Le péché d’image

L’image est fondatrice de notre civilisation qui s’est toujours exprimée par son biais : des peintures des grottes préhistoriques aux statues des temples grecs, des mosaïques byzantines aux vitraux de nos églises….
Complémentaires et rivaux, l’image et le verbe ont été néanmoins couramment opposés.

Pourtant, depuis des millénaires, les images ont permis aux hommes d’accéder au symbolique et d’établir un système complexe de correspondances entre le cosmique et le social. Et ce, bien avant que l’écriture même intervienne. Ainsi, les vitraux, les bas-reliefs et le statuaire ont favorisé la transmission du christianisme à des communautés d’illettrés.

Comme le précise Régis Debray , “ceux-ci n’avaient pas besoin d’un code de lecture iconologique pour appréhender les significations secondaires et les valeurs symboliques de l’agenouillement, de la crucifixion ou du triangle trinitaire. Ces images, et les rituels, auxquels elles étaient associées, ont affecté les représentations subjectives de leurs spectateurs et, par là, contribué à former, maintenir ou transformer leur situation dans le monde. (…) Ces images pieuses n’étaient pas des messages linguistiques mais elles ont eu une action sur les hommes. Ce furent donc bien, au sens fort, des opérations symboliques“.

A l’origine, l’Eglise d’Occident interdisait toute représentation de la divinité, sous peine d’être idolâtre.
La Bible recèle nombre de témoignages de cet interdit scripturaire :
Tu ne feras pas d’idoles” (Exode, 20, 4).
A Moïse, Yahvé dit : “Tu ne saurais contempler ma face, car il n’est mortel qui me puisse contempler et demeurer en vie” (Ex. 33, 20).

Ainsi, seul le nom de Dieu doit être béni, non ses images. Quand Il apparaît à son peuple, c’est derrière des nuées et des fumées, ou bien en songe, se dérobant à la vue des hommes.
Seule la parole peut enseigner la vérité, la vision s’assimilant à ce qui est faux.
A ce titre, l’idole fait figure de faux dieu :
Ils sont confus tous ceux qui servent les images” (Ps. 97, 7).
Maudit soit l’homme qui fait une image taillée” (Deut. 27, 15).
Vous brûlerez au feu les images taillées” (Deut. 7, 25).

Mais, en dépit de l’interdit, on a retrouvé, en marge des motifs ornementaux et géométriques autorisés, une iconographie judaïque, d’influence grecque et orientale, aux premiers siècles de notre ère. Cette Bible hébraïque en images s’est employée à enfreindre un interdit qui associe la vue au péché :
La femme vit que l’arbre était bon à manger, agréable à la vue….” (Genèse 3).

Le péché originel est un péché d’image et un péché de chair.

A ce propos Régis Debray écrit :
L’optique est pécheresse : séduction et convoitise, malédiction des abêtis (…). Le tandem apparence/concupiscence aura la vie dure, même en plein christianisme“.

Ainsi, l’image était considérée comme accessoire, seulement utile à l’édification des foules incultes et illettrées.

La vie des Saints était représentée sous forme de pantomimes qui, en vue de capter l’attention des masses primitives, revêtaient bien souvent une dimension burlesque. Ces représentations, reléguées en dehors des lieux de culte, se tenaient sur le parvis des villes. Soit au sens étymologique du terme : pro-fanum, à l’extérieur du temple.

En revanche, l’Eglise d’Orient accordait à l’image une forme sacrée contenant “la réalité secrète d’un rapport original avec le divin” et lui conférait une valeur tout à la fois pédagogique et mystérique, c’est-à-dire ayant partie liée avec la Révélation chrétienne.

Avant que les mystères ne deviennent profanes, ils étaient à l’origine des drames liturgiques en latin, destinés surtout aux moines et ils illustraient des points de dogme, en rapport avec la messe. Puis, les mystères se sont déployés sur les parvis des cathédrales, mettant en scène la vie des Saints. Les représentations pouvaient durer plusieurs jours. Le genre a fini par dépérir, en raison de la place de plus en plus conséquente accordée à la trivialité. La Réforme, qui s’est attaquée avec véhémence à ce genre théâtral abâtardi, est venue définitivement signer sa disparition.

Cette opposition généra une querelle entre “iconodules” ou “iconophiles”, ceux qui se prosternaient devant les images et “iconoclastes” ou “iconomaques”, ceux qui n’en reconnaissaient pas la valeur et les détruisaient.

Sandrine Marques

14 réponses pour “Le péché d’image”

  1. corentin dit :

    sage comme une image?

  2. sandrine dit :

    Je suis une “iconodule”, définitivement ! En revanche, pour la sagesse…

  3. Damien dit :

    Un bon exemple d’argumentation iconodule : “Comment faire une image de l’Invisible ? Comment représenter les traits de ce qui n’est à nul autre pareil ? Comment représenter ce qui n’a ni grandeur, ni quantité, ni limites ? Si tu as compris que l’Incorporel s’est fait homme pour toi, alors tu peux exécuter son image humaine. Puisque l’Invisible est devenu visible en prenant chair, tu peux exécuter l’image de celui qu’on a vu. Puisqu’Il s’est réduit à la quantité et à la qualité et s’est revêtu des traits humains, grave donc dans le bois et présente à la contemplation celui qui a voulu devenir visible.”
    St Jean Damascène,” La Défense des icônes”

  4. sandrine dit :

    Et là, cher Damien, tu poursuis la réflexion amorcée par ce texte, que je concevais en plusieurs parties. :-)
    Le deuxième concile de Nicée (787) vit le triomphe des iconodules. Cependant, cette décision ne mit pas fin à la guerre civile qui dura jusqu’en 843. Mais dès lors, n’est plus idolâtre celui qui vénère les icônes du Christ ou de la Vierge. Bien au contraire, ne pas rendre cet hommage, c’est nier l’Incarnation : “Dieu a fait l’homme à son image”.
    Et à l’initiative de Saint Jean Damascène, on inaugura un enseignement de l’image, qui fut développé au IXème siècle par Théodore le Studite.
    Plus l’Eglise fut en prise avec son époque, plus elle négocia de compromis avec l’image. Que ce soit, dans un but didactique et dévotionnel, comme au Moyen Age, où la peinture est aux illettrés ce que l’Ecriture est aux clercs. L’image fait alors office “d’évangile du pauvre”.
    Saint Jean DAmascène, premier initiateur de l’éducation à l’image…

  5. jean-sébastien dit :

    ta boulimie encyclopédique m’épate chaque jour un peu plus (moi qui suis fénéant…)

  6. jean-sébastien dit :

    et aller, encore une faute…! fainéant bien sûr…

  7. .Moland.DiCokov. dit :

    Sans vouloir faire la chasse à tout prix, mais puisque tu le signales, il en reste une qui a échappé à ta vigilence :”alleZ” et non “alleR”…
    ;)

  8. sandrine dit :

    Mince Dicokov est déjà passé par là !
    JS, nulle boulimie encyclopédique : j’ai fait des travaux sur l’éducation à l’image et partant de là, le bouquin de Debray est presqu’un passage obligé ! Maintenant, Sébastien m’a conseillé de plus saines lectures, moins prises de tête et plus “fun”, comme les livres de Daniel Arasse ! :-))

  9. mehdi bakhli dit :

    salut moi c’est ,mehdi, etudiant en 4eme année ;je ménerai cette saison une recherche sur le theme “l image ds le christianisme”. a se propos j’aimerai bien avoir qulques documents là deçu

  10. Loukil dit :

    pour

  11. Admtp dit :

    envoyer mois des images de sex

  12. Admtp dit :

    envoyer moi des images de sex

  13. sofiane dit :

    je soihait recevoire des image de sex pour me encourage a regarder les imagez puis me sentire tres a lm’aise parceque je vois et j’aprent sur le sex tous ce qui concernant
    pour me convencre de pas vregardes il faut que me donne plus image que vous avaz pour me permettre de mieu me sentire dans ma persone elle meme
    je vous donne mes email pour m’envoye lu plus que vous avez je vous remercis pour tous je suis malade de sex pour une raison ou une autre je veut voir et revoir plus
    je vour remercie pour tous
    a bientot mes freresz

  14. fawzi dit :

    j ai le meme probleme envoi ce que ta recu

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