La tragédie des pères

- (…) Non, ce n’est pas que tu es fatiguée. Je dirais plutôt que tu n’es pas là.
- Tu veux dire que j’ai des absences ?
- …
- C’est que je vis dans les films. Ils font écran et se remémorent constamment à moi.
- Tu veux dire que les films te possèdent ?
- A défaut de pouvoir jamais les posséder pleinement, oui.
- Tu pensais à quoi, là ?
- Aux films que j’ai vus à Cannes, travaillés par le silence et la question de la paternité. Pasolini disait, dans Le Pornographe, que « l’histoire, c’est la passion des fils qui voudraient comprendre les pères ». La progéniture, dans Broken Flowers, Don’t Come Knocking at my Door, Caché ou L’Enfant, est celle par qui le père, aussi défaillant soit-il, existe. Le cinéma n’est jamais qu’une question de figure tutélaire de toute façon.
- C’est la même chose dans les mythes ou la tragédie ?
- Oui, mais plus encore au cinéma, j’y ai trouvé la matière à fantasmer mes propres origines. Comme Daney en somme qui cherchait, au détour de l’image, la réification du père mort dans les camps. Ca me touche beaucoup et tu sais pourquoi.
- (…) Tu parlais du silence ?
- Oui, je m’engouffre dans les nôtres pour penser aux images. Le silence donne aux images un surcroît d’existence, comme les fils aux pères.
- Tu parles du cinéma muet ?
- Non, du cinéma moderne. Bresson disait précisément que « le cinéma sonore avait inventé le silence ». Ca n’a jamais été aussi vrai que dans le dernier Hou Hsiao Hsien, Three Times. Je dirais même que ce silence là invente l’amour.

(photogrammes extraits du film Three Times de HHH)

13 réponses pour “La tragédie des pères”

  1. lo dit :

    tu devrais écrire un livre, sandrine
    je veux dire : tu devrais
    poursuivre le dialogue
    l’accompagner
    ne pas le lâcher, ne pas boucler la note
    peut-être le fais-tu
    je l’espère
    sincèrement
    lh.

  2. Phil dit :

    Miss Contrechamp fait du Skorecki ?

    Bon OK lo, je sors… :-)

    Je débranche le Mac, promis lo !

    En aurais-je vraiment la force…

    Phil may the Force be with you…

  3. lo dit :

    l’heure est grave, mon ami
    … et pas seulement pour les ennemis de l’empire ;-)
    lh.

  4. sandrine dit :

    merci, lo, mais pour l’heure, j’ai reçu, par rapport à ce billet, deux avis contraires, contre deux avis favorables. En tout cas, ce skorecki-like, forme que j’avais décriée jusqu’à maintenant, m’a vraiment amusée. J’avais envie d’expérimenter et d’inaugurer pour l’occasion une nouvelle rubrique : “conversations secrètes”. Je pense y revenir tant j’ai trouvé l’exercice à la fois ludique et empreint d’une grande liberté. De là à écrire un livre… ça fait partie de ces grandes envies différées toujours, mais je ne suis pas à court d’idées.

  5. Phil dit :

    J’aime beaucoup Skorecki, donc c’était pour ma part un compliment. C’est effectivement ce que j’aime beaucoup chez Louis, la grande liberté, et l’irrevérence qui va avec… Mon côté potache toujours…

    J’attends avec impatience les prochaines expériences coppolienne (encore une palme pour Mademoiselle S. ?)…

  6. Raqi dit :

    Moi j’aime.

  7. Tlön dit :

    Lourcelles est grand et Skorecki est son prophète

  8. sandrine dit :

    Amen ! :-)
    De ton aveu, tu disais que Skorecki écrivait parfois de belles conneries. Quant à Lourcelles, arrrghh ! j’émets des réserves même si, en matière ed cinéma américain, c’est une référenec qui s’impose.
    On en parle prochainement à l’occasion d’un déjeuner sur l’herbe ?

  9. sk†ns dit :

    Le critique aime la sentence.

  10. Tlön dit :

    Skorecki est comme un maître zen énonçant des koans. Certains sont idiots (je le soupçonne d’être un peu fainéant) d’autres peuvent être fulgurants..

  11. Vinvin dit :

    Je t’ai dit pour la palme que j’aurai un jour ou pas ??? On rigolera bien…

  12. sandrine dit :

    Je m’en souviens très bien et il me tarde que cet instant advienne. Je me vois en conférence de presse à Cannes, levant le bras depuis 20 bonnes minutes et pestant et désespérant de pouvoir jamais poser ma question : “Monsieur Vivin, quel a été chez vous le terreau de votre inspiration” (genre de questions débiles qu’on entend fréquemment à Cannes) ? Le tout traduit en 38 langues, avant que ne me revienne la réponse !

  13. Salah dit :

    font

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