La nouvelle vague roumaine existe-t-elle ?
Suite de l’entretien avec Nae Caranfil qui fait la jonction idéale avec les Rencontres internationales de cinéma qui se tiennent en ce moment même à Paris. Outre la rétrospective Todd Haynes et Lech Kowalski, un focus est fait sur le jeune cinéma roumain sur lequel s’exprime avec lucidité le réalisateur.
Comment se définit selon vous le “mouvement post-décembre” ?
Cet dénomination me paraît erronée. Mais le premier film qui a marqué selon moi l’émergence de la nouvelle vague roumaine, même si je n’aime pas non plus cette terminologie, a été présenté à Cannes en 2001 à la Quinzaine des Réalisateurs. Il s’agit du Matos et la Thune de Cristian Puiu. Son style a influencé toutes les productions postérieures. Il y a une unité esthétique qui s’est créée, ce qui n’est pas forcément très bien à mon avis. Lorsque ces jeunes cinéastes ont débuté, leurs premiers films étaient tous très différents. Chacun avait son propre univers et c’était intéressant. A partir de leur deuxième film, ils se sont rassemblés autour d’un même style qui fait le délice des festivals. Un style néo-réaliste, minimaliste qui s’explique par le manque chronique d’argent mais qui est calibré pour les festivals lesquels, à terme, vont avoir du mal à ingurgiter toujours le même repas.
Vous pensez-donc qu’il y a des films de festivals ? C’est une polémique qui a agité le milieu de la critique française cette année.
Absolument. Concernant le cinéma roumain, j’utilise l’image du cheval de Troie qui a pénétré la citadelle des festivals. Si les soldats ne se dispersent pas une fois à l’intérieur pour gagner leur propre espace, le cheval reste là, massif et impénétrable et on ne peut pas vraiment parler d’une conquête.
Bien que vous apparteniez à la génération précédente, vous partagez des sujets communs avec les jeunes cinéastes. Notamment, le passé communiste. Mais votre traitement est radicalement différent.
Quand j’ai commencé à réaliser, j’ai voulu en finir avec cette idée que la Roumanie était le personnage principal de tous les films. Je voulais raconter des histoires simples et universelles qui gagnent en saveur par leur ancrage en Roumanie. Un western américain peut se passer partout dans le monde, mais situé dans le far west, il a plus d’intérêt. Je veux faire des films populaires. Les grands cinéastes sont pour moi ceux qui réconcilient un public large avec l’art. Je pense avec nostalgie à l’âge d’or hollywoodien avec lequel j’ai grandi et à ses génies de l’entertainment. Aujourd’hui, il y a un rideau de fer entre le cinéma américain mainstream, de plus en plus écervelé, et le cinéma européen, de plus en plus maniériste, qui poursuit un chemin sans but. Il y a dans ce cinéma là un refus du récit, de l’accessibilité, du charme. Un film de Sokourov, aussi brillant et virtuose soit-il au plan formel me laisse froid.
Vos films rencontrent-ils le public roumain, contrairement aux productions de la nouvelle vague qui exigent un effort éducatif auprès des spectateurs ?
Oui, mes films ont un public en Roumanie. Les jeunes cinéastes font, quant à eux, un cinéma radical et sans compromis. Ils filment quasiment toujours une tranche de vie, racontée dans une unité de temps, sans artifice, ni musique, caméra à l’épaule. Ils s’appuient sur de longs plans qui n’amènent pas d’autre rythme que celui de la réalité. C’est une approche documentaire, presque du reportage. Le public roumain n’est pas encore prêt me semble-t-il à aller voir au cinéma ce qu’il voit tous les jours sous ses fenêtres. Ce n’est pas le genre de choses qui l’enthousiasme. Il a tort. Il faut aller voir les oeuvres sans a priori, avant de les refuser. Porumbuiu, par exemple, fait des films à la fois burlesques et tristes, mais pas désespérés.
Comment sont distribués les films en Roumanie ?
Il reste 32 salles de cinéma dans un pays qui compte 33 millions d’habitants. Et elles continuent de fermer à cause de la politique catastrophique menée par l’Etat pendant les années 90. Les salles étaient le patrimoine de l’Etat, les équipements n’ont pas été rénovés, l’entretien était nul, de sorte qu’il y avait plus de rats que de spectateurs dans les salles. Les cinéastes s’octroyaient un salaire plus élevé que les recettes de leurs films. Ces éléments nous ont mené là où nous en sommes. La solution est d’ouvrir des multiplexes dans le pays, avec différents services (bars, restaurants) pour que le public redécouvre le plaisir de fréquenter la salle de cinéma.
Nous avons nous en France, une position d’opposition récurrente à l’ouverture de multiplexes !
Je le sais bien, mais vous n’avez pas de problème de fréquentation. La France est un paradis cinéphile. Mais le problème que je rencontre avec mes œuvres est d’une autre nature. Je suis en guerre avec la politique des festivals car mes films ne sont pas considérés grand public. A cause de la langue, il n’est pas aisé d’avoir des distributeurs. Et pour les festivals, mes films ne sont pas assez « niches », car à mi-chemin entre le cinéma grand public et le cinéma d’auteur. Je considère que je fais du cinéma d’auteur. J’écris, je réalise, je ne fais pas de compromis pour obtenir le succès.
Ce qui me frappe, c’est précisément la polyvalence des cinéastes roumains.
Je ne peux pas me vanter de savoir tout faire. Par exemple, je n’assure pas la production de mes films. J’ai fait l’école de cinéma dans les années 80 à Bucarest. Mais il est vrai que j’écris et je réalise. A mes débuts, je composais également la musique de mes longs métrages. J’écrivais les thèmes musicaux et travaillais avec un vrai professionnel pour l’orchestration.
Vous voyez bien que vous êtes un homme orchestre, si je puis dire ?
Hé non ! Par exemple, je ne sais même pas faire de frites !





Le 30/11/2007 à 18:01
Je ne connais pas ce monsieur, mais je trouve le titre du post (un alexandrin ?) rigolo.
Le 30/11/2007 à 20:52
P/Z,
Ce n’est vraiment pas le pied : j’en compte seulement 11 ! Quant à Nae Caranfil, il a beaucoup fait de coprod avec la France, a même tourné avec des acteurs français comme Cluzet. Son style est radicalement différent de celui de Mungiu ou Puiu. Films en costumes parfois quant le dépouillement est de mise chez la génération montante. En tout cas, un réalisateur extrêmement intelligent et affable.
Je rencontre demain les “cadets” à Paris, première étape filmée de mon documentaire sur le jeune cinéma roumain. J’ai mal partout, des orteils à la nuque. Le stress sans doute ?
Le 1/12/2007 à 09:39
“Existe-t-il une nouvelle vague roumaine ?” = 13 syllabes
“La nouvelle vague roumaine existe-t-elle ?” = alex
Le 1/12/2007 à 11:09
Et Lech Kowalski…c’est bien ?
Le 2/12/2007 à 20:58
La nouvelle vague roumaine, c’est en Italie que ça se passe ! (enfin, le ressac à présent)
Le 3/12/2007 à 06:02
Versifikator,
Je change fissa le titre de mon billet et opte vaniteusement pour l’alexandrin. Il est vrai que j’ai affaire à un spécialiste de la versification et à l’auteur d’un “dictionnaire des rimes” vendu dans toutes les bonnes librairies. Merci !
Philippe,
Comme je t’ai croisé à la séance de samedi, c’est toi qui est le plus à même de me répondre car je verrai plus tard les courts-métrages de Lech Kowalski. Néanmoins, j’étais ce soir à la projection de Winners and Losers qui se passe lors de la dernière coupe du monde de football et c’était très bien. Des joies du contrechamp. On ne voit rien du match de finale, ni le fameux coup de boule de Zidane, juste les visages de supporters ordinaires italiens et français. Je pense en faire une note mais dois m’imprégner davantage des productions du punk réalisateur.
sk†ns,
Hum ! Mouis. Cet “incident” a été commenté pendant le festival par les réalisateurs roumains. Notamment Cristi Puiu. Tous ont à coeur de lever les stéréotypes relatifs à la criminalité roumaine et l’on peut dire que cet événement tombe vraiment mal.