Le châtre de l’Amérique

La tête perdue ne périt que la personne;
les couilles perdues,
périrait
toute nature humaine.

François Rabelais, Le Tiers Livre.

 

Les fictions récentes ont de quoi filer les boules. Où une kyrielle de héros dévirilisés occupent dorénavant l’écran. Testis nullus : l’avantageuse proéminence n’est plus du goût d’une Amérique qui a définitivement choisi le Super Bowl aux “super balls”.
Dès l’amorce de sa 4è saison, la série Nip/Tuck met le paquet. Incarnation suprême de la virilité dans les années 80, Larry Hagman se plaint d’une atrophie testiculaire et demande aux deux chirurgiens d’y remédier par une pose d’implants. Que l’éternel JR, macho texan, salaud jusqu’au bout du Stetson ait maille à partir avec ses valseuses a bien entendu quelque chose de savoureux. C’est d’ailleurs la grande force de cette nouvelle saison que d’utiliser ses guest stars, non pas à des fins décoratives, mais en jouant précisément sur leur image. Mises en abîmes et autodérision, Nip/Tuck retrouve ici sa causticité. Mais au-delà du clin d’œil, on ne peut s’empêcher de voir dans le drame intime du personnage interprété par Hagman, la crise profonde du héros américain.
Signe des temps : la fiction sonne le glas du personnage couillu. Même le super héros en fait les frais qui voit ses encombrantes parties réduites par la grâce d’une retouche numérique de son slip rouge. Superman revient, certes, mais au format miniature. Ainsi en ont décidé les censeurs qui craignaient que le spectateur ne soit distrait par sa prometteuse entrejambe. Superman cherche le père et pour accomplir sa destinée, renonce à sa “paire”.
On commençait à regretter les action heroes burnés (nos cowboys modernes) qu’un drôle de mec, gaulé comme un hareng mais poilu comme ma grand-mère portugaise, déboulait sur les écrans. Candide échappé de son Kazakhstan natal, Borat se lance sur les routes de l’Amérique, pour y exacerber les névroses républicaines. Créature dégénérée, issue de loin en loin de l’œuvre de Montesquieu pour qui “les mœurs font toujours de meilleurs citoyens que les lois“, Borat stigmatise une Amérique aseptisée. Et de réhabiliter la pulsion au pays du contrôle.
On retient avant tout ce climax où le héros bouffe les couilles de son acolyte obèse, avant de le poursuivre, roupettes ballantes, dans les couloirs de l’hôtel où ils logent. Exercice masochiste, auquel seul un “étranger” (ou qui a l’excuse de ses origines fictionnelles) peut se livrer, tout comme le britannique James Bond.
Incarné (c’est peu de le dire) par Daniel Craig, l’agent secret, apparaît en dernier parangon de la virilité. Du moins le pensait-on. Car curieusement, la seule vraie scène de sexe intervient là où on ne l’attend pas. Bond abandonne la brûlante Caterina Murino, avec un magnum de champagne (sic) et du caviar. Quant aux scènes d’amour avec Eva Green, très ramassées, elles manquent cruellement de sensualité. Le seul moment où Bond semble prendre son pied (et offre le spectacle de sa nudité), c’est lorsque Le Chiffre le torture. Séquence sado-masochiste étonnante où le héros se voit infliger des coups de trique répétés sur les parties et en redemande. L’enjeu ? Les bourses ou la vie ! Cette mise à mal du mythe tient toute entière dans la métonymie, par où “James” devient “Bond” dans un long métrage qui s’inscrit davantage dans la tradition du film d’action, que dans la série des 007.
Les sorties prochaines de Rocky Balboa et de Die Hard 4 devraient sans doute achever de documenter la crise d’un héros de fiction plus cérébral que jamais.

Photogrammes : Larry Hagman dans Nip/Tuck (saison 4), Brandon Routh dans Superman Returns, Sacha Baron Cohen dans Borat et Daniel Craig dans Casino Royale.

 

 

28 réponses pour “Le châtre de l’Amérique”

  1. Christie dit :

    hé hé, revoilà notre Sandrine, qui nous donne une indication sur ce qui l’a tenue si longtemps loin de nous ?

  2. Carlito dit :

    indubitablement

  3. Les Internautes Anonymes dit :

    Permettez moi de regretter vivement cette entorse à votre programme de sevrage numérique, pourtant si bien commencé (cf notre précédent message d’encouragements)

    Nous déclinons toute responsabilité quand aux conséquences possibles d’une rechute.

    Nous vous invitons à prendre contact sans tarder avec notre responsable local de l’Association afin de programmer de nouvelles séances.

    Nous vous aiderons ! soyez forte et déterminée !

  4. Groucho dit :

    I would not join a club who would accept me as a member !

  5. sandrine dit :

    Chère Christie,
    Je te laisse libre de tes conclusions. :-)
    Carlito,
    Joli choix adverbial !
    Les Internautes pas si anonymes,
    Yes, I’m a junk !
    Groucho,
    Rapport aux poils ?

  6. Michel Polac dit :

    C’est fou ce que JR me ressemble en vieillissant !

  7. Borat Sagdiyev dit :

    My moustache still tastes of your testes!

  8. Muriel Robin dit :

    Je ne me sens pas aimée ici…

  9. Carlito dit :

    >”Joli choix adverbial !”

    J’ai quand même honte d’avoir fait un jeu de mots pourri, d’autant plus qu’en théorie je déteste ça.
    Sandrine, je te demande pardon.
    A genoux.

  10. Frederic dit :

    Il me semble qu’en un mois de temps quelque chose a changé dans l’écriture de tes billets…

  11. Special K dit :

    quelque chose a changé dans sa vie ?

  12. sandrine dit :

    Cher Borat,
    Tasting good ?
    Michel P.,
    Pas convaincue.
    Muriel Robin,
    Je vous trouve pourtant très couillue dans votre genre.
    Carlito,
    Je ne sais pas qui doit suffoquer de honte en l’état, toi ou moi ? J’hésite après relecture de mon billet.
    Frédéric,
    J’ai fait un stage d’écriture intensif d’un mois. Mots dorénavant interdits : “paradigme”, “diégétique”, “spectatoriel”, “scopique”. J’ai éte totalement reformatée et pense et écris dorénavant “sexy”, “funky”, “cheesy”. En revanche, j’ai flanché avec Montesquieu et l’usage de la citation.
    Special K,
    Quelque chose a bien changé dans ma vie qui part littéralement en couilles, si vous m’autorisez cet écho à mon billet.

  13. Frederic dit :

    “Le mérite console de tout”

    Montesquieu aussi, si je veux…

  14. Es dit :

    “le pessimisme de la raison oblige à l’optimisme de la volonté”

  15. sweet sweetback dit :

    “C’est un malheur de n’être point aimée ; mais c’est un affront que de ne l’être plus.”
    Montesquieu toujours…

  16. Es dit :

    j’ai oublié de le dire, mais tout le monde aura remarqué, concernant mon commentaire, il ne s’agit pas de Montesquieu !

  17. Frederic dit :

    Es > il n’y pas que Montesquieu dans la vie… Philippe Katerine semble légitime également…

  18. Es dit :

    Euh… Je crois que vous faites erreur… Votre jeune âge sans doute ?

  19. Tlön dit :

    Dis mamzelle Sandrinne, on pourrait pas l’avoir un peu plus grosse ta typo

  20. Frederic dit :

    Es > je me réferais à un commentaire précédent de Mlle Contrechamp… pas à votre citation…

    Et j’ai un cheveu blanc là. Un autre ici. Et là aussi….

  21. sandrine dit :

    Tlön,
    Ma typo se fait le commentaire du billet et opte elle aussi pour la réduction. Mais pour plus de confort, tu peux toujours aller dans “affichage”, “taille du texte” : XXL.
    Quant aux autres contributeurs, vous me poussez à la rechute !

  22. mounir dit :

    Un point de vu burné, une analyse couillue, une critique “amb dos collons”. Drôle, pour une fois.
    un grand bravo .

  23. writ dit :

    La scène de “torture” avec Le Chiffre (je mets des guillemets parce que je trouve qu’on n’y croit pas des masses, et puis le cliché du torturage des ouilles, pff..) m’a fait penser à Furyo, mais en “moins”. Elle aurait été intéressante je trouve s’il y avait eu un rapport de sensaualité entre 007 et Le Chiffre (après tout, les deux sont des chiffres, il y avait un rapport de couple à exploiter). A part ça, je ne pense pas que 007 soit “dévirilisé”, il est débarrassé de quelques poncifs de la virilité, on a l’impression que le scénario cherche le perso.

    Je pense à autre chose : le générique de Casino Royale. A votre avis Sandrine, il a perdu des couilles ou pas ? il existe ou pas ? il rompt avec la tradition généricale de 007 ou pas ?

  24. .Moland.Bondkov. dit :

    Je me permets d’intervenir puisque la miss reste muette…
    L’idée de couple est intéressante, entre deux chiffres… Mais je ne comprends pas ce que vous voulez dire par “le scénario cherche le perso”. Il ne le cherche pas, il le construit. Tout le film ne tend que vers la toute dernière réplique : “My name is Bond, James Bond”. Il faut voir le film en oubliant tout ce que l’on sait de James Bond, bref en oubliant les 20 précédents opus, car celui-ci fonctionne comme un “Marvel Origins”, une genèse. Peut-être avec quelques maladresses, le film nous montre comment un voyou au coeur sensible devient un gentleman tueur désabusé au sang froid.
    Le générique dont vous parlez, c’est la séquence d’ouverture ? Le générique après le motif où l’on voit 007 tirer à travers le canon d’un gun ? Ou le thème musical traditionnel et orginel ? Vous remarquerez que le thème de JamesBond constitue le générique de fin, juste après la célèbre réplique mentionnée ci-dessus, bref, le générique de fin est en fait le générique de début, le début de James Bond tel qu’on le connaît. Dans ce cas-là, le générique d’ouverture ainsi que la scène d’ouverture de Casino Royale est à considérer dans sa singularité. Il ne peut rompre avec une quelconque tradition puisquà ce stade, il n’y a pas de tradition généricale de 007.

  25. Simon dit :

    Une bonne année sévèrement burnée.

  26. sandrine dit :

    Merci à Moland d’avoir assuré l’intérim. J’étais encore par monts et par v(e)aux.
    Je ne pouvais mieux répondre à Writ. D’ailleurs, je n’aurais pas pu répondre à Writ. Car James Bond m’intéresse autant qu’un traité de physique quantique. Il y a un truc de fétichiste là-dedans qui me dépasse et comme chacun sait, je ne suis pas fétichiste… Mais voilà, ce truc de nerd, je n’y arrive pas. Je confonds tous les opus.
    En fait, seuls les interprètes m’intéressent. La prestation de Roger “tout dans le sourcil” Moore, la féminité de Pierce Brosnan (façon Cary Grant), la survirilité de Connery (dont Craig est l’héritier). Mais les intrigues n’ont sans doute aucun intérêt ?
    Simon,
    De la part d’un type qui porte le jean slim aussi bien que Pete Doherty, je n’en attendais pas moins (mais j’espère ne pas me tromper de Simon). Une année bien balancée à toi !

  27. Garag dit :

    Si un jour je m’étais laissé à faire une analyse sur l’évolution de l’importance des protubérances de nos chers héros de film… En tous cas, pour ma première lecture de ce blog, c’est un article acceuillant et dépaysant^^!

    Sinon, je suis tout à fait d’accord avec Moland sur 007. Très bonne analyse du film.

    Pluch

  28. Desplanques Julien dit :

    J’aime bien ce que vous faites, curieux non?
    Alors même si ça n’a rien à voir je me permets de vous donner les références de mon livre:”Tableau noir et gyrophare” aux éditions Orphie. Je vous donne aussi l’adresse de mon blog:
    http://juliendesplanques.en-normandie.com/
    cordialement
    Julien Desplanques

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