La star, l’héritière et la flaque de vomi
“There’s nobody in the world like me. I think every decade has an iconic blonde - like Marilyn Monroe or Princess Diana — and right now, I’m that icon.”
Paris Hilton in the UK’s Sunday Times.
Prenons Paris Hilton au sérieux. A chaque décennie son icône blonde qui voit l’héritière se placer aux côtés de Marilyn Monroe et de Lady Di ! On pourrait accueillir le propos par des ricanements et le mettre sur le compte de l’ego platine de la bimbo peroxydée. Mais on y voit, au contraire, une intuition souveraine. Car Paris Hilton s’inscrit bien dans cette filiation là. Idole née après le star system, elle en est la survivance incarnée au travers des signes qui lui persistent : la mode, la publicité, la presse, la télévision, en somme la culture de masse.
La disparition de Marilyn sonne le glas des stars-modèles. La super star enterrée, c’est à l’avènement de la “nouvelle star” auquel on assiste, hébété face au débordement médiatique qu’elle génère systématiquement.
Aujourd’hui donc, la reine des extensions capillaires se lance dans la chanson, tout en poursuivant en parallèle ses pérégrinations cathodiques (The Simple Life). Jet-setteuse adulée de la presse pipole, friande de ses récurrents accidents de culotte, Paris Hilton n’est plus modèle, mais imitation.
C’est d’autant plus frappant dans le clip Stars are blind, titre du single sucré que susurre la californienne. Exercice magistral de digestion, et vrai condensé de la vie de Marilyn Monroe, de sa carrière de pin up à ses rôles marquant au cinéma, le clip prouve que les stéréotypes ont migré.
Qui n’a jamais vu Paris Hilton “en mouvement” sera saisi à la vision du clip. Habituée à poser pour les paparazzi, immuable sourire, lèvre inférieure renflée, oeillade languide, ou qu’elle trait une vache, le même glacis de sophistication entoure sa présence figée. Le clip, en revanche, met en scène une Paris Hilton spasmophile, traversée d’expressions inédites, affleurant sous le ballet frénétique de ses gesticulations minaudières. Je me disais que je n’avais jamais vu une Paris Hilton aussi vivante, quand, contemplant les clichés de Bert Stern (Marilyn, La Dernière Séance), il m’apparaissait que Monroe n’avait jamais été si morte.
Mais dans les deux cas de figure, et bien qu’elle soit réinvestie par la représentation, c’est la vie qui fait retour.
Edgar Morin (Les Stars) notait : “Les stars ne sont plus des modèles culturels, des guides idéaux, mais, simultanément, des images exaltées, des incarnations, des symboles d’une errance et d’une quête réelle.” Cette quête, c’est la vie, ni plus, ni moins, sous l’inflexion de laquelle le vernis se craquelle.
Je me remémorais dans le même temps une photo de Paris Hilton, prise au sortir d’une boîte. Robe couture, sac de marque en bandoulière, la clubbeuse détourne les yeux. A ses pieds, joliment chaussés, s’étend une immense flaque de vomi. Cette cohabitation inattendue de deux instances antinomiques (sophistication et prosaïsme) rappelait que le glamour et le trash, au fond, ne sont pas si éloignés.
Le geste d’évitement avait quelque chose de passionnant : outre son impact comique évident, il introduisait de la distanciation dans le rêve. Hilton refuse de regarder l’écart qui sépare la vraie vie de son existence médiatique rutilante, le rappel gerbeux de ce qu’elle représente: une version altérée du mythe, son actualisation trash.
Marilyn Monroe, à la différence d’Hilton, a eu le courage de regarder. Elle expose sans aménité sa déchéance psychotrope sous l’objectif désirant de Bert Stern qui peut se targuer d’avoir saisi la vérité d’une des dernières stars au monde. La cicatrice à son flanc nu (on lui a ôté la vésicule biliaire quelques semaines auparavant), c’est la matérialisation d’une existence travestie, la sinistre balafre de la vie qui n’a jamais eu droit de cité à Hollywood jusque dans les années 60.
Hilton, la party girl, ne le sait que trop. Tel est l’enjeu du clip Stars are Blind : non pas un hommage mais une forme d’allégeance à la mythologie qui passe par le cliché. Copie de copie de copie. Aguilera imite Madonna qui imite Marilyn (la madone a eu, comme toujours, une bonne longueur d’avance sur ses cadettes), laquelle se voit aujourd’hui singée par une gosse de riches, sacrément futée, sous ses airs absents.
A l’œil vitreux de Marilyn, sous Dom Pérignon pendant l’ultime shooting, répond le regard mouillé de Hilton la wanabee à qui l’on doit la confirmation que l’on est bien entré dans l’ère de la résurrection des stars.
Manifestement ivre sur la plupart des clichés, on se prend à imaginer Marilyn vomissant aux pieds de sa copie de pacotille. Une gerbe posthume déposée sur la tombe des espérances. Un héritage.









Le 6/08/2006 à 23:45
l’héritière ? vous êtes trop bonne…
Le 6/08/2006 à 23:53
C’est ce qu’elle est Paris Hilton, non ? Une héritière et à double titre, vous le comprendrez à la lecture du billet. Ah oui, et elle est chanteuse depuis peu ! Stars are blind, titre que j’ai du écouter en boucle, le temps de faire de laborieuses captures du clip (ça gesticule dans tous les sens, 150 images à la minute, j’en avais la nausée… à moins que ce ne soit du à cette soupe ! Je penche pour la 2è hypothèse).
Le 7/08/2006 à 01:19
Héritière à double titre?
Le 7/08/2006 à 02:15
Quel sacerdoce ! devoir regarder le clip (et l’entendre) pour faire des captures… Vous êtes à plaindre…
Le 7/08/2006 à 13:34
Bon évidemment, dans cette trinité de la femme, j’imagine que si la star c’est Marilyn, l’héritière, la Princesse Diana, Paris Hilton, elle, n’est plus que la flaque de vomi.
Faut dire qu’à défaut de nourrir les fantasmes, elle cumule (volontairement?)tous les clichés de la blonde nunuche et délurée. Moi, ça ne me gêne pas, je suis brune.
PS: C’est drôle, le titre me fait penser au personnage de Laura Dern dans “Sailor et Lula”. Laura Dern, star à sa façon, héritière en cinéma (elle est la fille de Bruce Dern et d’une actrice de télé dont j’ai oublié le nom) et qui dans le film de Lynch nous gratifiait d’une belle flaque de vomi!
Le 7/08/2006 à 14:08
Sweetness,
Ne soyez pas condescendant : Paris Hilton m’amuse beaucoup et je ne rate rien de ses tribulations. Ce n’est pas un phénomène sociologique, elle n’a rien à dire et c’est tout son intérêt.
Spirituelle Gabrielle,
Belle analyse, je n’avais pas pensé à Laura Dern. Et je vous laisse répartir à votre guise, les idiomes sus-mentionnés. Vous le faîtes si bien !
Le 8/08/2006 à 23:20
http://www.hollywood.com/news/detail/id/3481148
Le 9/08/2006 à 12:17
Bouh ! Quelle copieuse ! Mais je ne suis pas sûre qu’Hilton aurait accepté de s’enlaidir pour un rôle comme celui de “Monster”.
Le 9/08/2006 à 12:29
Hilton ne se définit que par rapport à des références précises, stars oscarisées, icônes du passé, qu’elle imite et tente de dépasser, mais qui est-elle vraiment, sous le voile trompeur des apparences ?
Je me souviens d’une interview que l’héritière donnait à un journaliste, un peu trop zélé. Ce dernier lui rappelait ses différents champs d’activité (mannequein, actrice, chanteuse etc..) avant de lui poser la question qui tue : “qui est la vraie Paris Hilton ?”. SIlence de mort, regard absent de Paris Hilton, le malaise s’installe. Alors l’agent panique et coupe court séchement: “Mlle Hilton ne répond pas à ce genre de question. Tenez vous en à ce qu’on a défini et à ce qui l’intérresse”.
Un grand moment !
Le 9/08/2006 à 15:00
Pas sûr que beaucoup d’actrice ai pris du poids comme C.Théron (Je trouve qu’elle se bonifie)pour Monster. Elle mouille le maillot: respect.
Elle se fait des illusions, ou stratégie commerciale. Elle manque pas de culot en tout cas.
Le 9/08/2006 à 17:39
En France, nous avons eu Brigitte Bardot, puis Lova Moor, et tout cela s’est terminé - tragiquement - avec Lolo Ferrari.
Bonsoir.
Le 10/08/2006 à 11:08
Absolument : Brigitte Bardot est LA référence à convoquer. Deplus, elle est toujours imitée(y compris par Hilton).
Il y a là une vraie équivalence. Quand Bardot tenté de mettre fin à ses jours, à peu près au même moment de la mort de Marilyn, elle a signé, elle aussi, la fin du système. Avant les années 60, on ne suicidait pas (du moins officiellement). Toutes ces super stars ont contribué à faire voler en éclats le rêve et à faire advenir une nouvelle génération d’icônes.
Le 11/08/2006 à 13:15
Ce matin, on nous l’affirme à la page 24 de Libé.
La réincarnation de Mailyn, c’est… Sherrie Lea Laird, 43 ans (soit déjà 4 de plus que son modèle).
Voici le lien sur la secte:
http://www.johnadams.net/cases/samples/Monroe-Laird/index.html
Le 11/08/2006 à 19:10
A noter dernièrement une théma Arte autour de Marylin, dont la fin était consacré “à la derniere séance”.
Et merci de nous avoir prévenu pour l’exposition, je vais me faire un devoir de la parcourir dès mon retour en France.
[Si cela interresse, j’ai enregistré cette théma en .mpg | Mais j’ai raté celle d’Indira, honte à moi]
Le 12/08/2006 à 19:14
Les brunes comptent pas pour de prunes:
http://img218.imageshack.us/my.php?image=292pqu0.jpg
http://img218.imageshack.us/my.php?image=dsci0033pxu3.jpg
http://img218.imageshack.us/my.php?image=dsci0029psl1.jpg
Le 16/08/2006 à 20:17
Bon, et Kate Moss dans tout ça ? moi je trouve qu’elle constitue une icône particulière. Qu’en pensez-vous ?
Paris Hilton me semble un produit icônique pré-digéré et post-digestif. A propos, j’ai lu avec beaucoup d’amusement l’article de Beigbeder sur Hilton dans l’Officiel. Il a eu une expression fulgurante : “pétasse planétaire”.
L’argent est à la source de l’icônisation de PH. L’héritière PH s’est payé une image médiatique. “L’icône” PH est un achat. Un sous-produit financier. Junk bond, peut-être.
Le 17/08/2006 à 02:07
Writ,
Hilton est un bien un produit, issu de la culture de masse. Votre analyse est juste et se trouve corroborée par le dernier contrat que vient de passer l’héritière avec la société Sanrio, l’entreprise Hello Kitty. PH va avoir une poupée à son effigie après le jeu vidéo qui la met en scène.
Quand à Kate Moss, elle est définitivement une icône de mode et ses récentes frasques ont renforcé sa popularité. Mais, si elle cultive un look BB, elle n’imite pas. Moss est une “image exaltée, un symbole d’errance et de quête réelle” pour reprendre la citation de Morin.
Que représente t-elle pour vous ?
Al Kâtib,
Très intéressée par ce théma que je me suis fait un devoir de rater comme à peu près toutes les émissions intéressantes ces derniers temps à la télé. Vous avez mon mail…
Eliot et Simon,
Je sais que c’est bientôt l’Etrange Festival, mais étiez-vous obligés de me sortir vos freaks dès maintenant du placard ?
C’est complètement délirant cette histoire de réincarnation mais je vois dans ce grossier bidonnage la nostalgie d’une époque perdue : celle de la super star que l’on tente de ramener à la vie…
Simon, rassurez-moi : ce n’est pas vous sur les photos ?!!!!
Le 17/08/2006 à 21:16
Si, c’est bien moi sur les photos. Ce n’étaient pas les meilleures ,désolé.
Çà me fait plaisir de vous en montrer d’autres, après j’arrête:
http://img222.imageshack.us/my.php?image=numriser0002pwa0.jpg
http://img222.imageshack.us/my.php?image=lastscanpde2.jpg
L’Etrange festival(Je le note)
PS: Ce billet avec Marilyn, m’a bien plu.
Le 17/08/2006 à 21:42
Simon,
Vous me faîtes peur…
Le 17/08/2006 à 22:49
Le couteau c’est seulement pour emincer les oignons, n’ayez pas peur.A part ça je suis normal, enfin presque…
Le 23/08/2006 à 01:16
Sandrine,
était-ce votre chant du cygne, ou le début des vacances ?
Le 23/08/2006 à 12:50
Le début des vacances qui depuis, viennent de prendre fin. Des nouvelles très prochainement…
Le 23/08/2006 à 16:42
sur la comparaison brigitte bardot, il y a une série de photos Hilton/ Bardot soulignant les emprunts estivaux de Hilton. Bandeau, maillot fifties, la célèbre moue.
mais impossible de me souvenir du mag : isa, glamour ou cosmo.
Le 24/08/2006 à 15:01
il se passe des choses bizarres ici en ce qui concerne la mise en page…
Le 24/08/2006 à 23:17
C’est un peu déstructuré vue de chez moi…
Le 24/08/2006 à 23:23
Bah, c’est même carrément n’importe quoi, vous pouvez le dire ! Un vrai patchwork dont je ne suis pas à l’origine, moi qui préparais un come back fracassant (des lycéennes nipponnes, des geysers de sang et Plastic Bertrand). Il s’agit d’un bug et comme je ne peux plus accéder à l’interface, j’attends que mon gentil administrateur me sauve du marasme. Visuellement, ça ressemble à une bonne gueule de bois. Je crois que je vais repartir en vacances…
Le 25/08/2006 à 00:30
Ouais, c’est vraiment pas beau. C’est tout étalé comme une flaque de vomi. Berk ! Je vais me prendre un Primpéran, tiens…
Le 25/08/2006 à 00:32
Orphée,
Vous n’auriez pas un petit Valium dans votre pharmacie ? Mes nerfs lâchent face au silence consterné de mon hébergeur.
Le 25/08/2006 à 01:06
Du Valium? Pas assez fort. C’est du Prozac qu’il vous faut. Je vous envoie trois boîtes en colissimo.
Le 25/08/2006 à 01:33
Vous êtes bien urbain. Vous livrez aussi ?
Le 25/08/2006 à 02:24
Chère Sandrine,
Mon urbanité n’est plus à démontrer. Et je livre aussi, en effet, en bonnet Duform (comme disait le regretté Biette) et caleçon à fleurs…
Le 25/08/2006 à 06:40
vous avez laissé le reste de vos frusques dans la cave des moines de Trappe ?
Le 25/08/2006 à 11:08
Bon, ça y est, on est repassé du 16/9 au 4/3. Mais la miss, elle, a bel et bien disparu. Elle doit roupiller à poings fermés, vu tout ce qu’elle a ingurgité cette nuit.
Le 25/08/2006 à 13:13
Orphée,
C’est à vous l’immonde caleçon à fleurs retrouvé dans ma salle de bains ce matin ? Je ne me souviens plus de rien à vrai dire…
Le 25/08/2006 à 17:44
trop à lire (trop pâlir?) en retour devant l’écran, les commentaires additionnés les uns aux autres, tu parles de vomi, ici une logorrhée écrite, avoir subtilement souri aux rapprochements magnifiques, d’une icône à l’autre, ne pas chercher à savoir pour qui le propos prend sens et pour qui il demeure obscène, mais regarder comme toi l’évidence photographique et admirer l’intelligence de la démonstration
à toi
lh.
Le 26/08/2006 à 00:03
Comment ça “immonde caleçon à fleurs” ? Ce n’est pas du tout ce qui vous disiez hier soir, très chère…
Mais l’essentiel est que vous l’ayez retrouvé, j’avais peur de l’avoir oublié chez Moland. Je le récupérerai lundi.
PS. Si vous comptez le passer à la machine, merci de ne pas bousiller les couleurs (30° maxi)
Le 27/08/2006 à 12:43
Il y a quelque chose de touchant chez PH, cette obstination à être quelqu’un d’autre tout en faisant mine de faire l’apologie de son milieu social et de son mode de vie : on la dit oisive mais je la trouve surbookée d’activités mêmes elles sont futiles, qu’importe, elle passe le temps, elle comble un vide, le sien? Faudrait peut-être voir du côté de sa mère comédienne râtée si j’ai bien compris… (qui aurait même essayé de faire une émission tv comme celle de sa fille…)
PS. Qu’est-ce qui nous fascine autant chez les blondes peroxydées starisées sinon qu’elles sont fausses (blondes) et dans la lumière?
Le 17/10/2006 à 20:07
http://sherrielealaird1.tripod.com/marilynmonroereincarnated
www.youtube.com search for the band Pandamonia
or Sherrie Lea you will seee the actuall reaincarnation of
Marilyn Monroe
from the book “Marilyn Monroe Returns ” The Healing of A Soul”