Le sermon lumineux

Au sortir d’une nuit blanche passée dans une salle de cinéma, et encore enveloppée par ce sentiment plein d’appartenance à une communauté - notion qui vibre avec encore plus d’acuité à la faveur de la nuit- me revient en tête la polémique autour du “sermon lumineux” ou la légitimité de la place du cinéma dans les lieux de culte.
Etait-il moral d’utiliser des images cinématographiques dans les églises afin d’édifier les foules ? Toujours est-il que cette pratique contribuait à engorger les lieux de culte.
Dès 1897, le père Bailly, militant catholique inventa même un projecteur de cinéma qu’il baptisa l’Immortel (sic !).
“Pourquoi, écrit-il en 1903 dans La Croix, les grandes vérités chrétiennes ne seraient-elles pas ainsi publiées, divulguées, glorifiées comme elles le sont dans les vitraux, les tableaux, les statues et les fresques ?”
Il avait déjà lancé le département de “l’Imagerie”, le Grand Catéchisme illustré, et confié à un expert en optique, Coissac, la direction du Service des Projections ainsi que le premier mensuel entièrement consacré aux projections, le Fascinateur.”
Ce n’est qu’en 1912 que Rome, via la Sacrée Congrégation Consistoriale et ses Pères Eminentissimes, décrétera l’interdiction de ces projections. En somme, on peut considérer que les premières salles de cinéma ont été les églises.
La grand messe cathartique que constituent, par exemple, les projections de L’Etrange Festival atteste de ce legs historique, la dimension profane en plus !

12 réponses pour “Le sermon lumineux”

  1. sandrine dit :

    Aussi, quand on parle de “silence religieux” dans une salle de cinéma, on ne croit pas si bien dire !

  2. .JPII. dit :

    Amen ! (heu, seu feu leu neuh…)

  3. Adama Belinski dit :

    La Messa e finita.

  4. sandrine dit :

    Bah Adam, on a une baisse de moral ? Est-ce la santé déclinante du Pape qui vous met dans cet état de morosité ?

  5. sandrine dit :

    Ceci dit, j’adore ce film de Moretti…

  6. Adam Belinski dit :

    Nul abattement dans mes propos. Tout juste une timide tentative de filer la métaphore.

    Si je suis loin d’adopter le pessimisme de Moretti - trop occupé à mettre en équation fin des idéologies, déclin de la religion et hypothétique mort du cinéma - je peine à voir dans la pratique cinéphile contemporaine (tout comme dans les différents renouveaux religieux, d’ailleurs) une quelconque fonction communautaire traditionnelle. Autres temps, autres moeurs - et grand bien nous fasse.

    Ceci précisé, l’ouverture de La Messa e finita n’en reste pas moins poignante et parvient toujours à m’arracher quelques frissons.

  7. sandrine dit :

    Plus que de l’hypothétique mort du cinéma, Moretti stigmatise sa profonde perte de sens, son caractère déprécié et sa perversion par la loi du marché qui tend à sacrifier la création pour une logique de profit. C’est un moraliste.
    Personnellement, je préfère Bianca, film plein d’étrangeté et de tristesse.
    J’ai grossi le trait et tout comme vous, je ne pense pas, au fond, qu’il y ait,dans la séance de cinéma, une “fonction communautaire traditionnelle”. Quoique… Certaines oeuvres tendent à édifier les foules. Proche de nous, le pamphlet de Moore, quelque soient les réserves qu’on ait sur ce film.
    Mais au-delà de cela, je voulais rendre compte d’une expérience de spectatrice qui reste intimement convaincue que la projection de cinéma relève tout à la fois du sacré et du profane, dimensions héritées de la tradition.
    Au fait, qui est Adam Belinski ?

  8. sandrine dit :

    Je veux dire, au-delà du personnage du plombier dans La Folle Ingénue de Lubitch

  9. Adam Belinski dit :

    Ce dont Moretti fait état semble indubitable - bien qu’il ne retienne de l’époque que ses aspects les plus sombres - et ne vaut pas seulement, selon lui, pour le cinéma : religion et politique seraient sacrifiés au même individualisme exacerbé, à la même recherche hédoniste de la sensation immédiate et du profit. Pour s’en convaincre, proche de nous également, le monstre enfanté par Mel Gibson conjugant fondamentalisme religieux, marketing outrancier et démagogie de la sensation. J’aurais tendance à penser que l’effervescence collective générée par ces films est à l’opposé du sacré traditionnel (je n’y place aucun jugement de valeur), voire même le signe d’une sécularisation accrue.

    Je vous rejoins pleinement sur Bianca, dont pour le coup je retiens l’extraordinaire séquence finale (il me semble), jaillissement éruptif et fantasmé d’une colère trop longtemps contenue.

    Qui je suis ? j’ai ma foi bien peu à dévoiler : ni blog, ni quoi que ce soit d’approchant. Je profite de ce que quelques cinéphiles et critiques de qualité aient choisi de rendre compte de leur cheminement sur la toile, pour y trouver matière à stimuler ma propre réflexion et ma propre cinéphilie.

  10. sandrine dit :

    Soit, je me contenterai du mystère.
    Un grand merci à Cinétribulations pour le trackback !

  11. Lapinos dit :

    Tiens, je suis tombé sur un nid…

  12. sandrine dit :

    Vous êtes bien sybillin, M. Lapinos ?

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