Les cinéphiles sont des imposteurs

«La Mort dans l’œil», par Stéphane Zagdanski, Maren Sell Editeurs, 392 p., 20 euros.

Cinéphile rime avec inutile ? Ce n’est pas moi qui le prétend, mais Stéphane Zagdanski dans son corrosif essai La mort dans l’Oeil : Critique du cinéma comme vision, domination, falsification, éradiction, fascination, manipulation, dévastation, usurpation (!).

La présentation de l’auteur est édifiante :
“Puéril, plat, empoté, niaisement onirique à ses débuts, le cinéma s’est rattrapé en nivelant sauvagement la réalité à son image. Des frères Lumière jusqu’à Matrix en passant par Godard, il obéit à une idéologie machinale dont le venin, qui coule désormais dans les moindres veinules du globe, imprégna chaque molécule celluloïdée dès son apparition. Qu’on ne se méprenne. Je n’écris pas contre le cinéma. La camelote est moins méprisable que l’extasié corrompu qui la vend. L’idole est un bout de bois, l’abruti c’est l’idolâtre. Ce livre risque de déranger bien des routines d’exaltation réflexe. Jusqu’à ce jour, nul n’avait pensé le Veau d’or en forme de caméra-mitraillette - les rêves qu’il suscite, les cauchemars qu’il engendre, sa genèse daguerréotypée et sa mue multimédiatique ni l’étonnant néant qui relie ces deux extrémités. Le mal est réparé”.

Violemment pris à parti par l’auteur, Jean-Luc Godard a accepté de rencontrer l’essayiste dans une émission de France Culture, dont voici quelques morceaux choisis :
Jean-Luc Godard – Quand j’ai commencé à tourner, un couple ne pouvait pas se marier sans s’entendre sur les films. Aujourd’hui, le type peut aimer Luc Moullet, la fille, préférer Bruce Willis. C’est la raison pour laquelle votre livre m’a plu. Ça m’a rappelé les affrontements entre Cocteau et Mauriac, ou la façon terrible dont les surréalistes parlaient d’Anatole France. Les injures de «Positif», aussi. Il y a des moments où j’ai ri de bon cœur, et qui sont surtout très justes.
Stéphane Zagdanski – M’attaquant au cinéma, je ne pouvais pas épargner Godard. Le cinéma aujourd’hui, c’est vous. J’ai appliqué ici les principes de la guerre selon Nietzsche, ceux utilisés contre Wagner. Premier principe: n’attaquer que des causes victorieuses. Godard et le cinéma sont des causes victorieuses.
J.-L. Godard – J’aimerais bien… [Rires.]
S. Zagdanski – Des bidonvilles du quart-monde où on dévore les films «bollywoodiens» jusqu’à l’intello fou de Bresson, personne n’oserait dire aujourd’hui qu’il n’aime pas le cinéma, ni surtout qu’il le méprise. Second principe: attaquer en solitaire. Dans les années 1970, à part Debord, personne n’a remis substantiellement en question ce qu’est le cinéma. On se disputait juste «pour ou contre la Nouvelle Vague». Autre principe: pas d’attaques personnelles. Le nom propre ne sert que de loupe pour analyser une crise. Quand je dis que Godard est «le» cinéaste du neutre, c’est pour parler de la neutralité propre à l’image. Dans une photo, le positif équivaut au négatif. C’est pourquoi le cinéma a servi toutes les propagandes, et qu’un génie du cinéma comme Eisenstein a pu ramper sous un régime ignoble. C’est impensable dans la grande littérature.
J.-L. Godard – Je suis d’accord, à condition de dire qu’il y a autre chose quand même… Mon amie Anne-Marie Miéville, bien qu’elle respecte le cinéma comme art, dit elle aussi qu’il y a quelque chose d’infiniment triste dedans. Un profond renoncement à l’essentiel. C’est fait de renoncements depuis le début, le cinéma. D’abord techniques. On veut tourner avec Kim Novak, elle n’est pas libre. On veut du soleil… J’ai toujours renoncé à tout, pourtant j’ai continué.

A première vue, un dialogue de sourds… Dès que j’aurai lu cet ouvrage- au demeurant hilarant pour un cinéphile dont il fait un portrait désastreux- j’y reviendrai assurément.
Merci à Esther pour m’avoir signalé la nouvelle publication de l’auteur du déjà provocateur Le Cinéma n’existe pas.

40 réponses pour “Les cinéphiles sont des imposteurs”

  1. skoteinos dit :

    Le fascisme ne passera pas par moi.
    Bisous,

  2. sandrine dit :

    Ah,ah,ah ! je savais que ça te parlerait. Je t’offre le bouquin à Noël !

  3. godspeed dit :

    Je dois être maso parce que ça me donne envie de le lire !!

  4. sandrine dit :

    Je dois être maso car les quelques passages que j’ai lus m’ont fait hurler de rire. Le cinéphile est dépeint comme un maniaque, doublé d’un fainéant, idola^tre, poseur et inutile. J’en redemande !

  5. willy dit :

    Je vais y jeter un oeil mais quelque chose me dit que tout cela n’est pas très important. Je vais plutôt attendre que tu finisses de le lire pour me décider…

  6. Damien dit :

    Je trouve symptomatique que ce Zagdanski se sente obligé de justifier sa démarche en termes religieux : “idole”, “Veau d’or” etc. On voit bien, que, un peu comme ces casseurs de pub (plus intelligemment j’espère), il est dans une sorte de puritanisme. Vieille querelle byzantine des iconoclastes et iconodules…
    Par ailleurs, je ne vois pas en quoi c’est “impensable” que “la grande littérature” puisse “ramper sous un régime ignoble”. On a assez de contre-exemples : passion de Stendhal pour Napoléon, attirance de Mishima pour le fascisme, Ode à Staline par Aragon, etc.

  7. skoteinos dit :

    Visiblement, il règle plus ses comptes avec ses contemporains (confrères-concurrents, cinéphiles) qu’avec le cinéma lui-même, semble-t-il : « Vous avez tort, bande de nazes, mais moi seul le sait. Donc je fais un llivre pour vous dire tout ça, tout ça… ». Je m’y connais. Arf arf.

  8. sandrine dit :

    Beaucoup de choses dans ce que vous dites, Damien et Skoty.
    Tout d’abord, Zagdanski a l’ambition d’écrire une somme sur l’histoire de l’image en occident, à l’instar d’un Régis Debray.
    Il part du mythe platonicien pour finir avec Matrix et Godard ! Zagdanski est juif et dans la religion juive, le verbe prime sur l’image. Ceci explique bien des choses quant à la démarche de l’auteur et le fait qu’il abhorre l’image.
    Au demeurant, ce dernier n’a aucune culture cinématographique. Son livre est un pamphlet : la plume y est acerbe, le style brillant ! Mais la limite est là : pour écrire un pamphlet, il ’sagit de s’approprier les armes de l’autre, avoir une connaissance aigue de ce que l’on dénonce, ce qui n’est pas le cas de l’auteur et qui prête à rire : ses raccourcis, ses attaques, certes érudites, tombent un peu à plat. Bref, un bel exercice de mauvaise foi ! Mais que c’est drôle !

  9. Philippe[s] dit :

    Les contre-exemples cités par Damien n’en sont pas vraiment: Stendhal a surtout écrit et publié après la fin du régime napoléonien, Mishima dans un Japon démocratique, et Aragon en France (donc pas sous le joug de Staline si je ne m’abuse). Et je pense qu’il n’est pas si facile de trouver de véritables contre-exemples, i.e. un artiste ayant réalisé un grand oeuvre, tout en ayant adhéré à un “régime ignoble” et vécu sous son joug.
    Evidemment, l’assertion de Zagdanski, en tant qu’elle est sans nuance, n’est pas recevable (la littérature, la musique, les arts plastiques ont servi toutes les propagandes ont moins autant que le cinéma!).
    Reste à savoir si Eisenstein a vraiment “rampé sous un régime ignoble” et s’il est un génie (lire Pasolini à ce sujet).

  10. Damien dit :

    Philippe : ils sont d’autant moins excusables d’avoir rampé, alors qu’ils avaient le choix de ne pas le faire sans courir le moindre risque !
    Pour moi le génie d’Einsenstein est indiscutable (ne serait-ce que pour la séquence des escaliers d’Odessa) - mais sa supposée reptation ne me convainc pas non plus : “Ivan le Terrible” pour moi n’ a rien d’un film stalinien.

  11. Philippe[s] dit :

    Damien, vous citez à juste titre la séquence des escaliers du Cuirassé Potemkine, à laquelle je rajoute les chevaliers teutoniques dans Alexandre Nevski, comme preuve du génie d’Eisenstein.
    Mais justement, je vous propose de lire Pasolini:
    « Je suis probablement l’un des rares intellectuels qui n’aiment pas Eisenstein. Je sais bien qu’il a un grand talent, et que sa figure est peut-être, culturellement, le point culminant du formalisme russe. Mais je trouve toutes ses œuvres ratées […]. Le Cuirassé Potemkine est réellement un mauvais film, où le conformisme avec lequel sont vus les personnages révolutionnaires relève de la plus factieuse propagande […]. Les marins du Potemkine sont des personnes sans âme, sans corps, sans sexe, qui bougent comme des marionnettes « positives ». Il ne suffit pas d’avoir raison et d’être des héros pour être vivants. Eisenstein se libère de sa servilité de propagande seulement dans la fameuse « séquence de l’escalier » : là explose son formalisme […], et la séquence est sans doute très belle : mais c’est elle justement qui met en lumière toute l’insincérité, plate et qui fait chantage, de tout le reste du film (de même que l’étonnante séquence des chevaliers teutoniques met en lumière le ridicule théâtre d’amateur de tout le reste d’Alexandre Nevski) »

  12. skoteions dit :

    Oui, enfin, quand t’est juif en occident depuis un moment et que tu es passé par l ‘école de la république, les histoires de « verbe qui prime sur l’image » [je ne dis pas ça par pour toi, Sandrine], Babylone, c’est loin…
    Ça me semble un peu léger… Qui va encore dire que la Terre est plate ?

    Par ailleurs, la réflexion de P.P.P. est extrêmement limitée dans son argumentation… pas assez queer pour lui, sans doute.

  13. Damien dit :

    Pasolini a parfois été mieux inspiré… Certes Eisenstein est dans la propagande, mais il n’est pas si manichéen : dans “Potemkine”, les officiers aux uniformes rutilants de l’ancienne aristocratie, tout comme les chevaliers teutoniques dans “Nevski” ou les boyards dans “Ivan” ne manquent pas de grandeur, même s’ils sont considérés comme les perdants historiques. Et que dire de la beauté sauvage de “Que viva Mexico”, de l’incroyable lyrisme de “La Grève” ? Je ne vois pas du tout là les “marionnettes positives” dont parle PPP…

  14. sandrine dit :

    Entièrement d’accord avec Skoty et Damien. J’allais évoquer précisément les corps de “Que Viva Mexico”, les trouvailles formelles d’Eisenstein le montage, le gros plan). J’adore le cinéma de Pasolini mais tout ce qu’il dit n’est pas “parole d’évangile”, si j’ose dire ! Par “amrionnettes positives”, Pasolini souligne l’exaltation du héros guerrier, la figure nationale, intolérable pour le révolutionnaire qu’il était.

  15. Zag dit :

    Preuve accablante de l’imposture des cinéphiles : vous parlez ici d’un livre que vous n’avez pas lu et d’un auteur que vous ignorez totalement…

  16. skoteinos dit :

    Yasher ko’ach, Zag !

  17. sandrine dit :

    Zag,
    Je n’ai pas dit que j’avais lu le bouquin mais que JE SUIS EN COURS.
    Si cette phrase n’est pas suffisamment explicite, c’est que tu es aussi limité et borné que Zagdanski, à propos duquel une rapide recherche sur internet renseigne abondamment sur son parcours.
    Apparemment, tu es spécialiste de la question. Peut-être alors que tu pourrais, esprit supérieur, nous apporter tes vues et alimenter le débat en cours. Ce serait toujours mieux que tes remarques chichiteuses.

  18. oj dit :

    J’aime pas trop quand c’est à moi qu’elle parle comme ça, mais quand ça tombre sur les autres, c’est un délice… Continue, maîtresse Sandrine !

  19. skoteinos dit :

    MORT AUX ANONYMES !

  20. Philippe[s] dit :

    VIVE SKOTEINOS

  21. skoteinos dit :

    ES LEBE PHILIPPE[S] !
    UND AUCH SANDRINE !
    ICH LIEBE IHNEN !

  22. sandrine dit :

    Genau !
    OJ,
    Ne vous méprenez pas et même si nous avons démarré sur de mauvaises bases, sachez que j’aime beaucoup ce que vous faites !
    Tout le monde s’aime sur ce blog. Ce doit être ça l’esprit de noël !

  23. skoteinos dit :

    Dansons nus et faisons l’amour dans une folle farandolle.

  24. sandrine dit :

    Euh…

  25. Esther dit :

    Franchement, ce livre ne mérite aucune querelle ! (d’ailleurs personne n’en parle ; et puis pondre 300 pages sur un sujet que l’on estime inepte, ça dénote une certaine tournure d’esprit…). Perso, je n’en fais pas grand cas : je l’ai lu comme un recueil d’histoires drôles assez désopilantes ! Faut voir la culture cinématographique de Zagdanski : c’est à pisser de rire !

  26. jean-sébastien dit :

    au sujet d’Eisenstein, il est bon de remarquer justement que très vite il s’est attiré les foudres de Staline (le deuxième épisode d’Ivan le terrible n’est même pas sorti en salles…
    Eisenstein croyait en la Révolution, sincèrement et s’est vite fait “casser” par le régime…avant de l’accuser de ramper, il faudrait peut-être connaître son manuel d’Histoire cinématographique…non?
    De toute façon, sans voir lu le livre de Zagdanski (spéciale dédicace à Zag) je me méfie de ces rebelles auto-proclamés (du style : moi je pense différemment)…c’est tellement bête de stigmatiser le cinéma contre la littérature : querelle vieille comme le cinéma de ces littérateur qui ne comprennent rien au cinéma et ne l’aiment pas, souvent d’ailleurs parce qu’ils ne comprennent rien aux images, s’imaginent qu’on se fait systématiquement avoir par elles (voir aussi cette idiote de Marie-José Mondzain)

  27. Roger dit :

    … en littérature il y a Céline, Gottfried Benn, Ernst Jünger, Heidegger… qui ont allègrement soutenu le IIIième Reich.

  28. skoteinos dit :

    « allègrement soutenu » est inapproprié pour Jünger et Heidegger.

  29. Roger dit :

    Skoteinos,
    Tu dirais quoi alors? Je veux bien trouver un autre terme, mais je ne sais pas encore dans quelle direction tu veux avancer…

  30. skoteinos dit :

    Ce ne sont pas les termes qui sont inappropriés, mais l’idée même !

  31. Roger dit :

    Skoteinos,

    Là, je ne te comprends pas. En lisant quelques mots de Heidegger de 1933, il me semble pourtant difficile de dire que Heidegger n’a pas soutenu Hitler et le troisième Reich.
    Je cite Heidegger dans une lettre à son frère Fritz:

    Du darfst die ganze Bewegung nicht von unten her betrachten, sondern vom Führer aus und seinen großen Zielen. Ich bin gestern in die Partei eingetreten nicht nur aus innerer Überzeugung, sondern auch aus dem Bewußtsein, daß nur auf diesem Wege eine Läuterung und Klärung der ganzen Bewegung möglich ist.

    Mais aussi, dans un discours dans le stade de l’université (1933):

    Die deutsche Revolution schläft nicht, sie zündet neu umher und erleuchtet uns den Weg, auf dem es kein Zurück mehr gibt.

    A toi Skoteinos. Je ne suis d’ailleurs pas sûr de t’avoir bien compris.

    PS: Mes excuses à Sandrine. Dis-moi/nous si c’est un lieu inapproprié pour une telle discussion.

  32. skoteinos dit :

    Merci pour le texte (il me faut 1/4 d’heure de traduction) !

    On ne peut pas, sur la foi de 3-4 lettres et un discours de circonstance affirmer que Heidegger a « allègrement soutenu » le IIIe Reich. S’il a espéré une « révolution », c’est celle de l’université, de l’enseignement — il produira la sienne en philosophie. Oui, il a allègrement soutenu l’idée d’un renouveau de l’enseignement.

    Par opportunisme et/ou par lâcheté, il a adhéré une dizaine de mois au parti nazi. Ce sont des faits qu’on ne peut nier — et que personne ne nie ! Il a rendu sa carte ce qu’il lui a valu d’être inquiété. Certains affirment qu’il aurait adhéré jusqu’en 1945 (cf. Le bouquin de Victor Farias « Heidegger et le nazisme »).

    Les partisans français de Heidegger s’accordent à dire qu’il était « naïf », qu’il s’est laissé porté par faiblesse, à certain un moment, par ce mouvement, cette « révolution » qui semblait offrir une opportunité à ses propres visées.
    Maintenant, dire qu’il a proprement soutenu ou inspiré idéologiquement le nazisme est faux.

    Il y a tant à dire, donc je te renvoie au petit bouquin de Marcel Conche (« Heidegger par gros temps »), ouvrage d’un philosophe français qu’on ne peut pas soupçonner d’être un heideggerien patenté et qui entend « laver Heidegger de tout soupçon de national-socialisme pour la simple raison qu’il est absolument exempt de ce qui est essentiel au national-socialisme : le racisme et l’antisémitisme ». Conche parle aussi d’ « erreur » politique.

    Ce qu’on peut lui reprocher, c’est d’avoir adhéré à un parti dont il savait la brutalité du discours à l’égard des juifs. Je te renvoie au chap. 14 de l’excellente biographie de Safranski (« Heidegger et son temps », «Ein Meister aus Deutschland. Heidegger und seine Zeit » — on appréciera le jeu de mot avec « Sein und Zeit ».) Tu verras la lettre que lui adresse Jaspers au sujet de ce discours. Tu verras aussi ce que dit Jaspers sur l’université en 1945, largement inspiré par le texte de Heidegger.

    Pour Jünger, cf. l’excellent « Ernst Jünger » de Jean-Michel Palmier, chap. “Sous le signe de la croix gammée”. De Jünger, cf. « Auf den Marmorklippen ».

    Tout ça pour dire que je pense que « alègrement soutenu » reste inapproprié.

  33. jean-sébastien dit :

    en tout cas c’est toujours étonnant de voir un intellectuel comme Heidegger dans un tel état d’aveuglement, si tant est que ce ne soit “que” de l’aveuglement…
    N’est-il pas possible, Skoty, qu’au delà de ses idées profondes sur “l’être” et “l’étantité de l’étant”, Heidegger ait été le même petit bourgeois étriqué et égoïste que tant d’autres…(au point de ne pas voir le discours nauséabond et la manière nauséabonde des nazis…)

  34. skoteinos dit :

    Heidegger est un paysan, pas un bourgeois.
    Il n’a pas été aveuglé, il ne vouait vraissemblablement aucun intérêt à la politique et à l’action politique.
    Selon le témoignage de proches il était singulièrement peu curieux des arts, de la littérature, hormis peut-être Char, Braque, Van Gogh, les “cas” les plus significatifs, les plus voyants.
    Il y a peut-être chez lui un refus de voir certains aspects du monde, la tête davantage tournée vers les Grecs…

  35. skoteinos dit :

    Tout le monde semble d’accord : très bien.

  36. Ben dit :

    Debord avait fait une critique absolument sans concession du public du cinéma, en condamnant dans le même temps l’inanité de ce que cet art a pu filmé (lire le début du texte de son film “in girum imus nocte et consumimur igni”). Il rejoignait par là même la condamnation des stéréotypes que l’industrie culturelle répand un peu partout dans la société qu’en avaient fait Adorno et Horkheimer à la fin de la deuxième guerre mondiale (le cinéma et la marchandise culturelle comme soutien à l’idéologie régnante).

  37. Ludovic dit :

    Je découvre ce blog avec intérêt et en profite un peu lâchement pour parler du mien(Cinématique) !
    En fait, les propos de Zagdanski sont très souvent caricaturaux et comme cela est dit au-dessus, sa culture cinéma fait parfois bien rire.
    Par aileurs, il est bien présomptueux de se dire le premier à briser l’idole, parce que la réflexion sur le cinéma de Kafka à Abellio, de Debord à Sloterdijk est aussi passée par une opposition à la facile fascination des images. C’est d’ailleurs le thème sous-jacent (fascination ou “communion”) de la plupart des textes sur le cinéma que j’ai signés dans la revue Eléments depuis 7 ans, en m’efforçant, ce qui n’est pas toujours facile, de ne pas tomber dans la systématique critique de l’image face à une supposée prééminence de l’Idée.
    Cordialement

  38. sandrine dit :

    Et moi, je vous lis avec intérêt. Bienvenue sur ce blog où vous aurez, je l’espère, envie de passer un peu de temps. Vous avez raison en ce qui concerne le difficile exercice critique. Partir de la matière filmique avant tout. Ne pas tomber dans la stérile opposition image/texte ou image/idée (ou concept).
    Zagdanski est le 1er imposteur puisqu’il parle d’un art dont il ignore l’essentiel. J’ai, pour ma part, laissé tomber la lecture de cette escroquerie intellectuelle. Je comprends mieux aussi l’indulgence d’un Godard face à un adversaire qu’on ne peut décemment prendre au sérieux.

  39. Bel dit :

    chers amis,
    si vous voulez vraiment comprendre Heidegger, lisez le grand discours d’Hitler sur la culture et vous comprendrez tout. Discours de 1936.

  40. educomix dit :

    Petit détail au sujet de Pasolini et d’Eseinstein. Damien cite “Que viva Mexico” pour souligner la sévérité de Pasolini dans son jugement à l’endroit d’Esenstein. Pasolini n’a pas pu voir ce film qui à été monté en 1980, 5 ans après sa mort…. (de rien, c’était pour faire avancer le schmil….)

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