La mélancolie, le silence et la joie
Concert privé de Barbara Carlotti, ce 21 juin à la Bellevilloise. A sa manière nonchalante et suave, cette guetteuse mélancolique raconte des histoires comme personne. La rencontre d’une voix nue, savamment distanciée, avec une pop aux influences anglo-saxonness produit un mélange (d)étonnant, dans la lignée de The Organ, la sensualité en plus.
S’ajoute à cela une présence scénique où l’humour ravageur de la belle élégante sert un univers décalé, irrigué de bout en bout par des références littéraires (Faulkner, Miller, Nin et même Marx !).
Comédienne dans l’âme, sur scène et à l’écran (on l’a vue dans Mods de Bozon et dans Vert Paradis de Bourdieu), Carlotti, la dandy, réinvente le spleen dans la continuité d’un Léo Ferré pour qui la mélancolie “est un chat perdu qu’on croit retrouvé”.
Et le concert d’hier ? Dans un cadre intimiste qui réunissait le gratin de la scène alternative musicale et critique, Carlotti affichait, comme la plupart des personnes en présence, une déglingue chic.
Verre de vin à la main, appelant à ce qu’on la resserve quand son godet venait à se vider, la chanteuse a ouvert son set lyrique par “Cannes”, avant d’enchaîner sur “Les Lys Brisés”. Mais l’ambiance n’était pas au recueillement. Un brouhaha ininterrompu accompagnait une prestation à la fois délicate et maitrisée. La charismatique Carlotti ne s’est pas démontée, et “si le cinéma sonore a inventé le silence” (Bresson), la nouvelle égérie pop, qui a réinventé la chanson littéraire, l’a réclamée pour elle, toute lumières éteintes.
Sa voix rauque et feutrée s’est alors élevée à l’adresse des amoureux déçus. Habitée, la belle liseuse ne se départit jamais d’un sens consommé de la dérision qui la voit se rouler sur scène quand elle interprète “L’Argent”.
“Qu’on me donne de l’argent” hurle t-elle, n’hésitant pas à froisser sa robe de satin noire. Brigitte Fontaine n’est pas loin. Mais foin des références : Barbara Carlotti ne ressemble qu’à elle !
(Mille mercis à Sabrina pour cette belle soirée).
Barbara Carlotti, Les Lys Brisés, Microbe, 2006.







Le 22/06/2006 à 14:35
et elle a un titre dédié au Festival de Cannes… tout s’explique !
http://cissme.com/bgroup/s/static2/13/22/75090033_nQKF.ram
Le 22/06/2006 à 16:19
Cher Frédéric,
On souffre d’amnésie ? Sans doute ces soirées éreintantes passées devant l’écran de télévision à soutenir les Bleus ?
J’ai initié le “reportage cannois” par la chanson éponyme de Barbara Carlotti. On pouvait écouter le titre sur mon blog, ici :
http://contrechamp.kaywa.com/cannes-2006/15-jours-a-cannes-tout-est-possible.html
Ah, d’ailleurs, tu avais même laissé un commentaire !
Le 22/06/2006 à 16:23
le gratin de la scène alternative musicale et critique.
tout un programme.
Le 22/06/2006 à 16:26
myasz ??!
Quel come back fulgurant !
Merci d’avoir relevé l’ironie…
Le 25/06/2006 à 14:26
Carlotti est tout simplement l’une des plus belles voix de la chanson française actuelle. Et quel univers ! C’est elle qui compose ses très beaux textes. Je n’étais pas au concert mais je l’ai vue au Café de la Danse. Quelle personnalité. J’en suis sorti tout énamouré.
Le 25/06/2006 à 14:32
On le serait à moins, cher Antoine Doinel ! :-)
Le 25/06/2006 à 22:18
Sympa la chanson sur Cannes.
Le 26/06/2006 à 11:14
Barbara Carlotti m’a écrit, Barbara Carlotti m’a écrit !!!!!
Bon, c’est simple : qui n’achète pas son dernier album sera banni de ce blog !
Le 26/06/2006 à 14:55
Je l’ai téléchargé.Ca compte?
Le 26/06/2006 à 16:07
Banni !
Le 26/06/2006 à 19:48
Aaah, Barbara… Elle ne se roule pas sur scène, elle se love au milieu des particules élémentaires de la scène électrisée… J’en pleure encore.
Le 27/06/2006 à 00:45
Fausse note : je n’aime pas du tout. Un peu trop niais, biolay face minable.
Le 27/06/2006 à 19:25
je suis tout confusé d’avoir été pris en flagrant délit…
PS : The Organ, la sensualité en moins, la pop en plus… je préfère…
Le 29/06/2006 à 10:48
C’est quoi le bouquin de la meuf, « Les Marxistes », ou bien ?
Trop ouf en tous cas.
Le 29/06/2006 à 18:47
Skoteinos
“Les Marxistes”, en effet : elle nous en a lu un passage hilarant mais je cherche la référence.
N.O,
Banni de ce blog ! Impie.
Frédéric,
Si tu aimes The Organ, le groupe est en concert en août dans le cadre de Rock en Seine avec, en tête d’affiche, Radiohead. J’ai ma place !
Orphée,
Votre formulation est splendide, mais avouez : elle était si merveilleusement déchaînée sur ce titre ! Et vous ne vîntes même pas me saluer à ce concert ?
Le 10/07/2006 à 21:44
Jolie la photo du talon accroché au barreau du tabouret. Ça “cristallise” la définition de la dame.