Le soutien-gorge de Mrs Peel

Diana Rigg dans The Avengers

Non, non et non ! Mrs Peel est décidément allée trop loin ! On lui connaissait ses tenues en cuir près du corps, empruntées directement à une imagerie SM, ses robes manteaux délicieusement seventies, sa collection de bottes en tout genre, bref, son élégance unique et trouble.
Chargée d’un érotisme latent, la série joue de cette ambiguïté, multiple les situations scabreuses avec humour sans jamais franchir la frontière de la bienséance. So british !
A force d’y toucher sans y toucher, le spectateur s’était assigné lui-même des limites, conscientes ou non, s’accommodant des règles tacites imposées par le dispositif. « Oui, je veux vous aimer mais vous aimer à peine et mon mal est délicieux » écrivait Apollinaire, vers résumant à merveille le pacte entre Diana Rigg et le spectateur transi de désir.
Et puis, il y a eu un premier incident. Une ellipse inoubliable. Mrs Peel infiltrait une confrérie d’hommes (des magiciens ? mes souvenirs se brouillent), était démasquée, malmenée. Emportée par une armée de bras, on s’inquiétait de son sort, quand le plan suivant la voyait échevelée, défaite…et visiblement ravie. Que s’était-il passé entre ces deux plans ? Il ne faut pas être grand clerc pour se le figurer ! Steed, l’amant éconduit, arrivait un rien trop tard pour sauver la belle de l’outrage. Cette ellipse audacieuse trouvait son point d’orgue dans la tenue arborée par la sensuelle héroïne : un collier à pointe sur un body noir (cf photogramme de droite).
Hier soir, en regardant un épisode en couleur diffusé sur le câble, j’en ai lâché mon plateau TV, saisie que j’étais face à la vision du dos de Mrs Peel. Pas le dos honteux et coupable d’Anne Wiazemsky dans Au Hasard Balthazar, après que les garçons du village l’aient abandonnée à sa solitude. Non, un dos nu, barré par l’armature d’un soutien-gorge noir. Mrs Peel, face à un miroir, enfile une tunique légère. Le temps se dilate dans cette courte scène que rien, d’un point de vue scénaristique, ne motive. Réduit au pur voyeurisme, le spectateur va t-il voir le pacte se rompre d’un coup ? Un léger mouvement de caméra circulaire. Je retiens mon souffle. Nous voilà face à Mrs Peel, au plus près de son intimité. La poitrine ne sera finalement qu’à peine dévoilée, puisque la chemise la recouvre enfin. Le scandale a été évité de peu !
Ce pur moment d’érotisme m’évoque ce que disait Hitchcock à propos du soutien-gorge de Janet Leigh dans Psycho. Le fétiche, selon le Maître, n’a pas sa place dans la scène d’amour du début. En toute logique, la femme devrait être nue contre son partenaire. Il a donc pour fonction de préparer le spectateur à la scène de voyeurisme au motel, tout en le renvoyant violemment à son désir. Et là-dessus (dessous ?), Mrs Peel connaît bien son affaire !

Janet Leigh dans Psycho.

30 réponses pour “Le soutien-gorge de Mrs Peel”

  1. John Steed dit :

    Superbe ! Il me tarde…

  2. Bret Sinclair dit :

    L’amour de ma vie…

  3. Grandmother dit :

    Ce blog est en train de devenir une véritable collection de créatures enchanteresses… C’est du racolage !

  4. Bottes de cuir dit :

    Vous pratiquez l’art de l’annonce à merveille, Sandrine !

  5. sandrine dit :

    Du racolage ? Hmmm, je ne me contente pas d’exhiber ces superbes actrices. Il me semble que je parle d’autre chose que de leur plastique irréprochable.
    Je pars toujours de ma propre fascination qui est le moteur des billets, leur matière première.
    D’ailleurs, j’ai hâte de m’y mettre et de vous livrer la cause de mon émoi…..

  6. Michael Gambit dit :

    Et Purdey, elle sent le gaz !!!

  7. Esther dit :

    Ah oui, moi j’aime bien Purdey aussi (et avant elle, Cathy Gail)

  8. sk†ns dit :

    Assez peu érotique mais délicieuse.

  9. sandrine dit :

    Quoi ! Mais tu déraisonnes ! Peel est bourrée de sex appeal justement ! Tu t’es résolu à faire cette cure de zinc finalement ?

  10. .Moland.Fengkov. dit :

    Entre pile ou face, je choisis… Peel !

  11. willy dit :

    Myriam et Nicole peuvent immédiatement se faire oublier, et le plus vite sera le mieux !

  12. sandrine dit :

    Oui, j’ai bien compris que tout le monde n’était pas fan de la Nouvelle Star. Moi-même, je comptais parmi ses plus farouches détractrices avant d’y aller voir de plus près. Je regarde donc depuis cette année, par curiosité. Mais j’avoue m’être prise au jeu. En revanche, ça n’enlève rien à la force du film de GVS. Tu n’aimes pas Kidman ?

  13. willy dit :

    A vrai dire je ne pense rien de Nicole, mais vraiment rien ! Par contre, j’espère que le film de GVS est à Cannes car je suis pressé de le voir (même avec Nicole)…

  14. sandrine dit :

    Il y sera, de même que le Cronenberg aux dernières nouvelles. On sera fixé sur ces points le 19 avril, date de la conférence de presse du Festival de Cannes. J’ai hâte !

  15. .Moland.Fengkov. dit :

    J’adeure ! Particulièrement la chute (de reins)…

  16. Tlön dit :

    C’est que j’aime beaucoup égalementdans la série des Angélique (du moins les 2 premiers) cette façon de differer le moment ou l’on verra le seins de Mercier par une utilisation des éléments de décor. Ce qui a pour conséquence d’érotiser l’espace.
    Je sais Angélique c’est mon point faible

  17. Damien dit :

    Pour une fois, on peut préférer le titre français “Chapeau melon et bottes de cuir” qui explicite le”dress-code” à l’oeuvre dans la série, bien mieux que “the Avengers” ( quelle vengeance au fait ? La réponse réside sans doute dans les tout premiers épisodes…)

  18. sandrine dit :

    Tlön,
    Oh, la la ! Angélique, mais j’adore ! J’ai regardé les redif chaque été. Ce que tu dis est très juste. Et puis comme elle se pâme à tout bout de champ Michèle Mercier !
    Outre l’espace dans The Avengers, j’aime beaucoup la place assignée au spectateur : à la lisière, constamment.

    Damien,
    Effectivement, le trip SM est explicite dans le titre français ! Quant à The avengers, il faudrait rechercher aux origines de la création de la série en effet.
    Je n’ai pas vu la période Cathy Gale, suis en revanche inconditionnelle de la période Emma Peel, aime moins Tara King. Et désolée pour les afficionados, Purdey me fait bailler d’ennui même si j’aime beaucoup J. Lumley.
    Certains épisodes des années 70 sont tout simplement de petits bijoux : scénario signés par des maitres de littérature fantastique (Richard Matheson), décors soignés, richesse formelle, vrai sens du rythme, opacité, inventivité de la mise en scène : un régal ! C’est pourquoi, je n’aime pas du tout les nouveaux Avengers (Purdey, Gambit) car la série est vraiment rattrapée par une esthétique très téléfilm.

  19. .Moland.Fengkov. dit :

    C’est clair que dans cette série, il y a du sexe à Peel…
    (facile)

  20. Almanach Vermot dit :

    .Moland.CalembourKov. a encore frappé !!! Il est impayable !!
    Il dégaine plus vite que son ombre, ne serait-ce pas lui qui a tué Liberty Valence ?

    Trève de plaisanterie, je me demande si tout cela est bien sérieux. Car effectivement tout le programme de cette série est annoncé dans le titre : un dress-code, des calembours digne de Monsieur Fengkov…
    Mais au-delà de ça, qu’y a-t-il dans cette série ?
    Au service de quoi est tout ce déploiement de talents évoqué par Sandrine. Quelle épaisseur est donné aux personnages, est-ce que la psychologie des personnages se limite à érotisme latent ?
    Pourriez-vous éclairé ma lanterne car je suis un peu perdu, et assez dubitatif sur le véritable intérêt de cette série ?
    J’y ai toujours vu un James Bond cheap, mais peut-être que je me trompe.

  21. Philippe[s] dit :

    Les plateaux télé, c’est très mauvais pour la ligne

  22. sandrine dit :

    Ca dépend si sur le dit plateau tu disposes des sushis et une soupe miso ! Miam ! Et puis, j’avoue que je me suis arrêtée net de manger.
    Almanach,
    Cher ami, relisez plutôt le commentaire adressé à Damien où je motive mon goût pour la série…

  23. Sébastien dit :

    Diana Rigg… La seule james bond girl à être devenue sa femmme, dans “Au Service Secret de Sa Majesté”… De fait, quand on la voit, on se dit presque qu’elle est le fantasme de femme au foyer absolu, dans un imaginaire très années 60, très 30 glorieuses. Toujours vu en elle, comme Michèle Mercier, un érotisme froid, un truc malgré tout un peu popote, partie prenante du “cinéma de papa”, sans l’abîme qui pourrait s’ouvrir au-delà.

    PS : Mention spéciale, sinon, à Uma Thurman reprenant le rôle dans le (pas très bon) film inspiré de la série.

  24. lo dit :

    retour sur contrechamp pour une information dramatique et cruciale, du moins le fut-elle pour l’adolescent épris de comics que j’étais
    vous êtes familiers des x-men, n’est-ce pas? pour ceux qui ne lisaient pas la série, vous avez vu les deux premiers films?
    jean grey?
    figurez-vous, figure-toi sandrine, que jean grey (après sa mort, mais je n’en dis pas plus…) est enlevée par le club des damnés… oui, le même qui enlève mrs. peel, the hellfire club en v.o. : quand scott la retrouve, elle arbore -mais vous l’avez tous deviné : pointes noires au cou et combinaison de cuir
    sexy mais…
    j’avais dix-huit ou vingt ans, fr3 et alex taylor rediffusaient les épisodes de the avengers en v.o., c’est là que j’ai découvert le pot aux roses : il y avait eu plagiat! les x-men dessinés par byrne dataient des années 80, mrs. peel était antérieure
    ororo munroe?
    storm portait dans la première bd (dave cockrum au crayon) un costume noir ouvert sur les hanches, dont les haut et bas étaient reliés par un anneau de métal autour du nombril -de même mrs. peel arbore un tel uniforme dans un épisode du cultissime feuilleton
    on perd sa virginité comme on perd sa naiveté : brutalement, on ouvre les yeux
    puis langoureusement, doucement, avec un petit soupir de satisfaction, on s’y fait : je reste attaché à emma peel, à ororo munroe et à jean grey; quant à dave cockrum et john byrne, je ne les aime que davantage d’avoir comme nous tous ici ressenti l’inévitable évidence : mrs. peel is needed
    merci sandrine
    lh.

  25. sandrine dit :

    Magnifique ! Merci, Lo pour cette mise en perspective et pour avoir rafraîchi ma mémoire : “hellfire club” donc ! L’épisode doit être très connu car on trouve sans problème des photogrammes qui lui sont relatifs. Je connais moins bien les X Men en revanche mais cette histoire de plagiat est fort intéressante.
    Merci à toi !

  26. lo dit :

    19 avril, saint emma ;-)
    lh.

  27. Almanach Vermot dit :

    Et le 30 avril : la saint Robert… :-)

    Le dress code, toujours le dress code…

  28. yann dit :

    Bonjour, je tombe pas hasard sr cette page, et c’est curieux que vous évoquiez psycho parceque justement la scène du soutien-gorge noir d’Emma Peel est presque plan par plan un remake de psycho avec l’oeil du voyeur ! Je n’ai pas trouvé ça tout seul, (cf http://theavengers.free.fr/guide_episodes/regards_croises/regards_croises.htm).

  29. sandrine dit :

    Merci Yann. Ce site est pasionnant et affectionnant les regards croisés, je ne pouvais que m’intéresser aux propositions qui y sont développées. D’ailleurs, le photogramme que l’on peut voir de Mrs Peel correspond effectivement à cet épisode que j’évoquais ici. Il faut croire qu’on a eu la même idée ! Quant aux autres rapprochements proposés, ils sont vraiment très pertinents.

  30. Yann dit :

    (Merci de votre réponse, Sandrine !)
    Les réalisateurs & scénaristes des Avengers ont multiplié des allusions au maitre du suspence tout au long de la série. Evidement pour les voir, il faut une certaine culture ciné (que je ne possède pas, soyons clairs).

    J’aime bcoup votre blog, il donne à voir et à comprendre, bravo !

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