur le fil ténu de l’incise, coudre les scénarios les plus alambiqués. La saison 3 n’est pas en reste, avec son lot d’intrigues méandreuses.

Un sadique défigure tout ce que la Floride compte de beautés artificielles, au prétexte du mensonge. Et pour parachever son œuvre, de dessiner au scalpel un rictus grotesque sur les visages de ses victimes, façon Joker. Qui se cache derrière le « découpeur » (moi, je sais) ? Voilà pour l’argument, dont les développements tordus feraient passer les élucubrations scénaristiques de feu Melrose Place pour du Dostoïevski ! Mais, on s’en moque.

Ce qui importe ici, c’est la beauté du geste, sa précision qu’enregistre sans détour et avec réalisme une série de l’exultation. Exultation de la chair, et partant, d’un tissu fictionnel sans cesse lacéré par la lame de ses scénarii improbables. La crudité des actes chirurgicaux est édulcorée par son inscription dans un rituel identifié. Chaque opération s’ouvre par un morceau de musique contextualisé (pour ne pas dire paraphrastique). Mise en scène du geste et mise à distance (souvent ironique) par le truchement de la bande son. Nip/Tuck relève du mix.

Si cette 3è saison baille aux coutures, ce geste là demeure, noble, impur, inscrit dans une cérémonie. Avec ceci de beau qu’il répare.
La figure du « découpeur » apparaît alors comme un intéressant avatar. Le puriste s’emploie à dénaturer l’œuvre plastique des deux chirurgiens. Processus inversé : l’incision ne vise plus à la restauration d’une intégrité physique mais à sa négation. C’est dans cet écart que se définit également le cinéma gore : un geste qui, au lieu de réparer, sépare.

(Photogramme extrait de la saison 3 de Nip/Tuck)

7 réponses pour “La beauté du geste”

  1. fairy queen dit :

    Sans écart, pas de plaisir…

  2. simon dit :

    Fairy queen : Tu dois t’être trompé, c’est pas le post sur Basic Instinct là.

  3. feérique inn dit :

    le gore , en l’occurence le Sadisme, dans l’ordre de la littérature, se nourrit d’un principe de jouissance, fendre et inciser dans l’ordre de l’aperture, du biais, fût il ritualisé selon une charthe esthétique, à l’instar des Vanités quelque part, sous le dessin du Rictus.
    Un plaisir “text-uré”..

  4. oup dit :

    contamination charte et barthes maheureuse
    allez : dessein du rictus.
    Dans le film de Nobuhiro Suwa,il y a intérorisation du gore …

  5. Abel dit :

    - Allo, c’est moi, Nina. J’ai un arrivage massif. Ma mule est passée.
    - Ça tombe bien, je commençais à être en manque. J’arrive.
    - Bon, tu peux commencer avec un petit verre de desperate, histoire de te griser et de rire un bon coup. Ensuite, je te propose de te perdre dans le monde de L.
    - Non, c’est de la camelote, je préfère me perdre ailleurs.
    - Alors j’ai ce qu’il te faut, d’ailleurs ça s’appelle du lost, mais attention, si t’as des tendances paranos ou mystiques, à consommer avec modération. Tu pourrais voir la Vierge et avoir envie de lever une armée pour combattre des fantômes.
    - T’inquiète, je suis rôdé, je me suis fait une cure de 6FU, récemment. Question sensations, si tu survis à la cinquième dose, tu peux tout essayer. Rien de neuf ?
    - Si, j’ai un spliff de 4 400.
    - Ah non, j’ai goûté, ça m’a rien fait. Je préfère la qualité à la quantité.
    - Bon, bah accroche-toi, j’ai quelque chose qui va te faire partir très loin dans le délire. Du Nip/tuck saison 3. Direct en intraveineuse. A chaque fix, tu risques de hurler à faire flipper tes voisins. Entre cauchemars hallucinogènes, fantasmes à donner envie de baiser à couilles rabattues tout le week-end, et hystérie euphorisante. De la bombe. Sans conteste la meilleure marchandise du moment. Sinon, je sais que t’es accro, alors je t’ai apporté les 5 premiers grammes de 24, mais je te préviens, passé le premier ¼ d’heure où tu sautes au plafond, le sang chargé d’adrénaline, tu retombes aussi sec pour ramper d’ennui.
    - Hmmm, pourtant, la dernière fois que j’en ai pris, j’ai pas décroché pendant 24 heures, c’est ce que j’ai goûté de plus fort. D’ailleurs, Jack en est mort. Tu sais, je vais m’enfiler tout ça en un week-end, va falloir me réapprovisionner, si je succombe pas à une OD.
    - Je vois Tony S. bientôt, je verrai ce qu’il m’apporte. En attendant, get high…

  6. sandrine dit :

    Intriguée par cette intériorisation du gore chez Suwa.

  7. loli dit :

    vous etes fan de nip tuck? alors vs ne devez pas manker ce blog:
    http://fanniptuck.skyblog.com

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