Le rébus de Gus - Deux séquences de Psycho et Psychose
1ère séquence : la célèbre scène de la douche dans Psychose d’Alfred Hitchcock
Ci-dessous, la même séquence dans le remake très personnel de Gus Van Sant.
2ème séquence : le meurtre du détective privé Arbogast chez Hitchcock.
Et la même séquence traitée par Gus Van Sant.
A partir d’un projet fou et improbable - réaliser un remake plan par plan de Psychose, classique indépassable signé par le maître du suspense - Gus Van Sant est parvenu à faire, contre toute attente, un vrai film d’auteur.
Ces deux analyses de séquences témoignent des innovations et des apports personnels de l’auteur dans sa réappropriation du film d’Hitchcock. Psycho s’impose définitivement comme un passionnant objet d’art expérimental.
Lorsque l’on regarde les deux séquences, on se rend compte que GVS y a inséré des plans supplémentaires, images quasi subliminales qui ne manquent pas d’interloquer et que l’on retrouve dans les deux scènes de meurtres.
Ainsi, GVS a rajouté des plans de ciel orageux dans l’anxiogène scène de la douche. L’orage évoque la pluie (l’eau de la douche) et le déchaînement des éléments, écho à la violence du meutre assimilé à un viol.
GVS affectionne les plans de cieux. Que ce soit dans Gerry ou Elephant, ils préfigurent généralement une destinée funeste, une menace latente. Dans Elephant, Michèle scrute le ciel sur le terrain de sport, avant de rentrer dans le bâtiment où elle est abattue. Les cieux, chez Van Sant, se chargent d’une dimension symbolique forte.
Dans la séquence du meurtre du détective privé Arbogast, revisitée par GVS, deux inserts fugaces ne manquent pas d’étonner : une jeune femme masquée et lascive se matérialise entre deux coups de couteau reçus au visage par le personnage, mais aussi une vache, qui apparaît sous la pluie, à travers le pare-brise d’une voiture, balayé par des essuie-glaces.
Si l’on procède par association d’idées, un rébus prend corps :
- ciel /heaven ou plutôt “heavens” au pluriel. L’expression “the heavens opened” signifie “le ciel se mit à déverser des trombes d’eau”. Ce qui correspond bien au ciel menaçant de Van Sant, où roulent des nuages.
- fille/girl
- vache/cow
“to cow” signifie aussi “intimider”. Le mot désigne aussi une femme stupide.
Ce qui donne une charade : heavens - cow - girl.
“Cow girl” renvoie à la femme lascive.
Tout ces éléments mis bout à bout donnent : Even cow girl get the blues, titre d’un film de Gus Van Sant, son plus gros échec critique et public !!
Van Sant enrichit le sens de la séquence originale du meurtre du privé, en reliant les personnages entre eux dans leur supplice. Arbogast, qui est en train de mourir, est connecté dans cette scène à Marion Crane, dont il revit le martyr. Les essuie-glace qui épousent les clignements d’yeux du privé, en sont leur transposition visuelle. Ces images renvoient au parcours en automobile qui a mené Marion Crane au motel, dans des conditions climatiques déplorables (une pluie battante). La femme lascive (”cow girl”) est vraisemblablement Marion, qui, au début du film, fait l’amour à l’hôtel sur sa pause déjeuner. L’argent qu’elle vole l’assimile d’autant plus à une fille de mauvaise vie.
Arbogast est aussi quelqu’un qu’on paye. Au milieu de ces deux personnages, la soeur de Marion qui prend en charge la seconde partie du film.
Je pense qu’il y a d’autres possibles interprétatifs et je vous invite à me faire des propositions.
Il n’empêche que la preuve est faite que Psycho excède le simple exercice de style et la citation stérile, pour explorer des contrées expérimentales, entre art contemporain et psychanalyse.
Bonnes vacances !





















Le 21/07/2004 à 16:00
Pour ceux qui voudraient voir les séquences en question, quelques repères :
Dans le DVD de Psycho, chapitres 7 (douche) et 12 (meurtre du détective).
Dans le DVD de Psychose, chapitre 10 pour la scène de la douche. Soyez attentifs, ces séquences sont très découpées et ça va très vite. Arrêt sur image obligatoire !
Le 21/07/2004 à 16:25
Go Girl ! and Keep it up !
Le 21/07/2004 à 20:51
Un grand merci à Esther qui m’a permis de mener jusqu’au bout la réflexion !
Le 21/07/2004 à 23:43
Retour de quelques jours de vacances, tour de la blogosphère et analyse filmique poussée. Vais bien dormir moi, cette nuit ;-) .
==> Je ne vois pas quelles autres propositions on pourrait faire.
Le 21/07/2004 à 23:47
Allons, allons, il ne faut pas s’avouer vaincu ! Je suis certaine qu’il y a d’autres pistes à explorer ou à développer. Comme, le masque de la fille, pourquoi la récurrence des cieux chez Van Sant etc…
Bonne reprise et douce nuit !
Le 21/07/2004 à 23:57
ça y est, on la tiens notre Clarice Starling de la critique…
Le 22/07/2004 à 00:02
Oh, JS, ne me donne pas des idées ! J’avais repéré un truc aussi dans le Silence des Agneaux. Je me demande si je suis bien du côté de la Loi (Clarice Starling), maniaque de l’image que je suis ! :-)
Le 22/07/2004 à 14:30
J’ai pris ma douche après avoir fait un tour sur ton blog.. ben elle a pas duré longtemps..
je me suis sentie très vulnérable, mal protégée par le rideau à poids et la porte entrouverte..
Le 26/07/2004 à 18:30
Je ne pense pas que ton Nico aurait l’idée de se mettre une perruque sur la tête pour venir t’attaquer. A moins que… Quels rapports entretient -il avec sa maman ? Moi pour l’heure, je rêve d’une bonne douche glacée. Il fait plus de 40 degrés aujourd’hui au Maroc. Malgré les ventilateurs dans le cyber café, c’est une vraie fournaise !
Le 27/07/2004 à 08:56
Salut,
Super ce parallèle entre les 2 scènes.
Merci pour ton inscription sur la carte de Paname Ensemble.
A+
Le 30/08/2004 à 22:15
Il faut tout de même préciser que le jeu des acteurs et, à mon avis, la direction des acteurs par Gus, sont largement moins bon que dans l’original. La scène de la baignoire et encore plus la scène du meurtre dans l’escalier, avec cette prise de vue improbable et géniale, sont deux petits cours de cinéma à part entière. Le film de Gus n’apporte rien de plus (notamment dans la scène du meurtre du détective), tu as bien noté qu’il “rajoutait” simplement des choses. Dans ces cas là, je préfère carrément que le réalisateur fasse du plan par plan, en changeant les décors et les acteurs, ou qu’il s’appoprie l’oeuvre pour en faire quelque chose de plus personnel. Le choix du réalisateur, de rajouter quelques plans ou images, me semble en définitive très discutable.
Le 16/09/2006 à 00:50
bande de suceurs de couilles
Le 21/11/2007 à 03:23
un peu tiré par les cheveux le coup du “even girls…” ms marrant… et le reste est intéressant cow-girl ^^